La France jugée frileuse dans le « verdissement » de la politique agricole commune

27 juin 2012
Article paru le 25 juin 2012 dans Le Monde.

Pas assez écologique, carrément « rétrograde » : la position de la France sur la réforme de la Politique agricole commune (PAC) lors du Conseil européen le 18 juin à Luxembourg s’est attirée une volée de bois vert de la part des associations de défense de l’environnement.

A leurs yeux, le nouveau ministre de l’agriculture Stéphane Le Foll a raté son entrée. Sa position traduit une « incompréhensible régression sur les enjeux environnementaux et climatiques », a estimé, dans un communiqué, un collectif qui regroupe, notamment, le Fonds mondial pour la nature (WWF), la Ligue de protection des oiseaux (LPO), la Fédération nationale d’agriculture biologique, la Fondation Nicolas Hulot et le Réseau action climat.

L’ancien député socialiste européen Stéphane Le Foll, bon connaisseur de ces dossiers, auteur d’un rapport sur l’agriculture et le changement climatique, proche de François Hollande, était pourtant porteur de beaucoup d’attentes.

Le futur président de la République ne s’était-il pas engagé pendant la campagne électorale à « faire en sorte que des critères agro-environnementaux dépendent la distribution des aides aux agriculteurs » ? Et n’avait-il pas rappelé que le modèle intensif, qui met à mal sols et eau, n’est pas le seul en France ?

« POURQUOI STÉPHANE LE FOLL SE MONTRE-T-IL FRILEUX? »

Son ministre s’est pourtant opposé à la proposition de la Commission européenne d’allouer au minimum 25 % des fonds européens à des mesures agro-environnementales à l’agriculture biologique et aux zones soumises à des contraintes naturelles, situées, par exemple, en montagne, alors que l’Autriche, la Pologne, la République tchèque, le Royaume-Uni et la Suède y étaient favorables.

« Pourquoi Stéphane Le Foll se montre-t-il frileux ? s’étonne Isabelle Laudon, responsable des politiques européennes chez WWF-France. C’est d’autant plus incompréhensible que la France alloue actuellement – sans y être tenue réglementairement -, plus de 50 % des fonds agricoles à des mesures de ce type ! C’est un très mauvais signal politique », insiste-t-elle.

« Depuis le précédent conseil du 16 mai, on voit bien que les ministres veulent détricoter ce qu’avait proposé la Commission sur la rotation des sols, l’obligation de prairies permanentes, les 7 % de territoire à réserver pour la biodiversité : autant de conditions dont nous voulions voir dépendre les subventions aux agriculteurs. On ne s’attendait pas à ce que la France tiédisse en plus les exigences du volet développement rural de la PAC. On est très déçus ».

 » Nous nous attendions à un vrai rééquilibrage en faveur d’une agriculture durable. A plus d’équité, renchérit Aurélie Lebreton, pour la Fondation Nicolas Hulot. L’enveloppe globale de la PAC, décidée pour six ans, s’élève à 50 milliards d’euros (40 % du budget de l’Union), dont environ 10 milliards pour la France, rappelle-t-elle. L’agriculture a besoin de légitimité pour justifier des financements pareils aux yeux des citoyens. » Si elle ne fait pas un gros effort de « verdissement », la PAC perdra le soutien des ONG.

DÉCOURAGEANTE « MARCHE ARRIÈRE » AU PARLEMENT EUROPÉEN

Au ministère, on se veut rassurant et on vante les « convictions agronomiques » de Stéphane Le Foll : il serait possible à la fois de gagner des emplois et d’améliorer les revenus dans ce secteur malmené, sans sacrifier l’environnement.

Bref, de « faire progresser chaque exploitation sans le seuil couperet des 25 % », trop difficile à tenir dans l’immédiat dans certaines régions outre-mer par exemple, ou dans certaines filières de production, mais possible à dépasser dans d’autres. Il semble surtout que cette règle des 25 % risquerait de faire baisser les subventions accordées à la France.

L’ambiance n’est pas non plus à l’optimisme vert au Parlement européen, où la commission agriculture examinait le 19 juin en parallèle, les quatre rapports consacrés la future PAC. « Les propositions présentées aujourd’hui ne remettent pas en cause l’agriculture industrielle et sont en contradiction avec les enjeux du sommet de Rio », a réagi le député Europe Ecologie-Les Verts José Bové. Elles vont « à l’encontre des demandes exprimées en juin 2010 par les citoyens et les organisations de la société civile dans le cadre de la consultation organisée par la Commission européenne. »

Le collectif d’associations rappelle que Bruxelles appelait alors à une « écologisation » de la PAC, avant que ne s’enclenche une décourageante « marche arrière ».

Martine Valo

Sur Le Monde, Lire l’article.

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