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Intervention sur la démocratisation en Turquie

20 janvier 2010

par EurodeputesEE

Madame la Présidente, Monsieur le Commissaire Rehn, merci d’être encore présent avec nous à cette heure tardive pour discuter de la démocratisation en Turquie, un sujet que vous avez beaucoup travaillé ce dont je vous remercie.

Je crois qu’on était très nombreux quand le gouvernement a annoncé son initiative démocratique, son ouverture démocratique, à prendre à la fois la mesure de cette audace et, en même temps, à considérer que cette vaste ambition représentait un long chemin qui, probablement, serait semé d’embûches; les embûches sont arrivées assez rapidement.

Le premier acte, vous l’avez dit, c’est la dissolution du DTP, et je note d’ailleurs qu’à côté de l’interdiction du DTP, l’interdiction d’exercice d’activité politique, qui frappe plusieurs élus de son parti, élimine aussi les têtes qui étaient le plus impliquées dans le dialogue démocratique et politique pour résoudre la question kurde. C’est tout de même un point d’interrogation qui jette le doute sur cette décision.

Et puis il y a également cette vague d’arrestations qui, aujourd’hui, vraiment, décapite les leaders politiques, et donc aussi les interlocuteurs, dans cette question kurde. Or, cette question kurde, elle est centrale dans le processus de démocratisation de la Turquie! D’abord elle est lourde, parce qu’elle représente beaucoup d’années de souffrances, de violences, de conflits, de guerres, qui laissent des traces tragiques jusqu’à aujourd’hui; des traces aussi économiques, sociales et culturelles, et politiques.

Et cette question kurde, elle pèse sur le processus de démocratisation de façon extrêmement forte. Elle pèse sur la liberté d’expression, elle pèse sur la liberté de la presse, elle pèse sur les droits des citoyens, elle pèse sur la lutte contre la torture. Et quand je vois aujourd’hui l’utilisation qui est faite de la loi antiterroriste, pour couvrir des opérations de représailles politiques, je dis que là, vraiment, nous devons supporter ce gouvernement et attendre de lui qu’il prenne une nouvelle initiative extrêmement ambitieuse pour sortir, par le haut, de cette situation, parce qu’on le sait, tous les groupes constitués en Turquie n’ont pas intérêt, tous, au règlement démocratique de la question kurde. Nous le savons bien, nous le savons depuis le début.

Aujourd’hui donc, la Turquie a besoin de notre soutien, de notre soutien sans faille dans ce processus de démocratisation. Ma collègue, Sophie in’t Veld a raison de dire que ce soutien sans faille doit se manifester par le renouvellement de cette promesse d’adhésion au bout du processus de démocratisation; il est absolument essentiel de le dire.

Et puis, il faut que ce gouvernement, enfin, accouche de réformes, qui devront aller nécessairement vers un projet de nouvelle Constitution. Les réformes immédiates concernent la loi sur les partis politiques évidemment. Elles concernent aussi la loi électorale – c’est absolument urgent – et l’indépendance de la justice. Ces piliers fondamentaux de l’État démocratique en Turquie doivent être avancés de manière courageuse et déterminée, aujourd’hui, par le gouvernement turc.

Et puis, également, il faut que ce gouvernement prenne des initiatives pour favoriser le consensus et la réconciliation, parce que la polarisation de la société et des forces politiques en Turquie est absolument néfaste à la recherche d’un consensus nécessaire pour adopter une nouvelle Constitution que nous espérons tous.

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