En Iran comme au Liban : l’Europe doit défendre le droit international

9 mars 2026

Ce 28 février, Donald Trump et Benyamin Netanyahou ont déclenché une guerre totale et massive contre les mollahs au pouvoir en Iran depuis 1978. Ils l’ont fait en dehors de tout cadre légal, non seulement sur le plan du droit international, mais même, en ce qui concerne les États-Unis, de tout cadre légal national puisque seul le Congrès américain a en théorie le droit de déclarer une telle guerre.

Un régime d’une violence extrême

Depuis près de cinquante ans, le peuple iranien vit sous le joug d’un régime théocratique dont nous n’avons cessé de dénoncer le caractère particulièrement oppressif et brutal. Il a constamment exercé une violence extrême contre celles et ceux qui réclament leurs droits, et en particulier vis-à-vis des femmes. On ne compte plus le nombre d’exécutions auquel ce régime a procédé depuis 1978 et il a encore illustré son caractère particulièrement sanguinaire en janvier dernier, quand plusieurs dizaines de milliers d’Iraniennes et d’Iraniens ont été massacrés pour avoir osé descendre dans la rue contre le pouvoir.

Mais rétablir la démocratie en Iran et rendre leurs libertés aux Iraniennes et aux Iraniens n’est évidemment pas l’objectif poursuivi par Donald Trump et Benyamin Netanyahou. Ils consacrent au contraire tous deux leur temps et leur énergie à restreindre ces libertés et à mettre à bas l’état de droit, tant en Israël qu’aux États-Unis. Et d’ailleurs Donald Trump l’a dit très ouvertement : son scénario préféré pour l’Iran serait une « solution » à la vénézuélienne, la poursuite de la dictature mais avec des dirigeants qui céderaient à ses exigences en matière de nucléaire et de missiles.

Un engrenage qui risque d’échapper à tout contrôle

En attendant, cette guerre, menée en dehors de tout cadre multilatéral et sans mandat international, entraîne la région dans un engrenage dont on peut légitimement redouter qu’il échappe à ceux qui l’ont lancée. Elle sape le droit international, consacre la loi du plus fort et expose des millions de civils à des risques immenses — en Irak, dans toute la péninsule arabique, en Israël, au Liban envahi…, et bien entendu en Iran, comme l’a montré le récent bombardement d’une école de filles en Iran, qui a fait près de 150 morts. La coalition américano-israélienne n’hésite pas non plus, à frapper des sites nucléaires et des infrastructures pétrolières, exposant une fois de plus les populations civiles à de graves conséquences pour l’environnement comme pour la santé. Vous l’avez surement vu en vidéo sur les réseaux sociaux : il pleut du pétrole à Téhéran. On n’y voit pas la lumière du jour. Ces bombardements sont un écocide. C’est une véritable arme chimique qui est utilisée par les américains et les israéliens, contre toute la population, sans distinction.

Cette région est essentielle pour nos approvisionnements en gaz et en pétrole ; elle joue un rôle majeur pour le transit des marchandises entre l’Europe et l’Asie ; sa déstabilisation risque d’avoir des répercussions directes pour les Européens en termes de guerre, la base britannique à Chypre a été attaquée, de terrorisme ou de vagues de migration. Bref elle joue en réalité un rôle beaucoup plus important pour nous que pour les États-Unis et nous ne pouvons pas la laisser plonger durablement dans la guerre et le chaos.

La responsabilité particulière de l’Union Européenne

À l’heure où le droit international est piétiné, l’Union européenne a une responsabilité particulière. Elle s’est elle-même construite sur la base du droit et a toujours été depuis 1957 à la pointe de la défense du multilatéralisme et du droit international. Elle ne peut prétendre défendre un ordre mondial fondé sur des règles si elle garde le silence lorsque ces règles sont violées même si elles le sont par ses partenaires habituels. La crédibilité de l’Europe se joue dans sa capacité à tenir une ligne constante au sujet du respect du droit international.

La signature du JCPoA en 2015, l’accord sur le nucléaire iranien que Donald Trump avait ensuite déchiré en 2018, avait été un succès de la diplomatie européenne. Nous avions montré que nous pouvions contribuer à éviter une confrontation armée dans la région. Mais depuis, en étant incapables en particulier d’obliger Benyamin Netanyahou à respecter le droit international à Gaza comme en Cisjordanie, au Liban ou en Syrie, l’Union Européenne a perdu toute crédibilité dans la région.

Ces derniers jours, les États européens se sont d’abord contentés de condamner la riposte iranienne contre les pays de la région qui abritent des bases militaires américaines, sans dire mot au sujet du recours à la force illégitime par Donald Trump et Benyamin Netanyahou. Et le risque existe désormais que plusieurs États européens s’engagent dans cette guerre pour s’attirer les bonnes grâces du Président américain. Il faut impérativement l’éviter.

La démocratie ne s’exporte pas par la guerre

En tant qu’écologistes, notre position est claire : la démocratie ne s’exporte pas par la guerre. La paix et la stabilité du Moyen-Orient ne se construiront ni sur les ruines d’un pays ni sur l’humiliation d’un peuple. Le changement politique durable ne peut venir que des sociétés elles-mêmes, soutenues par une solidarité internationale cohérente et respectueuse du droit.

L’Europe ne peut rester spectatrice. Elle doit sortir de l’ambiguïté et porter une voix forte, exiger un cessez-le-feu immédiat et le retour à des cadres multilatéraux dans un cadre conforme à la Charte des Nations-Unies. Elle doit dans le même temps exiger la convocation d’élections libres sous supervision internationale en Iran, tout en renforçant les sanctions contre les responsables de la répression en Iran et en accroissant notre soutien à la société civile iranienne. C’est à cette condition que nous pourrons contribuer à rouvrir un horizon d’espoir pour le peuple iranien et préserver ce qui reste d’un ordre international fondé sur le droit plutôt que sur la force.

Enfin, l’Union européenne doit apporter un soutien sans faille à l’Espagne, aujourd’hui menacée d’un embargo commercial par Donald Trump pour avoir refusé d’être entraînée dans cette guerre. L’attitude du chancelier allemand Friedrich Merz, laissant entendre dans le bureau ovale qu’il soutiendrait une telle menace, est inqualifiable. C’est une honte qu’un des pays les plus influents de l’Union s’aligne ainsi sur Donald Trump, au moment même où les États-Unis s’en prennent sur tous les fronts à la souveraineté européenne.

L’autre objectif d’Israël : mettre le Liban à feu et à sang.

Avec cette guerre contre l’Iran, Israël en profite également pour pénétrer plus profondément au Liban, préparer une offensive terrestre à grande échelle et bombarder massivement la banlieue sud de la capitale, Beyrouth. Sous prétexte de la lutte contre le Hezbollah – fidèle soutien du régime iranien – le gouvernement israélien prévoit de raser des quartiers entiers, comme il l’a fait à Gaza, déplaçant de force des centaines de milliers de personnes.

Alors que le Président Joseph Aoun – qui avait commencé à lutter contre les opérations militaires du Hezbollah – en a appelé à Emmanuel Macron pour stopper les israéliens, la France ne se contente que d’envoyer de l’aide humanitaire et de quémander fébrilement un cessez-le-feu à Israël, qui n’a d’ailleurs jamais respecté de tels accords.

Que vaut notre amitié – souvent revendiquée par Emmanuel Macron – pour le peuple libanais si la paralysie nous gagne dès qu’il s’agit d’être ferme avec Israël ? Ce lundi 9 mars encore, le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a refusé de qualifier la guerre menée par Israël au Liban de « disproportionnée », nous offrant une séquence de langue de bois rarement vue. Pourtant, Israël bombarde les civils au phosphore blanc, en toute illégalité.

De toute urgence, la France doit prendre des sanctions diplomatiques et rappeler l’ambassadeur israélien qui se pavane sur tous les plateaux TV pour justifier la guerre.  L’UE doit suspendre immédiatement l’accord d’association avec Israël, décréter un embargo sur les armes et poursuivre les criminels de guerre dès qu’ils posent le pied en Europe.

 

Mounir Satouri

 

 

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