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Calais : retour sur la délégation européenne de parlementaires
29 octobre 2009 par Service de presse
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Emmenée par Hélène Flautre, députée européenne Europe Ecologie, une délégation de parlementaires européens et nationaux se sont rendus le vendredi 23 octobre 2009 à Calais. A l’agenda de cette journée : rencontre avec les associations, dialogue avec les anciens habitants de la jungle, conférence de presse, visite du port de Calais et du centre de rétention de Coquelles.

Ce qui frappe, dès la descente du train à la gare de Calais Fréthun, c’est la présence policière et militaire. Des hommes en armes surveillent la gare TGV qui symbolise la fin de l’espace Shengen. Aux alentours les panneaux indiquent des lieux qui ont fait la une des journaux : Sangatte, Coquelles, Port de Calais...

Politique de la terre brulée

Réunis quelques jours après le renvoi de trois afghans par un charter affrété par la France et la Grande-Bretagne, les parlementaires écologistes, venus de France, de Belgique et de Grande Bretagne, souhaitent faire le point sur la situation des migrants et de leurs soutiens. La visite de l’ancienne " jungle " permet de mesurer la violence de son démantèlement. "C’est la politique de la terre brulée" commente Hélène Flautre.

Le terrain vague est jonché de détritus - jouets, vêtements, chaussures, emballages alimentaires, ...- témoins d’une destruction à la hâte, sans aucun respect du droit des personnes.

Plusieurs centaines de repas distribués par jour

Les représentants associatifs pointent l’inutilité évidente de cette destruction et celle des petites maisons squattées en centre ville de Calais le 6 octobre dernier. Comme preuve de cette inutilité, ils donnent les chiffres de distribution de repas : plusieurs centaines par jour. Le ministre Eric Besson peut gesticuler médiatiquement tant qu’il veut : comme après la destruction de Sangatte il y a 6 ans, les migrants sont toujours là. Marie-Christine Blandin, Sénatrice (Les Verts) souligne "Pour faire de la com’ on a détruit Sangatte et maintenant la jungle, mais rien n’est mis en place pour assurer la suite". "Le blocage de la Maire de Calais auquel doivent faire face les associations qui militent pour l’ouverture d’un centre d’accueil et d’information est irresponsable", indique Catherine Bourgeois, conseillère régionale Verte, qui tient à rendre hommage au précieux travail des associations, "véritables porte-voix des migrants".

Retourner en Grèce par leurs propres moyens

Souhaitant rencontrer des migrants, les parlementaires se rendent sur plusieurs lieux connus pour être des points de ralliement. Sur un parking, le dialogue se noue rapidement, en anglais, avec un groupe d’afghans. Mineurs et majeurs font état de leurs différentes situations administratives. Certains sortiront de leurs poches des lettres signées du Préfet qui les somment de "retourner en Grèce par leurs propres moyens". Avertis par les associations de cette pratique préfectorale, les élus discutent avec ces hommes que les journaux appellent les "Dubliner". Ils font l’objet de la procédure introduite par le règlement européen dit de "Dublin" : concrètement, ils doivent demander l’asile dans le premier pays européen qu’ils ont traversé. Un rapide calcul indique qu’il s’agit pour eux de parcourir une distance approximative de 2149 km, une paille sans doute pour l’administration qui sait que pour aller de Kaboul à Athènes ils ont déjà parcouru plus de 4052 km ! Ils n’ont d’ailleurs quasiment aucune chance d’obtenir le statut puisque la Grèce, frontière de l’Union avec la Méditerranée, croule littéralement sous les demandes d’asile. La Grèce qui, d’autre part, vient d’être l’objet d’une procédure d’infraction entamée par la Commission Européenne en raison du non-respect des normes en matière d’octroi d’asile puisque seulement 0,04% des demandes de protection sont acceptées en première instance. "Il n’y a aucune raison pour qu’on obtienne plus facilement l’asile en Suède qu’en Grèce alors que ces États ont signé la même convention", dénonce Jean Lambert, députée européenne britannique (Greens.EFA).

De demandeurs d’asile à SDF

Chemin faisant, la délégation rencontrera également des personnes qui ont obtenu le statut de réfugié et qui pourtant continuent de survivre avec leurs camarades de misère. Comme le souligne Hélène Flautre, "ils sont passés de demandeurs d’asile à SDF". Stupéfiée, la députée belge fédérale Zoé Genot (écolo) indique "en Belgique, on ne laisse personne dehors, si vous accédez au statut de réfugié, on fait une grande fête, vous obtenez l’équivalent du RMI, on vous aide à vous loger". C’est loin d’être le cas sur la côte d’Opale. Ces inégalités de traitement entre États membres confirment la nécessaire remise en cause du règlement Dublin qui livre ainsi les demandeurs d’asile à un jeu de ping-pong meurtrier États.

Scanner et test de vibration

La visite du Port de Calais a permis aux parlementaires d’observer les dispositifs de sécurité du port, en particulier ceux visant à déceler la présence d’individus (scanner et test de vibration pour détecter les battements cardiaques, le CO2), dans les nombreux camions en partance pour l’Angleterre, près de 2,5 millions par an. Le budget dédié à la sécurité et à la "lutte contre l’immigration illégale", soit 14 millions d’Euros par an, a de quoi faire pâlir les associations...

Au delà des visites de terrain, cette journée a également été l’occasion pour la délégation de mettre en avant et de réaffirmer la nécessité de certaines propositions politiques comme la suppression du règlement auto-bloquant de Dublin, mais aussi la mise en place au niveau européen d’un statut européen du réfugié, seule proposition en capacité de niveler par le haut les procédures et surtout les résultats. Afin de garantir la protection à laquelle il a droit, l’Europe doit permettre la création d’un statut européen d’asile afin que le migrant puisse demander l’asile dans le pays de son choix.

Cette visite a ainsi confirmé la nécessaire approche européenne de cette réalité locale, représentative du traitement actuel des migrants au sein de l’Union européenne.


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