Climat : les grands émergents bougent, le monde bouge mais l’Europe piétine

6 octobre 2009
Au regard des négociations qui ont abouti au protocole de Kyoto, un paramètre important a changé à l’approche de Copenhague : les pays émergents (Afrique du Sud, Brésil, Inde, Chine) figurent au centre des négociations. Dès lors, la question à se poser est ailleurs : ne seraient-t-ils pas devenus, contre toute attente, les moteurs de la lutte contre le réchauffement climatique ?
En décembre, la communauté internationale va se rassembler à Copenhague pour un Sommet sur le Climat d’une importance cruciale. De Kyoto à Copenhague, notre compréhension de la crise climatique et des réponses à y apporter s’est améliorée. Chaque année, 300 000 personnes meurent déjà des impacts du changement climatique. Et il ne reste que quelques années pour stopper l’augmentation mondiale des émissions de gaz à effet de serre et les réduire, si nous voulons éviter que l’augmentation de la température de notre planète passe au-dessus du seuil dangereux de 2°C.

Pour cela, des efforts doivent être faits dans tous les pays. Dans les pays industrialisés évidemment, responsables du changement climatique que nous connaissons aujourd’hui et qui ont à cet égard le devoir de montrer l’exemple. Mais aussi dans les pays en développement, et surtout dans les grands pays émergents. C’est là la différence fondamentale entre les discussions qui avaient débouchées en 1997 sur le Protocole de Kyoto et celles qui nous conduisent à Copenhague. Les grands émergents doivent limiter leurs émissions de gaz à effet de serre avant de les réduire. Et pour cela, la communauté internationale s’est mise d’accord sur le fait qu’ils doivent bénéficier d’un soutien technologique et financier.

Les grands émergents sont-ils prêts à agir contre le changement climatique ? A écouter certains pays industrialisés, on peut avoir l’impression que non. Aux Etats-Unis, nombreux sont ceux qui refusent un engagement fort de leur pays en arguant du fait que la Chine ne suit pas. En Europe, des voix s’élèvent pour dénoncer le soi-disant manque d’action des grands pays émergents, et par conséquent font obstacle à ce que l’Union européenne s’engage à réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 30% d’ici à 2020 (et non pas de 20%).
Quant à la France, elle refuse de chiffrer le soutien financier que l’Europe doit apporter à moyen terme, tout en brandissant la menace d’une taxe carbone aux frontières pour se protéger de ces pays jugés insuffisamment ambitieux.

Il y a là un décalage surprenant entre ces prises de position et ce qu’on peut lire régulièrement sur les actions entreprises par les grands pays émergents pour réduire les pollutions locales, assurer leur sécurité énergétique ou créer des emplois, et qui permettent également de limiter la croissance de leurs émissions de gaz à effet de serre.

Qu’il s’agisse de production d’éoliennes, de panneaux solaires et maintenant de batteries pour voitures électriques (voire de voitures électriques elles-mêmes), la Chine est désormais le leader mondial toutes catégories. Elle a amélioré son efficacité énergétique d’une manière spectaculaire et est désormais sur le point de se fixer un objectif de réduction de l’intensité carbone de son économie. L’Afrique du Sud a, elle, établi un plan national pour que ses émissions commencent à décliner dès 2020-2025… alors qu’un tel déclin ne serait pas normalement attendu même en 2050. Quant au Brésil, il est prêt à réduire le taux de déforestation de l’Amazonie de 70% en 10 ans, la déforestation étant responsable de trois quart de ses émissions.

Les grands pays émergents sont prêts à faire bien plus que leur part équitable de l’effort mondial. Il est loin le temps de Kyoto où ils refusaient tout effort en prétextant que le changement climatique était une affaire de pays riches. La question n’est en fait plus tant celle de leurs actions, mais de leur volonté à les inscrire dans le cadre d’un accord international contraignant. Si le climat est aujourd’hui l’affaire de tous, les grands pays émergents ont toujours une responsabilité historique et une capacité à agir bien inférieures à celle des pays industrialisés. La forme juridique de leur engagement ne pourra donc pas être la même.

A quelques mois de Copenhague, la situation politique bouge. Les grands pays émergents s’engagent. Des pays industrialisés jusque là dirigés par des gouvernements peu enclins à réaliser des efforts suffisants montrent l’exemple. Certes, la somme de ces efforts ne nous permet toujours pas de garantir une réponse internationale à la hauteur de l’enjeu climatique. Mais la dynamique politique est désormais positive, et elle doit être entretenue. Ce qui rend d’autant plus surprenantes les déclarations européennes visant à nous préparer à un échec à Copenhague. A croire que l’Union européenne nous prépare en fait à son propre échec, à son incapacité à prendre les engagements, que ce soit de réduction de ses émissions de gaz à effet de serre ou de soutien aux pays en développement, nécessaires au succès des négociations. Alors que le monde bouge l’Europe piétine.

Yannick Jadot, député européen Europe Ecologie

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