Les eurodéputés Europe Écologie
  • Accédez aux pages de Daniel Cohn-Bendit - Photo Joëlle Dollé (reelportrait.com)
  • Accédez aux pages de François Alfonsi - Photo Joëlle Dollé (reelportrait.com)
  • Accédez aux pages de Catherine Grèze - Photo Joëlle Dollé (reelportrait.com)
  • Accédez aux pages de Pascal Canfin - Photo Joëlle Dollé (reelportrait.com)
  • Accédez aux pages de Michèle Rivasi - Photo Joëlle Dollé (reelportrait.com)
  • Accédez aux pages de Hélène Flautre - Photo Joëlle Dollé (reelportrait.com)
  • Accédez aux pages de Jean-Paul Besset - Photo Joëlle Dollé (reelportrait.com)
  • Accédez aux pages de Sandrine Bélier - Photo Joëlle Dollé (reelportrait.com)
  • Accédez aux pages de Nicole Kiil-Nielsen - Photo Joëlle Dollé (reelportrait.com)
  • Accédez aux pages de Malika Benarab-Attou - Photo Joëlle Dollé (reelportrait.com)
  • Accédez aux pages de Yannick Jadot - Photo Joëlle Dollé (reelportrait.com)
  • Accédez aux pages de Karima Delli - Photo Joëlle Dollé (reelportrait.com)
  • Accédez aux pages de José Bové - Photo Joëlle Dollé (reelportrait.com)
  • Accédez aux pages de Eva Joly - Photo Joëlle Dollé (reelportrait.com)

Accueil > Vos députés  > Eva Joly  > Eva Joly dans la presse  > Sur le blog
Rien de bon n’a jamais été construit sur l’impunité des puissants et de leurs alliés, aux dépens de leurs victimes et de leurs opposants.
Billet paru sur le blog d’Eva Joly - le 17 mai 2010
18 mai 2010 par Eva Joly
{id_article=#ID_ARTICLE}

Eva Joly a participé le lundi 17 mai à un colloque consacré à la Justice internationale et accueilli par Sciences-Po, à Paris. Elisabeth Guigou, Dominique de Villepin, Mireille Delmas-Marty et le Procureur de la Cour Pénale Internationale Luis Moreno-Ocampo faisaient également partie des intervenants.

L’après-midi s’est achevé par la remise d’un prix au Juge Baltasar Garzon. Après être intervenue au cours du colloque proprement dit, Eva Joly a repris la parole à cette occasion. Comme le déroulé de la soirée a été légèrement bousculé par le manque de temps, elle n’a pas pu lire le discours qu’elle avait initialement préparé, et a dû se contenter d’une intervention plus courte et développant un axe qu’elle n’avait pas prévu d’aborder à ce moment là. Vous trouverez cependant ci-dessous le texte tel qu’elle l’avait écrit.

Bonsoir à tous,

C’est un grand honneur pour moi de m’exprimer de nouveau, ce soir, devant vous, et pour le sujet qui nous occupe.

La justice est tout à la fois un pilier de la démocratie, l’un de ses objectifs les plus fondamentaux, et l’un de ses enfants les plus pauvres et les plus mal-aimés.

Si l’une, en effet, ne va pas sans l’autre, la Justice, l’autorité judiciaire et les juges qui les incarnent ne sont jamais appréciés. Ils dérangent, de manière inévitable, parce qu’ils font partie de ceux qui ont le plus à connaître des souffrances et des tourments de nos sociétés. Pire, ils sont ceux à qui nos sociétés confient le soin, non pas de les guérir, mais de tenter de les réparer. Et ils doivent le faire avec des moyens qui restent la plupart du temps dérisoires.

Au final, on leur en veut forcément ; on les trouve toujours trop laxistes pour les autres et toujours trop durs pour soi-même.

Cette position est donc aussi inconfortable qu’elle est nécessaire ; et elle devient vite intenable lorsque des considérations qui n’ont rien à voir avec la Justice entrent en jeu à leur tour.

Car la Justice est facilement instrumentalisée, en particulier par ceux qui détiennent une partie du pouvoir politique ou économique, et qui pour certains voudraient qu’elle se résume à la seule « régulation » de la petite délinquance et de la criminalité ordinaire. Autrement dit, qu’elle reste parfaitement étrangère à tout ce qui pourrait gêner leurs propres intérêts, qu’ils les qualifient de « raison d’Etat », d’« impératif économique » ou de « réalisme politique ».

C’est évidemment quelque chose de révoltant – la négation même de l’idée de Justice.

C’est dire que les menaces qui pèsent sur celles et ceux qui combattent ces difficultés, qu’ils soient eux-mêmes des politiques, des juristes, ou des citoyens engagés, sont lourdes. La lutte pour plus de justice, c’est une lutte sans fin. Les victoires qu’elle offre, par exemple lorsque l’on renonce à certaines réformes, en sont d’autant plus précieuses. Mais elles ne suffisent pas à faire oublier les autres coups durs et manipulations, notamment les manœuvres par lesquelles on cherche à déstabiliser, depuis plusieurs semaines, le juge Baltasar Garzon.

Lui et moi nous connaissons depuis quelques années déjà. Nous avons signé ensemble la « Déclaration de Paris » qui dénonçait en 2003 les effets de la grande corruption sur la vie politique et économique, et appelait à intensifier la lutte contre elle. Et il a eu par ailleurs la gentillesse de rédiger une très belle préface pour la traduction espagnole de l’un de mes livres. C’est donc sans hésiter que je me dis son amie, surtout quand je me remémore le gigantesque travail qui a été le sien jusque-là.

En outre, pour avoir occupé dans le passé des fonctions quelque peu similaires aux siennes, je crois pouvoir témoigner de la pression extraordinaire à laquelle on s’expose en s’attaquant, comme il l’a toujours fait, aux injustices les plus criantes, aux crimes les plus graves et à ce qu’on appelle souvent les « affaires d’Etat ». Vous n’avez tout simplement plus de vie. Vous êtes espionnés. Vous êtes traqués. Vous êtes mis en accusation précisément parce que vous remplissez la mission qui vous a été assignée. Vous êtes calomniés sans cesse ; et quand certains vous apportent publiquement leur soutien, il ne s’écoule que fort peu de temps avant que l’on ne les calomnient à leur tour, ou que l’on prétende que vous les manipulez en coulisses. Vous êtes a priori réputés avoir tort, jusqu’à ce qu’une Cour, jusqu’à ce que la société et parfois l’Histoire reconnaissent enfin que vous aviez raison.

C’est exactement ce qui arrive au Juge Garzon. Celui qui a permis l’arrestation de Pinochet est empêché d’enquêter, dans son propre pays, sur des crimes semblables à ceux du dictateur chilien ; ceci alors qu’il a pour lui son devoir et l’appui des lois internationales. Tous les juristes de bonne foi vous le diront : les reproches qui lui valent aujourd’hui les indignités qui le frappent sont infondés juridiquement. Prétendre qu’il viole les lois espagnoles, c’est tout simplement mensonger, ne serait-ce que parce que celles-ci ne peuvent primer sur le droit international et les textes ratifiés par l’Espagne, qui disent que les crimes contre l’humanité sont des crimes imprescriptibles. Les accusations qui viennent comme en complément, au cas où le tribunal repousserait les premières comme la logique le voudrait, le sont tout autant.

Le fait que l’extrême droite en soit à l’origine montre assez qu’il ne s’agit pas seulement du procès d’un homme, mais aussi celui d’une volonté, celle d’en finir avec l’impunité. Or rien de bon n’a jamais été construit sur l’impunité des puissants et de leurs alliés, aux dépens de leurs victimes et de leurs opposants.

Au-delà de l’Espagne, c’est l’Europe toute entière, qui se veut exemplaire en matière de défense des Droits de l’Homme et de promotion de la Justice internationale, qui ferait bien de s’en rappeler. C’est bien pour cela qu’il était important pour moi d’être là ce soir pour apporter mon soutien à Baltasar Garzon.

Je vous remercie.


fleche Pour en savoir plus : Le blog d’Eva Joly
Le forum Réagir à cet article (pas de message pour le moment)
contacts | légal | newsletter | sites | rédacteurs | RSS | réalisation Perline & Martin Granger | merci SPIP