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31 ans après Tchernobyl, l’Europe plus que jamais à la merci d’un incident majeur
par Antoine
26 avril 2017 Climat et énergie Nucléaire
Alors que l’on commémore, comme chaque 26 avril, la catastrophe de Tchernobyl, certains pays continuent de s’entêter à maintenir en vie une filière nucléaire horriblement coûteuse et dangereuse. État des lieux des centrales européennes les plus inquiétantes ou en cours de construction.

 
En 2016, il y avait 127 réacteurs nucléaires en activité dans l’Europe des 28. La moitié des États membres n’ont jamais eu recours à l’énergie nucléaire ou ont décidé de s’en passer, comme l’Allemagne a décidé de le faire suite à la catastrophe de Fukushima. L’âge moyen des réacteurs nucléaires européens était de 31,4 ans en 2016 et ce chiffre ne cesse d’augmenter. Plus de la moitié des centrales nucléaires sont en activité depuis plus de 30 ans alors qu’elles ont une durée d’activité initialement prévue pour 40 ans. Et plus ces centrales vieillissent, plus elles deviennent dangereuses : les matériaux se fragilisent sous l’effet des radiations et les standards de sécurité sont devenus obsolètes. La fréquence des incidents s’en trouve accrue et nous rapproche de l’imminence d’un accident grave.

Les réacteurs les moins fiables d’Europe

Belgique : Doel et Tihange

Depuis 2012, les incidents se succèdent sur les réacteurs Doel 3 et Tihange 2 qui ont été mis régulièrement à l’arrêt. Malgré les résultats non concluants des enquêtes et essais, ils ont été relancés à la fin de 2015. Depuis, ils ont été l’objet de divers problèmes de sûreté, arrêtés puis relancés à nouveau. Concernant la centrale nucléaire de Doel, un sabotage réalisé au sein d’un réacteur fait toujours l’objet d’une enquête. Dans le même temps, le gouvernement belge a décidé d’étendre la durée de vie des réacteurs Doel 1 et 2 jusqu’en 2025, provoquant l’inquiétude en Belgique et autour (Pays-Bas, Allemagne, Luxembourg). Plusieurs recours contre ces décisions sont en cours.

France : Fessenheim & Cattenom

Mise en route en 1977, la centrale de Fessenheim, située à la frontière de la France avec l’Allemagne et la Suisse, est la plus vieille centrale encore en activité. Les réacteurs sont situés dans une zone d’activité sismique relativement élevée et soumis à des risques d’inondations puisqu’ils sont situés en contrebas du grand canal d’Alsace. Cette centrale est la championne européenne des incidents déclarés. Sa date de fermeture fluctue au fil des jours et des nombreux rebondissements. Étant donné les risques encourus, les voisins suisses et allemands appellent depuis des décennies à la fermeture de la centrale, surtout depuis la révélation de la tentative de dissimulation par EDF d’un incident grave en 2014.

Par la suite, en janvier 2017, le conseil d’administration d’EDF, l’opérateur, a accepté de fermer la centrale à partir de 2018. En contrepartie, EDF reçoit une rémunération exorbitante de 446 millions d’euros (minimum), plus des garanties pour l’exploitation d’une autre centrale nucléaire. Néanmoins, la date finale de fermeture de Fessenheim est encore en attente, car elle doit encore être confirmée par un décret qui ne sera peut-être jamais mis en œuvre selon le résultat de l’élection présidentielle française de 2017.

La centrale de Cattenom est située à proximité immédiate des frontières avec le Luxembourg et l’Allemagne. Depuis son début d’activité en 1986, il y a eu plus de 800 incidents enregistrés : des incendies, des arrêts forcés et des incidents radiologiques. Les évaluations négatives de Cattenom lors des tests de résistance de l’UE en 2012 (visant à vérifier la conformité des critères de sûreté suite à la catastrophe de Fukushima) ont été confirmées par une étude récente commandée par les Verts allemands qui alerte à nouveau sur les risques en matière de sûreté. EDF a déjà annoncé avoir demandé une extension de la durée de vie de Cattenom jusqu’en 2046 - au lieu de 2026, date prévue initialement.

Les centrales nucléaires en construction

Finlande : Olkiluoto

En décembre 2003, le gouvernement finlandais a ordonné la construction d’Olkiluoto 3, un réacteur pressurisé européen (EPR). Sa construction a débuté en 2005 sous la direction d’Areva, en coopération avec Siemens et l’opérateur finlandais TVO. La date d’entrée en exploitation était envisagée en 2009. Mais en raison de plusieurs problèmes techniques et juridiques, en 2015, la fin des travaux n’était toujours pas prévue avant 2018 et le coût estimé était passé de 3,2 milliards d’euros à 8,5 milliards d’euros (chiffres de 2014). Un gouffre financier non sans conséquences, notamment pour Areva et TVO, aujourd’hui tous deux en grande difficulté.

France : Flamanville et le Creusot
L’EPR de Flamanville a été commandé en 2006 et devait être opérationnel en 2012, pour un coût estimé à 3,2 milliards d’euros. Semblable à Olkiluoto, le chantier s’est révélée être une nouvelle catastrophe technique et financière mais aussi sociale de plus. Depuis le début, d’innombrables défauts de construction se sont succédés. Mais le plus grave problème date d’avril 2015 : des erreurs de fabrication ont été décelées sur la cuve du réacteur. Les coûts de construction estimés de l’EPR ont presque triplé et se sont élevés à 10,5 milliards d’euros (2015), alors que le délai devait être reporté à 2018 - avec d’autres retards éventuels s’il fallait changer la cuve du réacteur.
Depuis la détection des problèmes de fabrication dans la cuve du réacteur de Flamanville, des irrégularités dans les contrôles de fabrication ont été détectées sur environ 400 pièces fabriquées depuis 1969 par le fournisseur, dont environ 50 seraient installées dans la flotte de réacteurs actuellement en exploitation en France. Sans parler de celles vendues à d’autres opérateurs en Europe.

Royaume-Uni : Hinkley Point C (HPC)

Le type de réacteur prévu est un EPR comme à Flamanville et Olkiluoto. Sa construction est prévue pour 2023 pour un coût global de £ 16 milliards. Celle-ci a été attribuée à EDF, deux partenaires chinois (China General Nuclear Power et China National Nuclear Group) et Areva. Un consortium atypique qui résulte de l’absence de banque prête à investir dans un projet peu rassurant économiquement.
À l’heure actuelle, les coûts de réalisation de ce projet pharaonique dépassent la capitalisation boursière d’EDF. De nombreux acteurs, états et une partie même des dirigeants d’EDF ont contesté ce projet démesuré.

Hongrie : Paks II

En début d’année 2014, le Premier ministre hongrois, Viktor Orban, et le Président russe, Vladimir Poutine, ont signé un accord bilatéral sur la construction d’un nouveau réacteur sur le site de la centrale nucléaire hongroise Paks, dont la réalisation du projet a été attribuée à la l’entreprise d’Etat russe Rosatom.
Le 6 mars 2017, la Commission a approuvé ce projet sous conditions ce projet très contesté, tant par le gouvernement autrichien que par d’autres parties.

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