« autour de l’affaire Erignac, l’erreur judiciaire rode »

13 mai 2011
A l’heure de l’ouverture du troisième procès d’Yvan Colonna, provoqué par la cassation du procès en appel qui l’a condamné à la peine maximum du Code pénal, la réclusion criminelle à perpétuité avec une peine de sûreté de 22 ans, il faut exercer notre devoir de vigilance.
Parce que, autour de l’affaire Erignac, l’erreur judiciaire rode.
Rappelons-nous que Vincent Andriuzzi et Jean Castela ont été condamnés à 30 ans de réclusion en première instance, au nom d’une très fumeuse « piste intellectuelle », avant d’être acquittés en appel. La possibilité d’appel pour une décision de Cour d’Assises est une mesure récente. Il y a quelques années leur première condamnation aurait été définitive, et ils seraient à cette encore derrière les barreaux. Et pourtant, ils ont été innocentés.

Leur cas n’est pas isolé. Dans les filets de la procédure d’enquête policière, ce sont 340 Corses qui ont été interpellés – un par village de Corse ! Beaucoup d’entre eux, plusieurs dizaines, ont été inculpés et placés en détention préventive durant de longs mois, jusqu’à un an et demi, avant d’être mis hors de cause. Et 13 ans après les faits, leur situation judiciaire n’est pas encore définitivement réglée puisque la justice se refuse à refermer leurs dossiers. Pour tous ceux-là aussi, on est passé à deux doigts d’erreurs judiciaires.

Or le cas d’Yvan Colonna est celui d’un justiciable hors normes, car pèsent sur lui tous les enjeux de la raison d’État. D’emblée, il a été déclaré coupable au plus haut niveau de l’État, par celui qui est devenu depuis le Président de la République. Or la raison d’État a régulièrement pour effet, même dans les démocraties, de fausser les procédures judiciaires, soit pour épargner des coupables protégés (rappelons-nous l’affaire Ben Barka en France), soit pour condamner malgré l’évidence judiciaire des innocents (affaire Sacco et Vanzetti aux USA).

Or, autour de l’affaire Erignac, la raison d’État a délibérément créé des circonstances troubles qui nous inquiètent. Il y a eu l’action de Bernard Bonnet en Corse. Il y eu ce corps spécial de gendarmerie, dissous depuis, qui a déstabilisé la société corse par les actions barbouzardes de son Colonel. Il y a eu cette enquête policière extravagante menée par Roger Marion. Il y a eu ces déclarations extravagantes des plus hauts responsables de l’État qui ont valu à Yvan Colonna d’être condamné avant même que son procès n’ait commencé. Et durant son dernier procès, pourtant mené par des magistrats professionnels, donc censés maîtriser leurs nerfs, on a assisté à des entraves inacceptables aux droits de la défense, agissements qui ont été sanctionnés par la cassation prononcée ensuite.

Que penser enfin d’une enquête menée sans même recourir à ce qui est le b-a-ba de l’enquête criminelle, c’est à dire la reconstitution du crime ? Alors que l’on s’interroge sur la taille véritable du tueur ? Alors que les expertises balistiques sont contradictoires ? Alors que les témoins oculaires ne reconnaissent pas Yvan Colonna comme l’assassin du Préfet Erignac ? Alors qu’un autre membre du commando s’est déclaré coupable du crime ?

Tous ces faits mis bout à bout créent un véritable inquiétude sur l’impartialité de la Justice au moment où s’ouvre le troisième procès d’Yvan Colonna.
Aussi je rends hommage à l’action de la FIDH, qui a été essentielle pour obtenir l’acquittement de Jean Castela et Vincent Andriuzzi, et dont l’engagement a sans nul doute pesé dans la récente décision de la Cour de Cassation. Et je soutiens sans réserve son engagement pour obtenir que le procès d’Yvan Colonna soit un procès équitable.

François Alfonsi

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