Plan d’action européen en faveur de l’acier : une action tardive et trop molle de la Commission

11 juin 2013
Les écologistes européens ont pris connaissance du plan d’action en faveur du secteur sidérurgique adopté ce jour par la Commission européenne. Ils estiment que ce plan n’est pas approprié pour répondre aux difficultés du secteur : de l’aveu même de la Commission, il faudra attendre entre 5 à 7 ans pour que les surcapacités se résorbent à la condition (optimiste) que la demande d’acier renoue avec son taux de croissance tendancielle. Entretemps, la Commission fait le pari osé que la construction et l’automobile, les deux principaux consommateurs d’acier, regagneront suffisamment de couleurs que pour fournir des débouchés au secteur.
Pour Philippe Lamberts, eurodéputé belge membre de la commission parlementaire Industrie, Télécoms, Recherche, Energie:

« La Commission qui pointe les risques pouvant découler des ambitions environnementales et climatiques de l’UE pour la compétitivité du secteur ne comprend pas que le secteur lui-même pourrait être redynamisé par l’accélération de la transition écologique de l’économie : le déploiement à large échelle des énergies renouvelables – secteur déjà plus important en termes d’emploi que le secteur automobile – requiert beaucoup d’acier et les aciers arrivant sur le marché sont de plus en plus performants car plus légers, plus résistants et plus réactifs aux conditions du milieu ce qui réduit l’empreinte environnementale des bâtiments.»

Les questions se posant à l’égard des sources de financement à mobiliser pour stimuler encore davantage la R&D&I montrent à nouveau à quel point le pacte pour la croissance adopté par les Vingt-Sept en juin 2012 et doté de 120 milliards d’euros n’était qu’un écran de fumée : cet argent aurait dû être employé pour financer des plans comme celui-ci.

Pour Sandrine Bélier, eurodéputée française du Grand Est membre de la commission parlementaire Environnement, Santé publique et Sécurité alimentaire:

« De nouvelles technologies européennes, comme le projet « LIS » sur le site de Florange en Lorraine (France), pourraient pâtir du manque de lisibilité sur les financements qui seront alloués au secteur. Ce plan d’action laisse également planer de sérieux doutes quant à sa réalisation concrète. La réforme du régime des aides d’État est la bienvenue au regard de l’exemple d’ArcelorMittal. Ce dernier après avoir bénéficié d’importantes aides d’État, sape le marché européen du carbone et multiplie les licenciements en Europe. Pourtant, l’agenda de la Commission n’est pas clair sur cette révision législative dans la perspective des élections à venir au niveau européen. Il est regrettable de voir la Commission réagir tardivement et de manière aussi molle. Sa vision stratégique privilégiant la finance par rapport à la transition énergétique du secteur, pèsera lourd dans l’avenir économique européen. »

Et les deux eurodéputés de conclure :

« A l’image de ce qui a été fait pour les panneaux photovoltaïques, les écologistes demandent à la Commission de ne pas rester dans l’incantation lorsqu’elle aborde le protectionnisme dont l’UE est victime de la part des partenaires commerciaux et que les importations d’acier soient examinées du point de vue des conditions locales de production (subsides cachés, normes sociales et environnementales, en ce compris sur base des analyses sur le cycle de vie qui sont annoncées par la Commission) et dans l’esprit d’une concurrence juste.

Étant donné que le plan d’action peine à répondre à l’urgence du moment et que les mesures d’austérité continueront à saper le dynamisme économique européen, il est à craindre que de nouvelles restructurations seront annoncées. Nous demandons instamment à la Commission qu’elle propose un cadre législatif afin d’organiser une réponse coordonnée des États membres faisant face à un tel risque de la part d’une multinationale de l’acier. Ce cadre aura pour objectif d’éviter que ladite multinationale ne mette les pays concernés en concurrence et que ceux-ci ne nuise à l’intérêt général européen en se rendant coupable d’une forme de dumping pour préserver l’activité et l’emploi. »

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