Communiqué de presse de Karima Delli et Michèle Rivasi à propos du jugement du 7 juin dernier d’un tribunal indien concernant la catastrophe de Bhopal de 1984 :
Lundi 7 juin 2010, huit anciens salariés de l’usine de pesticides d’Union Carbide à Bhopal (capitale du Madhya Pradesh, au centre de l’Inde) ont été jugés coupable de négligence par un tribunal indien. Ils risquent deux ans de prison, une peine ridicule au regard de la catastrophe. Ce jugement a suscité l’indignation des comités de victimes pour qui les condamnations éventuelles ne risquent pas d’être à la hauteur des enjeux.
Il y a plus de 25 ans, dans la nuit du 2 au 3 décembre 1984, un nuage de gaz mortel s’était échappé de l’usine américaine de pesticides Union Carbide, au Nord de Bhopal, tuant presque instantanément plus de 15 000 personnes et faisant au cours des années suivantes des dizaines de milliers de morts et de malades. Il s’agit sans doute encore aujourd’hui de la plus grande catastrophe industrielle de l’histoire.
La firme américaine Union Carbide avait réglée « à l’amiable » en 1989 son contentieux avec les autorités indiennes, en versant 470 millions de dollars d’indemnisation en échange de l’abandon des poursuites pénales, soit à peine 500 dollars par victime. Rachetée depuis par le groupe Dow Chemical, celui-ci se considère aujourd’hui exempt de toutes responsabilités vis-à-vis de la catastrophe.
Pour Karima Delli, eurodéputée Europe Ecologie et membre de la délégation Inde au Parlement européen : " Ce jugement, certes provisoire, n’est nullement à la hauteur de la catastrophe. Il est scandaleux d’avoir attendu 25 ans pour un verdict aussi ridicule. Environ 100.000 personnes vivant près de l’usine sont encore victimes de maladies chroniques et les enfants qui naissent à proximité sont aujourd’hui des condamnés en sursis, par faute de décontamination sérieuse du site. Quant aux véritables responsables, Warren Anderson en tête, ils continuent de bénéficier de l’impunité. Il n’y a vraiment pas de quoi se réjouir de ce jugement. L’Union Européenne doit au contraire faire pression sur les autorités indiennes, à l’heure où elles négocient ensemble un accord de libre-échange, afin de réclamer de véritables sanctions à l’égard de tous les responsables et une décontamination totale du site. Il ne faut pas attendre une troisième génération de condamnés " .
Pour Michèle Rivasi, eurodéputée Europe Ecologie et membre de la Commission Santé et Environnement : " La catastrophe industrielle de Bhopal est révélatrice du climat délétère qui a accompagné le développement du commerce international au cours des trente dernières années. En effet les pays riches n’ont pas hésité à [1] délocaliser leurs industries les plus polluantes pour bénéficier – dans les pays d’accueil- de réglementations plus souples concernant les normes de pollution. Mais cet état de fait ne doit en aucun cas aboutir au délaissement des victimes silencieuses, ainsi les nappes phréatiques restent contaminées et cet empoisonnement a des conséquences inter-générationnelles effroyables ! En plus d’être cancérigène et d’affecter le système nerveux, il traverse la paroi du placenta chez les femmes enceintes, affectant directement les fœtus entrainant malformations et décès des nouveaux nés. Le cauchemar ne s’arrêtera donc que par une décontamination de la nappe phréatique, aux frais de Dow Chemical bien évidemment ".
[1] Ainsi aux Etats-Unis, l’administration Reagan avait encouragé les fabricants de produits industriels dangereux à s’installer dans des pays moins exigeants que les Etats-Unis quant aux normes de sécurité.
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