Pourquoi nous ne voulons plus de José Manuel Barroso

8 septembre 2009
L’Europe a besoin d’un projet pour exister, un élan pour se construire. Affirmer cela, c’est sceller le sort de José Manuel Barroso ! Car le président sortant de la Commission européenne s’est surtout distingué par son incarnation de l’immobilisme, parfois jusqu’à la caricature. Du double point de vue de son bilan et de son programme.
M. Barroso souhaite à nouveau diriger la Commission pendant cinq ans. Il a reçu le soutien unanime des 27 gouvernements des Etats qui constituent l’Union européenne. Ceux-ci ne sont pas des ingrats : ils aimeraient reconduire à la tête de la Commission un homme qui leur a toujours été fidèle, c’est-à-dire une personnalité qui a toujours conçu sa fonction comme le relais des intérêts nationaux des différents Etats, a contrario de l’ambition européenne qui consiste justement à dépasser les frontières de l’Etat-Nation. M. Barroso a (bien) servi les désirs du Conseil des ministres européens, il les a même souvent devancés. Au cours des cinq dernières années, lors des événements les plus marquants, M. Barroso a systématiquement fait passer l’intérêt collectif européen après celui des Etats. Et c’est toujours dans le même état d’esprit, celui d’un secrétaire général du Conseil, qu’il envisage d’être reconduit.

De notre point de vue et de celui de tous ceux qui militent pour une Europe qui avance vers un nouveau projet de société, le bilan du président sortant est très médiocre. En quelques domaines que ce soient, M. Barroso est resté le pied sur le frein. (Lire ci-dessous le détail de nos appréciations et critiques)
Ce choix s’est spectaculairement révélé au cours d’un mandat marqué par un événement extraordinaire: l’explosion d’une crise globale de notre modèle de développement. C’est peu dire qu’il n’a pas vu venir celle-ci et qu’il l’a subie sans réagir. Inévitable : les orientations de M. Barroso relèvent justement des convictions qui ont été à la source de cette crise, en particulier sa propension à la libération des forces du marché et à la dérégulation.

M. Barroso a-t-il changé sous l’impact de cette crise ? Son programme – Orientations politiques pour la prochaine Commission (lire ci dessous) -, s’il prend acte du « défi » de l’époque, nous laisse dubitatif. Nous avons lu attentivement votre document. Après l’avoir lu,  nous avons cherché combien de fois vous y utilisiez le terme « paradis fiscaux » : la réponse  est…0.  Nous avons cherché l’expression « harmonisation fiscale »: la réponse est…0.   Nous avons cherché le mot « capitalisme »: la réponse est …0.   Nous avons cherché le  mot  « spéculation »: la réponse est…0. Comment croire qu’un texte qui ne parle, aujourd’hui, ni du capitalisme, ni de la spéculation, ni des paradis fiscaux propose une vision pertinente et ambitieuse pour l’Europe, et le monde, dans les 5 ans qui viennent ?  

Par ailleurs, les généralités ne suffisent pas à construire une politique et on ne distingue pas dans ce projet les priorités écologiques et sociales qui s’imposent. M. Barroso semble disposé à infléchir sa politique mais à condition qu’elle reste dans le cadre idéologique et économique qu’il a toujours appliqué.

« Pour l’Europe, l’heure de vérité a sonné » s’exclame M. Barroso. Pour nous, cette vérité ne triomphera pas avec cet homme là qui n’a pas su ou voulu réagir au bouleversement du monde et qui ne propose somme toute qu’une reconduction du statut quo dont l’Europe, justement, doit sortir si elle veut dépasser la crise et ouvrir une nouvelle voie à la mondialisation.

Lire aussi:
Mon Europe mérite mieux que Barroso !; de Sandrine Bélier, députée Europe Écologie, Slate le 27 août 2009.
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