Haiti fut, du temps des colonies, une riche colonie française tandis que l’extrême pauvreté frappait la partie espagnole, aujourd’hui occupée par la République Dominicaine, du fait du de l’abandon par le régime espagnol, occupé par la conquête Mexique et du Pérou. Profitant de la situation, Haïti avait alors occupé la République Dominicaine pendant 22 ans, entre 1822 et 1844, notre pays ne naissant comme Etat indépendant qu’à partir de sa séparation d’Haïti, en 1844.
Les deux pays ont toujours été sous le coup des catastrophes naturelles, se situant sur la trajectoire des ouragans parcourant l’Atlantique, des côtes ouest de l’Afrique aux Caraïbes : chaque fin d’année, nos pays sont secoués pendant trois à quatre mois par ces vents violents. Mais si les ouragans sont prévisibles car naissant au loin, les tremblements de terre constituent une tragédie surprenante.
Cette tragédie en Haiti a révélé la situation d’un pays qui manque d’organisation, d’institutions et de ressources. Les efforts de coopération pour faire face à la tragédie ne doivent pas effacer la responsabilité de la communauté internationale de mettre en place un processus d’organisation institutionnelle de l’Etat ainsi que des programmes de développement durable, social et politique. L’étendue du désastre peut être mesurée par les propos du président René Préval, qui a dû se résigner à habiter l’aéroport, le palais présidentiel et de nombreux bâtiments de l’Etat étant sous les décombres, sans que l’on puisse savoir combien de fonctionnaires se trouvent encore en dessous.
L’objectif de la communauté internationale de créer en Haïti une force militaire multinationale à même de créer des plans de développement durable, social et économique, nous a toujours semblé être une erreur inapte à intégrer avec dignité le pays au sein de la communauté internationale, et qui mènerait au contraire à continuer de considérer le pays comme mendiant l’aide des quelques pays riches qui ont trop exploité les richesses naturelles du pays, et parmi lesquels la France tient une place importante.
Il serait aberrant que les pays développés profitent de la nécessaire reconstruction d’infrastructures pour obtenir les marchés et vendre leurs propres équipes et matériel et pour faire bénéficier des retombées leurs propres entreprises. Bien que cette manière de construire des infrastructures crée de l’emploi, nous devons faire preuve de vigilance et dédier les ressources à l’élaboration de projets qui établiront les bases pour une sécurité alimentaire et la satisfaction des besoins de base, tout en développant une industrie pouvant mener au développement durable sur le long terme. Les industries vertes constituent, à Haïti, une grande opportunité, lorsque l’on prend en compte, outre les tremblements de terre, les catastrophes écologiques que subit le pays, soit la déforestation, la disparition des sols cultivables et des ressources hydrauliques, ainsi que l’extrême pauvreté dans laquelle vit la population, qui manque d’espoir dans l’avenir et dont la culture limite l’insertion dans des programmes éducatifs traditionnels. Il est facile, face à cela, de comprendre la pression démographique qui pèse sur la République Dominicaine, lorsque tous ceux qui cherchent une vie meilleure sont confrontés aux promesses non tenues et à l’indifférence générale de la communauté internationale. Il s’agit là d’un caprice des pays développés, Etats-Unis, Canada et France en tête, de chercher en la République Dominicaine une solution au problème haïtien, alors même que le pays est déjà limité en termes de ressources pour affronter ses propres crises, et de charger le pays du poids que constituent les challenges posés par la pauvreté structurelle d’Haïti : entre nos frères voisins et nous, le développement du trafic de drogue.
Miguel Angel Pimentel
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