Une étape décisive vers l’éradication de la pauvreté en Europe
Le Parlement européen vient d’adopter sa position sur la future Stratégie européenne de lutte contre la pauvreté. Ce vote constitue un signal politique fort adressé à la Commission européenne. Une contribution essentielle bien que non contraignante, et qui devra orienter le travail de la Commission et des États membres dans les années à venir.
Aujourd’hui, plus de 93 millions de personnes vivent dans la pauvreté dans l’Union européenne, dont près de 20 millions d’enfants exposés au risque de pauvreté ou d’exclusion sociale. Face à cette réalité massive et persistante, l’Union européenne doit se fixer un objectif clair d’éradication de la pauvreté à l’horizon 2035. Car la pauvreté est un choix politique, l’éradiquer aussi. La reconnaissance que la pauvreté n’est ni une fatalité économique ni une responsabilité individuelle, mais un enjeu profondément politique et démocratique qui engage l’Union européenne.
Pour Marie Toussaint, vice-présidente du groupe Verts/ALE et co-présidente de l’intergroupe de lutte contre la pauvreté du Parlement européen :
« Le Parlement européen rappelle qu’il existe un lien indissociable entre persistance de la pauvreté et respect des droits humains fondamentaux, ce qui était indispensable. La Commission européenne devra impérativement à son tour rappeler cette vérité fondamentale.
Ce rapport pose clairement trois ambitions :D’abord, celle d’une participation pleine et entière, permanente et non conjoncturelle, des personnes en situation de précarité à l’élaboration des politiques publiques en Europe. Cela signifie que rien ne doit se décider pour les personnes en situation de précarité sans elles. Leur participation doit être structurée, reconnue et intégrée durablement aux processus européens, car leur expertise d’usage est indispensable pour comprendre les réalités multiples de la pauvreté.
Ensuite, la nécessité de lutter contre la discrimination pour conditions de ressources. Les personnes en situation de vulnérabilité sont en permanence pointés du doigt comme responsables de tous les maux d’une société qui oublie que c’est elle qui choisit de tolérer la pauvreté en son sein. Il faut renverser cette dynamique et lutter contre les idées fausses liées à la pauvreté, d’autant plus qu’elles sont souvent liées à d’autres facteurs ainsi que la discrimination raciale ou liée au lieu de résidence.
Le Parlement réaffirme également la priorité donnée à la lutte contre la pauvreté infantile et s’oppose à toute mesure qui pénalise ou fragilise des personnes en raison de leurs conditions de ressources, qu’il s’agisse du placement d’enfants, de restrictions d’accès aux droits ou de discriminations institutionnelles. Le placement pour raisons économiques demeure une réalité dans les États membres, touchant notamment parmi ces populations, les enfants Roms. Condamner la discrimination socio-économique (pauvrophobie) dans les discours et peut-être surtout les politiques publiques, notamment les algorithmes, est indispensable. C’est ce que demande le Parlement européen.Enfin, le Parlement européen requiert de la Commission des études d’impact social et notamment distributionnelles généralisées. Nous ne ferons pas reculer la précarité sans évaluer systématiquement l’impact social et distributionnel des décisions européennes, et la Commission doit s’engager clairement dans cette voie. »
Si certains points sont encore trop faiblement abordés, comme par exemple le nécessaire soutien de l’Union européenne aux initiatives de lutte contre le chômage de longue durée ou encore la situation spécifique des gens du voyage, l’intergroupe continuera son travail dans la lutte contre la pauvreté.
Avec ce vote, le Parlement a pris ses responsabilités. La Commission doit maintenant prendre les siennes.







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