Ce qu’on a fait pour sauver la finance, faisons le pour sauver la planète

23 octobre 2008
Une révolution d’envergure vient de se dérouler sous nos yeux au niveau planétaire. En quelques semaines, des forteresses inexpugnables sont tombées : des forteresses financières, mais aussi des forteresses idéologiques.
Dans la façon dont les Etats ont commencé à répondre à la crise financière, cinq étapes caractéristiques peuvent être identifiées :

1. Prise de conscience de la gravité de la situation et de l’urgence de la catastrophe potentielle

2. Reconnaissance que le « laisser faire », la brutalité de la main obscure du marché, ne peut que conduire à une aggravation de la crise, voire à saper les fondements même de nos sociétés

3. Mobilisation des pouvoirs publics perçus comme les seuls garants de la sortie de crise

4. Mise en place d’une coordination internationale encore insatisfaisante mais réelle, et définition de politiques publiques

5. Injection de moyens financiers massifs

Il est aujourd’hui trop tôt pour savoir si ce remède de cheval évalué aujourd’hui par le FMI à 1.500 milliards de dollars sera suffisant. Mais, pour nous écologistes, cette « révolution » constitue un précédent particulièrement intéressant. Car une crise écologique bien plus grave nous menace, qui, par bien des aspects, s’apparente dans ses mécanismes à la crise de la finance internationale et pour laquelle les mêmes étapes peuvent être dessinées.

1. Prise de conscience de la gravité de la crise : à entendre les dernières études des climatologues, l’évolution des concentrations de carbone dans l’atmosphère constatée depuis quelques années est plus grave que le pire des scénarios envisagés il y a seulement un an par le GIEC : les conséquences climatiques (cyclones, sécheresses, montée du niveau de la mer…) et humaines (famines, réfugiés climatiques…) défient tous les scénarios élaborés jusque là ; à écouter nombre de géologues, la déplétion des ressources pétrolières (et de nombre d’autres matières premières) serait engagée ou tout le moins imminente, pouvant entraîner un accroissement brutal des prix de l’énergie aux conséquences géopolitiques (guerres), économiques et sociales majeures ; quant aux experts en matière de biodiversité, ils n’hésitent pas à parler d’une 6e extinction des espèces, dont les conséquences agricoles, climatiques et sanitaires sont imprévisibles.

Il ne s’agit pas ici de faire preuve de catastrophisme, mais d’un minimum de lucidité sur le signal d’alarme lancé par la communauté scientifique. Il ne s’agit pas de faire peur, mais de faire face.

2. Comme la crise financière, la crise écologique est l’échec d’une économie tournée uniquement sur la maximisation du profit à court terme. La confiance quasi religieuse dans le libre marché et dans l’impératif irréaliste d’une croissance continue et infinie ne peut que conduire à rencontrer, à un moment ou un autre, les limites physiques de la biosphère et des ressources énergétiques. De même que le marché a créé artificiellement des bulles (Internet, immobilier, …) qui laissent croire qu’on peut vivre au-dessus de nos moyens et qui finissent toujours par exploser, nous vivons depuis près de 30 ans dans une « bulle écologique » (l’empreinte écologique de l’humanité est devenue supérieure à notre seule planète Terre !) dont « l’explosion » potentielle menace notre avenir collectif.

Là où une économie « économe » de nos ressources, parce que basée sur des équilibres de long terme, peut organiser la préservation des ressources et leur utilisation durable, une économie basée sur le profit à court terme de quelques uns conduit au gaspillage, et par voie de conséquence à la privation du plus grand nombre.

3. Il n’est donc pas surprenant que la grande majorité des scientifiques (du GIEC aux experts énergétiques ou de la biodiversité) et des responsables politiques les plus lucides (d’Al Gore à l’ONU) en appellent à la responsabilité des pouvoirs publics seuls capables de faire passer nos sociétés et nos économies du gaspillage à la sobriété, du pillage des ressources à leur préservation, d’une économie sauvage du chacun pour soit à une économie civilisée de coopération.

4. Pour cela, comme pour la crise financière, émerge l’impératif d’une gouvernance planétaire face à la crise. D’une certaine façon, le Sommet de la Terre à Rio, le protocole de Kyoto sur le réchauffement climatique en sont les précurseurs. Mais il s’agit maintenant de passer de l’expérimental au pérenne : éradiquer la pauvreté ; organiser la réduction des gaz à effet de serre en partageant équitablement les quotas d’émission entre pays ; mettre en place les dispositifs économiques pénalisant les gaspillages et favorisant les comportements vertueux ; protéger la biodiversité en donnant une valeur économique au fait de protéger les biens naturels mondiaux comme les forets tropicales ; mais aussi partager équitablement les ressources énergétiques fossiles tout en développant les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique ; et anticiper la prise en charge équitable des futurs réfugiés climatiques en proportion des responsabilités de chacun dans la crise … Voila autant de chantiers prioritaires pour une gouvernance mondiale qui tenterait d’éviter que la crise ne se résolve par la loi du plus fort, celle qui d’Irak en Géorgie, en passant par le Darfour, conduit les superpuissances à s’accaparer militairement le contrôle des ressources énergétiques.

5. Cette mutation, elle aussi, nécessitera l’injection de moyens certes massifs, mais qui, au regard des centaines de milliards injectés en quelques semaines pour sauver le système financier, apparaissent particulièrement raisonnable. Ainsi, l’économiste Nicholas Stern a chiffré à 2% du PIB mondial d’ici 2050 les moyens nécessaires pour lutter contre le dérèglement climatique. Soit autour de 1 000 milliards de dollars sur 40 ans là où la crise financière a déjà 1.500 milliards de dollars en quelques mois !!!

Depuis la crise financière, nous savons dorénavant qu’un tel scénario est réalisable. Elle constitue une opportunité historique pour inventer un nouveau mode de développement qui ne repose pas sur la maximisation du profit à court terme mais sur la recherche d’un développement soutenable pour la planète et qui maximise le bien être des êtres humains. Ne reste qu’une question : les chefs d’Etat des pays riches sont ils capables de faire preuve de la même volonté politique pour sauver la planète que pour sauver la finance ?

* Denis Baupin, membre du conseil national des Verts, maire adjoint de Paris au développement durable

* Pascal Canfin, responsable de la commission économie des Verts.

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