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José Bové en Pologne contre les gaz et huiles de schiste
22 juin 2011

Plusieurs eurodéputés écologistes se sont rendus en Pologne le 15 et 16 juin pour rencontrer des agriculteurs préoccupés par les risques liés à l’exploitation des gisements de gaz de schiste dans le pays, ainsi que le Premier ministre polonais Donald Tusk. José Bové était parmi eux. Récit de ce voyage à lire dans le journal Libération.

Gaz de schiste : José Bové met la pression en Pologne par Coralie Schaub

Reportage Fort d’un premier succès en France, l’eurodéputé s’est attaqué, la semaine passée, au nouvel eldorado des majors.

En France, José Bové vient de gagner une bataille dans sa guerre contre les gaz de schiste. La loi, qui doit être adoptée le 30 juin, interdira la technique de fracturation hydraulique pour extraire les gaz coincés dans la roche. Jugée trop polluante, cette méthode a un autre défaut, calamiteux : c’est la seule. Les industriels iront donc - temporairement ? - forer ailleurs. En Pologne, surtout. Selon l’Agence américaine d’information sur l’énergie (EIA), le pays disposerait des premières réserves d’Europe : près de 5 300 milliards de m3. De quoi satisfaire la consommation domestique pendant trois cents ans. Exporter. Et s’affranchir du gaz russe.

Le gouvernement de Donald Tusk a déjà délivré plus de 90 licences d’exploration. A la tête de l’Union européenne le 1er juillet, il compte bien promouvoir cette méthode d’extraction. C’était sans compter sur José Bové. La semaine dernière, lors d’une visite officielle en compagnie d’autres eurodéputés Verts, le pourfendeur d’OGM a promené à Varsovie sa pipe, ses moustaches et ses arguments antigaz de schiste afin de lancer la mobilisation. Bové, Papa Poule d’une Europe écolo en pleine éclosion, partage son savoir et distille ses conseils. Libération l’a suivi.

Mercredi 15 juin, 16 heures

Huit agriculteurs du village de Grabowiec, à 270 kilomètres de Varsovie, sont attablés à la terrasse d’un café. Ils ont fait la route pour rencontrer l’écologiste français. Le cinéaste Lech Kowalski les a convaincus de venir. En attendant Bové, ils racontent.

Janusz, la soixantaine, dégaine un article de presse : « En septembre, des énormes camions se sont garés à 100 mètres de chez moi. Ils ont fait trembler la terre. » Des engins de prospection sismique, destinés à cibler des zones de forage, qui ont fait vaciller tout le village. Zébrée de fissures, la maison de Janusz a pris un siècle en une minute. Il s’est plaint au centre de géophysique de Torun, qui opère pour l’américain Chevron. Réponse : « On n’y est pour rien, mais on veut bien vous dédommager : 5 600 zlotys [1400 euros, ndlr]. »Janusz a refusé.

A côté de lui, Wieslaw Tryniecki, le maire de Rogow, un hameau de Grabowiec, qui cultive 12 hectares de céréales : « Juste avant Pâques, j’ai tiré de l’eau de mon puits. Elle était noire et grasse. Je n’avais jamais eu de problèmes avant. S’ils veulent forer, qu’ils le fassent à Varsovie ! » Piotr acquiesce. Il a quatre enfants et une terre à laquelle il tient. « Sans elle, je perds mon identité. Chevron veut installer une plateforme de forage à 200 mètres de ma ferme. Ils jurent qu’ils seront de bons voisins. Comment peut-on leur faire confiance alors qu’ils agissent sans autorisation ? »

19 h 20

Tout en denim bleu, chemise claire, jean foncé, Bové arrive enfin. Le messie est « HS ». La veille, il était à Poitiers, au procès des faucheurs d’OGM. Lech Kowalski filme. Son assistant traduit. Le Français écoute. Janusz lui montre les photos de sa maison « détruite ». Le maire du bourg raconte l’eau souillée. Il a l’air perdu. « Personne ne s’intéresse à nous. On a décidé de s’organiser pour dire non à tout ça. » « Chevron, ils ont un permis sur quelle surface ? » demande Bové. Ils n’en savent rien. « Quelle est la législation ? » Ils n’en savent rien non plus. L’eurodéputé raconte comment la mobilisation a pris en France.

La journaliste Monika Libicka rejoint la réunion. C’est la seule à avoir écrit un article critique sur les gaz de schiste : « Ici, si tu émets des doutes, tu es suspecté de travailler pour Gazprom [à qui le Pologne achète son gaz, ndlr]. Se débarrasser de l’influence russe ne se discute pas. » « Sauf si vous vous rendez compte que des milliers de kilomètres carrés de territoire risquent d’être pollués, répond Bové. Ça sert à quoi, l’indépendance nationale, si les gens doivent partir ? » Puis, s’adressant aux agriculteurs : « Demain, je rencontre le Premier ministre. Qu’est-ce que vous voulez que je lui dise ? »

Silence. Agitation. Cacophonie. Janusz s’écrie enfin : « Je l’invite à venir voir l’état des habitations. » Bové saisit la balle au bond. « Ce qui serait bien, c’est que vous m’écriviez une lettre d’invitation que je lui remettrai. Je lui dirai aussi que s’il n’y répond pas, on le fera savoir. Il est important qu’il voie qu’on commence à créer des liens entre les différents pays. » Le distributeur polonais de Gasland, le documentaire sur les ravages provoqués par l’exploitation des gaz de schiste aux Etats-Unis qui a mis le feu aux poudres en France, lance l’idée d’offrir le film au Premier ministre. Banco. Bové : « Ça s’organise bien. Posez-vous pour écrire la lettre, je vais fumer. » Il sort sa bouffarde.

A 22 h 30, les agriculteurs repartent à Grabowiecz. Le lendemain matin, ils doivent être sur leurs champs.

- Lire la suite de cet article dans le journal du 22 juin 2011 et sur le site Internet de Libération