Photovoltaïque : l’UE doit protéger ses entreprises face au dumping chinois

4 mars 2013
La Commission européenne vient d’ouvrir une enquête anti-dumping visant les importations de verres solaires en provenance de Chine, suite à une plainte déposée début février par des fabricants européens. Elle succède à une première plainte pris en compte pour l’exécutif européen courant 2012 sur les importations de panneaux solaires. Pour Yannick Jadot qui suit ce dossier pour les écologistes au Parlement européen, il faut agir vite pour empêcher la fermeture des entreprises européennes victimes de cette concurrence chinoise.
Pendant que la Chine et les Etats-Unis engageaient une guerre commerciale sur le photovoltaïque, l’Union européenne, longtemps leader, est devenue en quelques années le premier importateur au monde de panneaux photovoltaïques chinois. En 2011, la Chine a exporté pour 21 milliards d’euros de panneaux solaires et de composants de panneaux solaires vers l’UE.

Selon le groupe de pression ProSun Glass (dont l’allemand GMB qui est le premier fabricant européen de verre solaire) qui vient de porter plainte, les exportations chinoises de verre solaire vers l’UE ont même quadruplé en quatre ans pour représenter désormais entre 25 et 30 % du marché européen. Les industriels accusent également le gouvernement chinois de couvrir les pertes de l’industrie du verre solaire, dont la capacité (estimée par EU ProSun Glass à 400 millions mètres carré) représenterait le double de la demande mondiale.

Pour Yannick Jadot, « la situation de l’industrie européenne du photovoltaïque est alarmante, notamment du fait de cette explosion, financée à coups de subventions publiques, des capacités chinoises de production de panneaux. » Face à la fermeture des entreprises européennes, petites ou grandes, ou aux sérieuses difficultés qu’elles rencontrent, l’eurodéputé EELV estime que les procédures mises en route par la Commission sont trop longues et complexes.


Intervention de Yannick Jadot sur le… par EurodeputesEE

Quelles mesures de précaution prendre ?

Suite aux plaintes engagées par la coalition d’entreprises Pro Sun et Pro Sun Glass, la Commission européenne s’est en effet décidée à enquêter en ouvrant deux procédures anti-dumping sur les panneaux et sur le verre afin de vérifier si la Chine exporte dans l’Union européenne des marchandises à un prix plus bas que celui du marché ou du prix de revient ; puis une procédure anti-subvention sur une éventuelle baisse artificielle des prix suite à des subventions.

La complexité de ces procédures empêche la Commission d’être efficace dans l’urgence. Pour les écologistes, il ne faut donc pas attendre la fin de ces enquêtes et prendre des mesures provisoires pour protéger notre industrie. « Alors que les Etats-Unis ont pris il y a déjà plus de huit mois des mesures provisoires destinées à protéger leurs industries (en imposant jusqu’à 250 % de droits de douane), nous devrons attendre juillet prochain pour connaitre la décision de la Commission, poursuit Yannick Jadot. C’est trop long ! D’ici là, les quelques entreprises européennes qui résistent encore auront peut-être déjà mis la clef sous la porte. »

De son côté, EU ProSun Glass demande d’imposer à ces importations chinoises des droits de douane d’au moins 100 %, qui feraient passer le prix du mètre carré du verre solaire de moins de quatre euros à un niveau situé entre sept et neuf euros.

Quelle politique industrielle pour l’UE ?

Protéger l’industrie du photovoltaïque n’est pas seulement un enjeu climatique ou énergétique. C’est aussi une formidable opportunité industrielle avec des centaines de milliers d’emplois à la clé. L’Union européenne ne peut pas se permettre de perdre l’industrie du photovoltaïque au moment même où l’on discute d’une future politique industrielle européenne.

Alors qu’elle tente de développer un plan de relance économique, le soutien et le développement d’une industrie européenne des énergies renouvelables doit être une priorité et l’acte de naissance concret d’une politique industrielle commune. Cela passe aussi par une protection vis-à-vis des pratiques de concurrence déloyale.

Partager cet article

2 commentaires

  • Marquant dit:
     - 

    Bonjour,
    En tant qu’industriel français du secteur du photovoltaïque, je suis consterné que voir qu’après avoir subi la attaques aussi injustes qu’incessantes du Gouvernement précédent (avec notamment la mise en place du fameux moratoire qui a tué dans la plus grande indifférence plus de 15.000 emplois et anéanti la dernière chance de la France de compter comme une des nations à la pointe de cette nouvelle énergie), nous devons désormais lutter contre les assaut tout aussi injustes et destructeurs de ceux qui sont censés nous défendre, les Verts.
    L’enquête que mène en ce moment la Commission Européenne, et qui découle d’une plainte déposée par quelques fabricants, principalement allemands, de modules ayant bénéficié pendant 10 ans de la politique de subvention plus que généreuse de l’Allemagne, et qui rechignent aujourd’hui à réduire la marge de leurs actionnaires, occulte un fait fondamental : le panneau solaire en lui même constitue une part infime de la valeur ajoutée d’une centrale photovoltaïque (entre 15 et 18% seulement), alors que l’essentiel des emplois créés sont localisés dans l’ingénierie, l’installation, la maintenance, l’entretien, etc. Il est donc aberrant de vouloir sacrifier 85% d’une filière pour en sauver 15% (qui d’ailleurs, se sauveront d’eux-mêmes si, comme quelques fabricants qui se sont désolidarisés des plaignants, misent aujourd’hui sur la recherche et le développement, la performance des modules et l’augmentation de la taille des lignes de production, pour se différencier des approvisionnement chinois).
    En mettant en place une taxe douanière, non seulement les fabricants européens qui ne font pas cet effort de montée en gamme ne seront pas sauvés (personne n’achètera jamais des panneaux à un prix très supérieur à celui que proposent les fournisseurs chinois aujourd’hui, alors que partout dans le monde l’énergie photovoltaïque est en train de devenir, grâce aux efforts d’amélioration de la production, notamment des chinois, mais pas seulement, la source de production d’électricité la plus rentable, et la seule qui permettra de s’affranchir dans les 5 à 10 ans de la dépendance au gaz, au charbon et au nucléaire), mais en plus des centaines de projets de centrales seront contraints d’être abandonnés sur tout le territoire européen, victimes de la politique contradictoire des pays européens qui réduisent tous leurs niveaux d’aide, tout en interdisant d’acheter les seuls panneaux qui permettraient encore d’atteindre les niveaux de rentabilité exigés par les banques (et pas seulement les banques privées ; je suggère à nos élus d’aller voir des banques d’état comme OSEO en France ou KFW en Allemagne, qui ne financent plus les modules européens compte tenu d’une fiabilité insuffisante).
    Encore une fois, l’Europe, et la France, jouent à contre courant à la fois du reste de la planète, mais surtout de leurs entrepreneurs locaux qui se battent tous les jours pour créer des emplois en Europe, et qui voient leurs représentants politiques se faire berner par des lobbys plus intéressés par la défense de leurs dividendes que par l’avenir énergétique de l’Europe. Je suis désespéré de voir qu’un homme pour qui j’avais une grande admiration, M. Jadot, se fait le complice de cette erreur tragique et profondément anti-écologique.
    Cdlt
    DM

    • Anonyme dit:
       - 

      Effectivement,il est regrettable que l’UE ne soit pas
      + réactive face au « dumping » commercial et industriel
      chinois.Il est regrettable que l’UE n’ait pas de (véri
      table)politique industrielle,qui encourage les indust
      riels européens à pouvoir vendre les produits europé
      ens au même tarif que les produits importés de Chine;
      ou bien vendus sur le marché intégralement HT + affran chis de charges salariales;la « manne fiscale » et les
      « charges salariales » étant récupérées par prélèvement
      d’un % sur le CA des entreprises,des sociétés,au pro
      rata des investissements réalisés dans l’appareil de
      production et des emplois créés:entre 10 et 15%.
      Encore faudrait-il que l’UE(très « sollicitée » par
      les lobbies)veuille s’engager avec détermination en
      ce sens…Les produits importés seraient-parallélem
      ent-taxés pour les mettre sur le marché à un prix é
      quivalent au prix de ceux fabriqués en UE.
      L’UE pourrait aussi encourager les industriels à s’
      installer dans des pays européens(de l’ex-bloc sovié
      tique)pour y développer une politique audacieuse en
      matière de production d’ « électricité verte »…autre
      que celle du nucléaire et qui leur permette de s’af
      franchir de l’approvisionnement en gaz russe,aussi…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*