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Meeting de sevran du 18.02.2010
22 février 2010 par Karima Delli
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(sur karimadelli.eu) Bonjour à toutes et à tous,

Tout d’abord, merci à Stéphane Gatignon et aux habitants de Sevran de nous accueillir dans leur ville.

Banlieue et banlieue… C’est vrai qu’il y a banlieue et banlieue.

D’un côté, il y a la banlieue version Sarkozy, cette banlieue qu’il voulait « passer au Kärcher » avec sa politique de la « racaille », ou encore celle de Ségolène Royal qui voulait « un encadrement militaire » pour les jeunes délinquants. En 2007, tous ont juré la main sur le cœur qu’ils allaient « régler le problème des banlieues ».

Ils croient que sans eux, les banlieues sont des déserts politiques dans lesquels il n’y a pas de vie, pas d’action sociale, pas d’initiative économique.

C’est ignorer la force de l’engagement d’élus de terrain, comme toi Stéphane à Sevran, comme mon ami Michel Bourgain à L’Île-Saint-Denis, Dominique Voynet à Montreuil, ou Jacques Perreux dans le Val-de-Marne.

C’est aussi compter sans les associations, qui tissent le lien social jour après jour, mais auxquelles l’Etat réduit chaque année un peu plus les subventions.

C’est enfin oublier l’économie sociale et solidaire, et l’inventivité économique d’une population jeune et métissée qui a envie de s’en sortir, envers et contre toutes les discriminations.

Pire que cette ignorance, il y a eu l’oubli. On a d’abord eu Fadela Amara, ministre cosmétique d’un gouvernement qui ne s’intéresse qu’aux intérêts des plus riches, avec son plan qu’on nous avait vendu comme le plan de la dernière chance pour les quartiers, mais qui s’est avéré n’être ni plus ni moins qu’un plan « désespoir banlieue » ! Et puis, dans la tourmente de la crise financière, l’aggravation de la crise énergétique et climatique, l’explosion du chômage, plus personne au sommet de l’Etat n’a fait le lien avec les difficultés que rencontrent les quartiers populaires.

On a donné des milliards aux banquiers, et on a réduit le budget du logement de 5%.

On a privatisé La Poste, et les services publics reculent dans nos quartiers.

On a supprimé la carte scolaire, et les inégalités sociales se creusent et l’échec scolaire s’accroît.

On a tenté de faire passer en force une taxe carbone injuste et inefficace, et la précarité énergétique se fait sentir de plus en plus douloureusement chaque hiver, lorsque des familles doivent choisir entre payer des factures de chauffage qui explosent littéralement, ou payer leur loyer sous peine d’être mises à la rue.

On veut développer partout la vidéo-surveillance, et les profs, comme à Vitry, fatigués de devoir faire toujours plus avec toujours moins de moyens, manifestent en banlieue, pas pour leur salaire, mais parce qu’ils en ont raz le bol de ne pas se sentir en sécurité lorsqu’ils vont travailler.

Voilà où nous en sommes, début 2010. Le tableau paraît bien sombre. Y aurait-il comme un malaise à droite ?

S’il existe une certaine réalité quant à la noirceur du constat, il faut aussi souligner que le cocktail démagogique « banlieue, immigration, insécurité », dont a usé et abusé une grande partie de la classe politique et médiatique, fonctionne encore très bien dans les discours des Le Pen, Hortefeux, Besson, Valls…

La banlieue est un devenue l’épouvantail qui a permis toutes les surenchères sécuritaires : 16 lois au Parlement depuis 2002 et Sarkozy au ministère de l’Intérieur ! Et pour quel résultat ? Une plus grande stigmatisation des habitants des quartiers populaires, pas tout à fait Français, citoyens de seconde zone, indigènes de la République, soumis au mieux à l’indifférence, au pire à la suspicion, derniers embauchés en période de « croissance » et premiers licenciés dès que s’annonce la « crise »…

Alors aujourd’hui, avec Europe écologie nous avons une double responsabilité.

Une responsabilité d’abord de réconcilier les citoyens avec la politique. Car comme me l’a expliqué Stéphane Gatignon, si les habitants du 9-3 vont moins voter que ceux des Yvelines ou des Hauts-de-Seine, ils auront tout simplement moins d’élus et moins de représentants à la région.

Alors c’est à nous, en inventant de nouvelles façons de faire de la politique, en réfléchissant aux solutions ensemble avec les habitants, les associations, les mouvements sociaux, et non pas en leur imposant d’en haut des lois liberticides et stigmatisantes, des plans qui veulent casser les « ghettos » en ignorant tout de l’histoire de leurs habitants, de leur richesse, de leur culture, de leur solidarité et de leurs potentialités. Il faut dynamiser ces quartiers, pas les dynamiter ! Il nous faut donc en premier lieu mobiliser les habitants des banlieues pour qu’ils se réapproprient la politique et qu’ils aillent voter le 14 et le 21 mars.

Mais notre deuxième responsabilité, c’est de gagner, et dans plusieurs régions. Nous avons la possibilité de le faire, en Île de France avec Cécile Duflot, en Rhône-Alpes avec Philippe Meirieu, en Alsace avec Jacques Fernique, en Languedoc-Roussillon avec Jean-Louis Roumégas. Mais nous ne devons pas gagner juste pour avoir des postes et continuer à gérer comme avant avec le Parti Socialiste.

Si nous voulons gagner, c’est d’abord pour mettre en œuvre notre projet de transformation écologique et sociale des régions.

Un projet d’écologie populaire qui considère que les habitants des quartiers sont les premières victimes de la triple crise sociale, écologique et économique.

Ce sont eux qui souffrent du bruit et de la pollution de l’aéroport de Roissy.

Ce sont eux qui vivent dans les logements sociaux de mauvaise qualité, véritables passoires énergétiques, parfois insalubres et dangereux pour la santé en raison de la présence d’amiante ou de peinture au plomb, provoquant des cancers ou du saturnisme.

Ce sont eux qui n’ont pas accès à une alimentation saine et de qualité, au bio trop cher réservé aux bobos des quartiers favorisés, et qui sont contraints d’aller faire leurs courses dans le hard discount, victimes de la malbouffe qui provoque des épidémies de diabète et d’obésité.

Ce sont eux qui, vivant loin des centres d’emplois, de services et de loisirs, sont contraints de prendre leur voiture ou de passer des heures dans des transports en commun vétustes, pour se rendre sur le lieu de travail, à l’université, pour aller se faire soigner ou simplement aller au cinéma.

L’écologie ne doit pas être une couche de peinture verte destinée à trouver de nouveaux débouchés à une économie productiviste moribonde. Elle est un projet de transformation radicale de nos modes de vie, de refus de la compétition de tous contre tous et de la croissance à tout prix, de lutte contre les inégalités sociales en améliorant la qualité de la vie de ceux qui souffrent, en rapprochant les activités des lieux de vie, en favorisant les mobilités douces, en donnant les moyens d’améliorer l’habitat à un niveau élevé d’exigence environnementale, en refusant les discriminations et en favorisant l’expression de chacun.

Cette transformation, c’est maintenant qu’il faut la faire. On ne peut plus attendre de nouveaux échecs comme Copenhague, on ne peut plus attendre 2012. Nous devons passer dès aujourd’hui d’une logique de gestion à une logique de transformation.

La dynamique que nous avons su créer, avec toi Dany, et avec José Bové et Eva Joly, aux européennes. Cette dynamique là, joyeuse et optimiste, nous devons désormais la porter dans toutes les régions.

Les alter-mondialistes disent souvent qu’un autre monde est possible. Moi je crois que d’autres mondes sont déjà là, dans les banlieues, prêts à éclore pour transformer la société.

Je vous remercie.


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