Les eurodéputés Europe Écologie
  • Accédez aux pages de Daniel Cohn-Bendit - Photo Joëlle Dollé (reelportrait.com)
  • Accédez aux pages de François Alfonsi - Photo Joëlle Dollé (reelportrait.com)
  • Accédez aux pages de Catherine Grèze - Photo Joëlle Dollé (reelportrait.com)
  • Accédez aux pages de Pascal Canfin - Photo Joëlle Dollé (reelportrait.com)
  • Accédez aux pages de Michèle Rivasi - Photo Joëlle Dollé (reelportrait.com)
  • Accédez aux pages de Hélène Flautre - Photo Joëlle Dollé (reelportrait.com)
  • Accédez aux pages de Jean-Paul Besset - Photo Joëlle Dollé (reelportrait.com)
  • Accédez aux pages de Sandrine Bélier - Photo Joëlle Dollé (reelportrait.com)
  • Accédez aux pages de Nicole Kiil-Nielsen - Photo Joëlle Dollé (reelportrait.com)
  • Accédez aux pages de Malika Benarab-Attou - Photo Joëlle Dollé (reelportrait.com)
  • Accédez aux pages de Yannick Jadot - Photo Joëlle Dollé (reelportrait.com)
  • Accédez aux pages de Karima Delli - Photo Joëlle Dollé (reelportrait.com)
  • Accédez aux pages de José Bové - Photo Joëlle Dollé (reelportrait.com)
  • Accédez aux pages de Eva Joly - Photo Joëlle Dollé (reelportrait.com)

Accueil > Vos députés  > Eva Joly  > Eva Joly dans la presse  > Sur le blog
Nicolas Sarkozy et son gouvernement veulent-ils vraiment combattre la spéculation ?
Sur le blog - 23 mai 2010
17 juin 2010 par Eva Joly
{id_article=#ID_ARTICLE}

Que « la crise » actuelle atteigne une intensité rarement vue jusque-là n’échappe à personne. Ou plus exactement, elle n’échappe à presque personne. En effet le Président de la République et son gouvernement semblent avoir autant de mal aujourd’hui à en tirer les conséquences, qu’ils en avaient eu hier à la prévenir. Ces tout derniers jours nous en ont hélas fourni de nouvelles illustrations.

Depuis le début de la crise, le gouvernement d’Angela Merkel a – c’est le moins que l’on puisse dire – très peu brillé par sa réactivité, son souci de la solidarité européenne, ou sa capacité à s’affranchir d’un certain nombre de dogmes. L’attitude de la Chancelière face aux difficultés de la Grèce et l’attachement viscéral de son équipe à des règles plus orthodoxes et plus libérales les unes que les autres en sont de parfaits exemples. Ce repli et ce retour à un dogmatisme exacerbé me semblent les principaux problèmes auquel l’Europe se trouve confrontée aujourd’hui.

Mais il se trouve qu’il y a quelques jours l’Allemagne a finir par prendre une bonne décision, pour ne pas dire une décision excellente : celle d’interdire totalement sur son territoire les ventes à découvert à nu. Elle l’a fait là encore en adoptant une méthode hautement regrettable, celle de l’unilatéralisme, qui vient renforcer ce constat qu’elle joue désormais beaucoup plus en solo, au lieu de rester fidèle à la vision européenne qui était la sienne depuis la signature du Traité de Rome. Reste que sur le fond on ne peut qu’approuver cette mesure précise, qui constitue un progrès significatif. Car la technique des ventes à découvert à nu – qui permet de parier sur la valeur de titres, par exemple d’obligations ou de dettes d’Etat, sans même les posséder – est l’une des plus spéculatives et des plus nocives qui soit. Un pur produit financier. De cette finance folle qui depuis des mois met l’économie réelle, et plus globalement l’ensemble des sociétés qui peuplent la planète, face à des difficultés considérables.

On aurait donc pu s’attendre à ce que la France se félicite de cette initiative, et envisage de l’adopter à son tour ; même si on aurait très bien compris qu’elle critique la méthode employée. C’est pourtant exactement l’inverse qui s’est produit. En réagissant à l’annonce allemande, Christine Lagarde n’a rien dit de son unilatéralisme, ou si peu. En revanche elle a attaqué la décision sur le fond, prétendant que les produits financiers concernés n’étaient que des produits comme les autres, et qu’il n’était « pas inutile que cela puisse continuer ».

C’est un tour de force absolument remarquable. De toutes les exigences posées au cours de ces dernières semaines par le gouvernement allemand, la seule qui soit attaquée par le gouvernement français c’est précisément celle qu’il faudrait généraliser à l’échelle européenne. Alors qu’à l’inverse il ne trouve rien à redire à toute une série de mesures prônées par Berlin qu’un nombre invraisemblable d’économistes, toutes écoles confondues, considère comme suicidaires ; par exemple, le retour strict aux critères de Maastricht en 3 ans. Pire encore, il l’avalise, puisque Nicolas Sarkozy a annoncé vouloir intégrer à la Constitution française un paragraphe allant dans le sens du fameux « zéro déficit ». Ce n’est pourtant certainement pas avec de semblables outils qu’on parviendra à restreindre l’endettement de nos Etats – sauf à considérer que les employés, commerçants, fonctionnaires, étudiants ou retraités peuvent accepter que leur « pouvoir d’achat », leurs pensions, leurs salaires, leur santé ou leurs études, bref leur bien-être soit réduit au maximum.

La position française apparaît tout aussi incompréhensible quand on la compare avec ce qui se passe depuis quelques semaines aux Etats-Unis.

Beaucoup de dirigeants européens ne cessent de rappeler que la crise a débuté en Amérique, avec l’éclatement de l’affaire des subprimes. Il serait évidemment difficile de nier la responsabilité des Etats-Unis, comme de nier les conséquences de leur vision du monde et de l’économie. Mais prétendre que l’Europe elle-même n’avait rien à se reprocher relève d’une dose élevée de malhonnêteté intellectuelle.

D’autant que malgré tous les reproches évidents que l’on peut faire aux Etats-Unis et au modèle économique, financier et social qui est le leur, il en est un qu’il serait bien difficile de leur adresser aujourd’hui. C’est celui de l’inaction. Car les Etats-Unis semblent bel et bien en train de bouger. La justice new-yorkaise a ainsi procédé au lancement de plusieurs enquêtes sur les agissements des banques. La Sous-Commission des investigations du Sénat, présidée par le démocrate Carl Levin, a procédé à de nombreuses et sévères auditions, notamment de responsables des milieux financiers. Et de nouvelles poursuites pourraient être enclenchées prochainement. Surtout, la réforme des banques et des marchés financiers qui est en ce moment même élaborée entre Maison Blanche, Sénat et Chambre des Représentants, si elle est très loin de tirer toutes les leçons de la crise, apporte tout de même son lot d’améliorations ; à tel point qu’on la compare déjà aux mesures adoptées sous Franklin Delano Roosevelt. Il est vrai qu’elle comprend notamment l’encadrement relatif des bonus et autres primes, ou l’instauration d’un début de contrôle sur les produits dérivés et autres actions risquées des banques. Lesquelles ne devraient plus pouvoir procéder à des « opérations pour compte propre » (donc spéculer contre leurs propres clients !) aussi facilement qu’auparavant, ni mélanger aussi allègrement qu’aujourd’hui leurs activités de dépôts et d’investissements. Autant de mesures parfaitement inenvisageables il y a moins d’un an encore, aux Etats-Unis.

Il y a quelques mois, j’ai organisé une conférence à laquelle étaient invités, entre autres personnalités, le Prix Nobel Joseph Stiglitz et le philosophe Edgar Morin. L’un et l’autre semblaient assez désespérés devant les lenteurs d’un certain nombre de dirigeants politiques. Le premier fustigeait le « triomphe de la cupidité » et la réticence des gouvernements à imposer de vraies réformes économiques. Le second regrettait ce qu’il appelait l’inculture de ces mêmes gouvernements.

Il est dommage que Nicolas Sarkozy et ses ministres mettent autant d’application à leur donner raison, alors que les solutions à tous ces défis sont connues et que certaines décisions prises par d’autres, ces derniers jours, tendent à les mettre en application.


Le forum Réagir à cet article (pas de message pour le moment)
contacts | légal | newsletter | sites | rédacteurs | RSS | réalisation Perline & Martin Granger | merci SPIP