Visite du centre de détention à Bapaume, Pas-de-Calais

10 juin 2010
Le centre de détention de Bapaume qui comprend 600 places (500 pour les hommes et 100 pour les femmes) accueille actuellement 479 hommes et 94 femmes. Les détenus y purgent des peines longues : 26% d’entre eux des peines de 15 à 20 ans et 16% de 20 à 30 ans.

Point NOIR: L’accès aux soins de santé est le problème grave et récurrent. En dépit d’une contractualisation avec le centre hospitalier d’Arras, la présence à temps plein d’un médecin généraliste n’est même pas garantie et de nombreux détenus se plaignent fréquemment auprès des visiteurs du mauvais suivi sanitaire dans l’établissement. Pour le personnel pénitencier les détenus sont les plus mal lotis et les derniers servis des usagers de l’hôpital. En dépit des problèmes psychiatriques graves, des suicides ou tentatives de suicide (rappelons que la France détient ce triste record européen ) les soins psychiatriques sont indigents. Le jour de notre visite les détenus étaient tous examinés après la détection d’un cas de tuberculose.

L’accès au travail est également limité. En dépit d’ateliers bien équipés les contrats avec les entreprises extérieures ne sont pas au rendez-vous. La direction invoque la situation économique, mais les conditions de contrôle pourraient également être jugées trop contraignantes par les entreprises. Un contrat avec l’Oréal pour un centre d’appel téléphonique a échoué dans la dernière ligne droite.

L’éducation nationale intervient depuis de nombreuses années au sein de l’établissement et la fréquentation des cours est régulière. Il n’y a pas de politique suivie d’ouverture de la prison à des intervenants extérieurs. Il est également regrettable qu’aucune activité mixte ne soit autorisée. Les relations hommes/femmes se nouent par delà les murs et se concluent parfois par des « mariages » entre personnes qui ne se sont jamais vues! Il semble que les dispositifs pour éviter toute rencontre soient particulièrement rigides et pesants. Les femmes font les frais de cette politique de ségrégation notamment pour l’accès aux espaces communs par exemple la bibliothèque. L’établissement a reçu ces jours-ci le feu vert pour la construction de « l’unité de vie familiale », c’est ainsi qu’un nouveau bâtiment sera construit pour permettre aux détenus de pouvoir vivre avec leur entourage familial pendant une période donnée.

A court terme l’accès contrôlé à internet paraît indispensable à l’exercice du droit l’information.

Durant sa visite hélène Flautre a plaidé pour la mise en oeuvre intégrale des règles pénitentiaires européennes visant à harmoniser les politiques pénitentiaires des États membres du Conseil de l’Europe et à faire adopter des pratiques et des normes communes et a incité la direction à chercher l’obtention du label européen1. Elle a rappelé que le comité contre la torture vient de condamner les orientations de la politique pénitentiaire française notamment vers une gestion ultra-sécuritaire de la détention des prisonniers depuis 2003 réputés dangereux et qu’il appartient à la France de se conformer sans délai à ses engagements internationaux en adoptant des décrets d’application respectant scrupuleusement les droits de l’Homme.
Hélène Flautre continuera de visiter régulièrement les lieux de privation de liberté sur sa région d’élection.

1 Pour plus d’information sur les Règles pénitenciaires européennes, voir le document pdf : Recommandation au Comité des Ministres aux Etats membres sur les Règles pénitentiaires européennes.

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