Immigration, rôle de Frontex et coopération entre les Etats : Débat avec J Barrot, Commissaire Européen

16 septembre 2009
Voir la vidéo de l’intervention
Monsieur le Président, la dernière fois que nous avons discuté après un drame dans la Méditerranée, c’était le 1er avril.

Vous vous souvenez que plusieurs centaines de migrants avaient péri au large des côtes libyennes. Nous avions demandé une enquête. Nous n’avons eu, jusqu’à ce jour, aucune information concernant les circonstances de ce drame.

Depuis, vous le savez, mi-août, 73 Africains ont été retrouvés morts au large de Lampedusa. Le 25 août, 57 migrants érythréens ont finalement été secourus après avoir erré longtemps dans les eaux maltaises. Le 31 août, 75 Somaliens ont été refoulés en Libye.

Vraiment, les frontières extérieures de l’Union européenne sont devenues assassines. C’est le titre d’un rapport à sortir de l’ONG « Migreurop », que je vous invite, chers collègues, à tous vous procurer et à lire assidûment.

Face à cette situation, Monsieur Barrot, vous rappelez des choses essentielles. Vous rappelez le droit d’asile, le droit à la protection internationale. Vous devriez également rappeler le droit de toute personne à quitter tout pays, l’obligation faite à chacun de secourir toute personne. C’est le droit international maritime. Ces situations se multiplient, et se produisent aussi de plus en plus à la frontière entre la Turquie et la Grèce. C’est pourquoi je ne crois pas, Monsieur Barrot, que le renforcement des moyens de Frontex va répondre à cette situation.

Je crois que l’Union européenne, aujourd’hui, est face à son projet même. L’Union européenne est née du refus de la négation de la dignité de l’autre, et c’est à cela qu’elle doit être fidèle.

2ème partie

Monsieur le Président, cela me donne l’occasion de préciser deux petits points qui, je crois, signalent le caractère hypocrite – un collègue l’a dit tout à l’heure – de notre politique.

La première chose, ce sont les accords de Dublin. Monsieur le Commissaire, vous connaissez bien la situation à Calais; vous savez qu’à Calais, de nombreuses personnes pourraient tout à fait demander et obtenir le statut de réfugié politique. Pourquoi ne le font-elles pas? Parce qu’elles ont l’assurance, à cause des accords de Dublin, d’être envoyées dans des pays où elles ne veulent pas aller, et quelquefois avec d’excellentes raisons. Elles n’ont pas envie d’aller en Grèce, où elles ont quasiment zéro chance d’avoir le statut de réfugié.

Aujourd’hui, les accords de Dublin sont un instrument hostile à la protection des personnes qui en ont le plus besoin et qui organisent l’inégalité entre les États membres. Arrêtons donc de parler de solidarité, alors qu’on met en place des instruments qui organisent l’inégalité entre les États.

La deuxième chose, ce sont les accords de réadmission. J’entends bien, on veut négocier de tels accords avec la Turquie, avec la Libye, c’est-à-dire qu’on caresse l’espoir d’avoir un vaste environnement de pays qui seraient nos voisins et de vastes camps de rétention des flux migratoires. Ce n’est pas acceptable pour des raisons pratiques, pour des raisons morales et pour des raisons politiques, et vous le savez, Monsieur Barrot!

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