Je suis né au sein d’un pays plein de vents et de ciel, en Auvergne, en une époque "modeste". Famille modeste d’ouvriers-paysans d’après guerre, copains modestes de la communale, loisirs modestes sur les terrains de rugby, études modestes jusqu’au bac à Clermont Ferrand puis "montée" modeste sur Paris, comme tout bon Auvergnat, pour bosser modestement, mais aussi pour tenter de réaliser un rêve têtu d’enfance qui, lui, n’était pas modeste : devenir journaliste pour parcourir le monde, le mieux connaître et comprendre.
C’est alors que Mai 68 s’est emparé de moi, en pleine jeunesse. A Paris, dans le feu des nuits fauves, le mouvement m’a évidemment transporté et investi. J’y ai contracté définitvement le virus du changement collectif, du refus de la fatalité, de l’action pour le mieux, de l’engagement corps et âme, du souçi des autres, de la justice sociale et de l’émancipation. Quelques mois après, dans l’enthousiasme de ce que je croyais être "une répétition générale" avant le Grand Soir, j’intégrais la Ligue communiste révolutionnaire qui me paraissait l’organisation la plus sérieuse en même temps que la moins doctrinaire. J’y restais onze ans, le temps de m’apercevoir de l’impasse que la voie marxiste révolutionnaire constituait, le temps aussi de m’imprégner d’immenses richesses intellectuelles et humaines.
Depuis, tout en restant branché quotidiennement sur les palpitations du monde et ses débats politiques, je n’ai adhéré à aucune autre organisation politique - déontologiquement, un journaliste doit se tenir sur la réserve car il ne peut être juge et partie -, même si mes votes de citoyen sont allés systématiquement aux Verts puisque ceux-ci, malgré parfois leurs palinodies, incarnaient pour moi la seule voie raisonnable, celle qui allie la mutation écologique à la transformation sociale.
Professionnellement, je suis donc devenu journaliste conformèment aux rêves de mon adolescence et, comme en toute chose, j’ai connu les grandeurs et les misères de ce métier. J’ai collaboré à de nombreux organes de presse (Rouge, RTL, La Croix, Que Choisir, Libération, Politis, etc.), puis je suis entré au journal Le Monde dont je fus, pendant dix ans, un des rédacteurs en chef et où je me suis efforcé de peser sur la hiérarchie des choix éditoriaux, en y introduisant, non sans mal, la dimension écologique. D’une vie largement consacrée à ce métier, j’en tire au moins une leçon : le respect du réel et le primat des vérités de fait sur les postures doctrinaires.
Un épisode s’était produit entre temps. Alors que le hasard des circonstances m’avait amené à Matignon comme chargé de mission sur la communication du premier ministre de l’époque, Laurent Fabius, les "événements" de Nouvelle-Calédonie - c’est à dire la révolte kanak - me rattrapèrent. Je quittai les ors de la République pour aller sur ce caillou du Pacifique en proie à tous les drames où je créais un quotidien anticolonialiste et ouvert aux différentes cultures qui s’entredéchiraient. Indésirable aux yeux de l’oligarchie locale et malgré les attaches très profondes qui me liaient au peuple kanak, en particulier avec Jean-Marie Tjibaou, je dû rentrer en France où j’ai mené un travail passionnant sur l’Afrique avec Edgar Pisani.
Ma rencontre avec René Dumont, sur lequel j’écrivis une longue biographie en 1992 et avec lequel je me suis lié d’amitié, constitua l’étincelle de mon "tournant" écolo. C’était en réalité l’aboutissement d’un long cheminement intellectuel et sensible qui m’avait conduit peu à peu à m’éloigner de la doxa de la gauche traditionnelle pour m’impliquer plus avant dans le paradigme écologiste.
Fin 2005, quand je publiais le livre-bilan de mes réflexions et de mes expériences, Comment ne plus être progressiste sans devenir réactionnaire, je ne m’attendais pas à la suite : un enchaînement accéléré d’événements imprévus. Grâce à ce livre qui l’avait interpellé, j’entrais en contact avec Nicolas Hulot, lequel me proposa de coordonner la réflexion et l’écriture du Pacte écologique, je menais avec lui la campagne auprès des candidats à l’élection présidentielle, puis je passais directement aux négociations du Grenelle de l’environnement avant d’être parmi ceux qui allaient donner naissance au rassemblement des écologistes avec Europe Ecologie. La séquence s’accéléra encore en 2009 avec la campagne électorale européenne où je conduisis la liste d’Europe Ecologie dans l’eurorégion Massif Central-Centre - retour au bercail ! - et où, contrairement à tous les pronostics et grâce à la mobilisation de ceux qui convergeaient sur le primat de l’impératif écologique, je fus élu député européen.
Me voici maintenant passé sans plus de répit à une autre séquence, au parlement européen et à Bruxelles où je me suis installé à demeure afin de pouvoir travailler sérieusement, avec mes ami(e)s Verts européens et toutes les bonnes volontés que nous serons capables de convaincre, à la construction d’un projet écologique et social pour l’Europe. En évitant ainsi les déplacements incessants si lourds d’empreinte écologique.
Bibliographie
Le dossier calédonien, éditions La Découverte, Paris 1988
Amnesty International, la conspiration de l’espoir, éditions du Félin, Paris 1991
René Dumont, une vie saisie par l’écologie, éditions Stock, Paris 1992.
Comment ne plus être progressiste… sans devenir réactionnaire, éditions Fayard, Paris 2005
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réalisation Perline & Martin Granger
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merci SPIP