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6 raisons d’interdire la culture d’OGM en Europe. Ni dans nos champs, ni dans nos assiettes !
par eelv
6 juillet 2016 OGM Agriculture Santé
Vendredi 14 octobre 2016, la Commission européenne soumettra probablement à un comité d’experts européens une autorisation pour la culture de 3 variétés de maïs OGM dans l’Union européenne : le MON810 de Monsanto, le Bt11 de Syngenta et le TC1507 de Dupont. Les États membres ont désormais la possibilité d’y opposer leur veto. Voici donc 6 bonnes raisons pour lesquelles nous ne voulons toujours pas d’OGM, ni dans nos champs, ni dans nos assiettes !

Ces dernières années, aucun débat parmi les experts européens n’a rassemblé une majorité en faveur de nouvelles autorisations d’OGM pour la culture. Mais la situation a changé l’année dernière avec l’entrée en vigueur de la réglementation dite « opt-out » : elle permet aux États Membres d’interdire sur leur territoire la culture d’une plante OGM même si elle est autorisée au niveau européen ; l’industrie des biotechnologies suppose que cela pourrait amener les États Membres habituellement contre la culture d’OGM à être plus flexibles concernant les autorisations au niveau UE.

Les excellentes raisons des États Membres pour refuser la culture d’OGM sur leur territoire ne devraient pas soudainement disparaitre aux frontières de l’UE : nous attendons donc leur soutien.

Ce serait une erreur majeure de renouveler l’autorisation de ces plantes OGM. Voilà pourquoi !

1 - Les citoyens européens ne veulent pas des OGM

La dernière enquête Eurobaromètre montre clairement qu’une majorité de citoyens rejette les OGM : 54% des citoyens européens estiment que les OGM ne sont pas bons pour eux et pour leur famille. Ceci devrait suffire pour interdire les OGM dans l’UE, tant aux champs que dans les assiettes.

Les différences de points de vue selon les pays sont souvent avancées pour ne pas imposer une interdiction totale dans l’UE : « si certains pays veulent des OGM, il faut leur laisser le choix ! » Sauf qu’il n’y pas un seul pays dans l’UE où le pourcentage de citoyens considérant les OGM comme bons pour eux est supérieur à celui des citoyens méfiants. Même en Espagne, où 90% des surfaces d’OGM cultivés dans l’UE sont situés, il y a 15% de plus de citoyens refusant les OGM que de citoyens les approuvant.

C’est le rôle de l’UE de protéger l’environnement et la santé de ses citoyens ; la Commission et les Etats Membres devraient s’en souvenir au moment des débats.

2 - Les biotechnologies privatisent le vivant

La transgénèse et la plupart des biotechnologies modernes permettent de déposer des brevets sur les variétés végétales. Cela signifie que les OGM cultivés dans nos champs, leurs semences et les produits alimentaires ou destinés au bétail qui en proviennent sont couverts par des brevets appartenant aux géants de l’agro-industrie tels que Monsanto, Syngenta ou Dupont.

Ceci permet le brevetage du vivant et la monopolisation de la nature par une poignée de compagnies agrochimiques, mais aussi l’accaparement de l’alimentation par des intérêts privés, une tendance qui met en danger la souveraineté alimentaire.

Ces brevets sont chers, ce qui augmente autant les prix que la concentration d’entreprises dans une filière qui l’est déjà trop. Le brevetage des semences implique également des contraintes importantes pour leur croisement, reproduction et réutilisation, ce qui désavantage tout particulièrement les petits semenciers et les agriculteurs.

3 - La coexistence entre culture OGM et non OGM est impossible

Il est essentiel que les agriculteurs puissent continuer à produire sans OGM. C’est particulièrement important pour les agriculteurs biologiques pour lesquels une contamination peut mener au retrait de la certification bio, interdisant la vente avec le label bio.

Mais le pollen ne connaît pas de frontières terrestres ! Les résultats du programme scientifique a prouvé en 2009 qu’il est impossible d’éviter les échanges génétiques d’une plante OGM vers des plantes non-OGM de la même espèce cultivée dans la même zone géographique[1]. Cela signifie que la culture de maïs OGM dans une région empêche les producteurs bio ou conventionnels de garantir que leur agriculture est sans OGM.

4 -Les OGM augmentent l’usage de pesticides

Les trois OGM proposés pour une ré-autorisation produisent tous leur propre insecticide (toxine Bt) contre la chrysomèle du maïs. Les industriels disent qu’il n’est donc pas nécessaire d’épandre d’insecticide contre ce ravageur, en oubliant de dire que les insectes visés peuvent y devenir résistants avec le temps et que tous les insectes qui mangent ce maïs seront exposés à la toxine Bt produite en continu par la plante, la diffusant en permanence dans l’écosystème.

Les agriculteurs biologiques utilisent la toxine Bt mais pas en permanence dans l’environnement, ce qui évite que les organismes cibles ne développent une résistance. Si les ravageurs sont constamment exposés à la toxine Bt, tout particulièrement dans des systèmes de monoculture industrielle, ils deviendront résistants à cette substance, rendant les OGM inutiles et laissant les producteurs bio sans moyen de lutte.

Deux des OGM concernés ici sont rendus résistants à des herbicides (dont le glufosinate), ce qui veut dire qu’ils sont faits pour être utilisés avec un ou plusieurs de ces produits chimiques. Or il a été prouvé que la culture de plantes résistantes à un ou plusieurs herbicides augmentait globalement l’usage d’herbicides[2].

Autoriser la culture de ces maïs GM dans les champs européens mènerait à plus de produits dangereux dans nos sols, notre air et nos eaux à large échelle et sur le long terme.

5 - Leur croisement avec les plantes sauvages crée des “super mauvaises herbes”

L’existence de « super mauvaises herbes”, créées par le croisement de plantes OGM résistantes à des herbicides et de plantes sauvages de la même famille, a déjà été prouvée. Celles-ci sont rendues résistantes aux herbicides, ce qui nécessite d’utiliser des produits chimiques plus puissants et plus dangereux pour en venir à bout.

L’un des arguments clé pour autoriser la culture de maïs OGM dans l’UE était l’absence de plantes sauvages apparentées sur ce territoire, limitant de fait le risque de “fuite” des gènes modifiés dans l’environnement.

Mais la présence de téosinte, ancêtre du maïs cultivé, en Espagne a été prouvée depuis 2009. Il y a consensus scientifique pour dire que la téosinte pourrait aisément intégrer les gènes modifiés du Mon810, qui est justement cultivé dans des zones où la téosinte a commencé à devenir un problème pour les agriculteurs locaux. Ces croisements pourraient avoir pour conséquence la production par la téosinte de la toxine Bt, ce qui confèrerait à ces hybrides une meilleure adaptabilité à leur milieu en comparaison de la teosinte non modifiée. C’est un scénario potentiellement catastrophique pour les agriculteurs et pour l’environnement.

Le gène modifié ferait de la téosinte une “super mauvaise herbe”, bien plus résistante que la version sauvage, et donc bien plus difficile à gérer pour les producteurs.

6 - Il y a des alternatives !

Ces trois plantes OGM n’apportent, fondamentalement, aucun avantage pour les consommateurs : elles ne sont pas plus saines ni moins chères. Elles sont vendues aux agriculteurs sur la promesse qu’elles leur permettront de simplifier leurs pratiques culturales, mais les OGM détruisent en réalité la fertilité des sols et la biodiversité à long terme.

Des alternatives efficaces existent pour les agriculteurs. Elles ont déjà été longuement décrites lors des débats concernant la ré-autorisation du glyphosate au niveau européen. Elles consistent en l’association de techniques mécaniques, physiques et biologiques - utilisées notamment en agriculture biologique - telles que la rotation appropriée des cultures, la couverture des sols, les faux-semis, les inter-cultures, le travail superficiel du sol, l’utilisation de la houe rotative et les traitements thermiques[3].

Afin de protéger les maïs contre la chrysomèle du maïs, les rotations longues restent la méthode la plus efficace[4]. Les insecticides (tels que la toxine naturelle non génétiquement modifiée de Bacillus thurigensis par exemple) ou les substances naturelles à faible risque donnent également des résultats intéressants.


[1] Genetically modified and non-genetically modified food supply chains - Co-existence and traceability, 2013, Yves Bertheau

[2] Genetically Modified Herbicide-Tolerant Crops, Weeds, and Herbicides : Overview and Impact, 2016, Sylvie Bonny

[3] Comme expliqué dans une lettre signée par 70 députés de tous les groupes politiques

[4] Bianchi et al, 2006, Sustainable pest regulation in agricultural landscapes : a review on landscape composition, biodiversity and natural pest control, www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC1634792/

et aussi, theconversation.com/as-biodiversity-declines-on-corn-farms-pest-problems-grow-45477

et aussi, www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC1634792/

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