Après les municipales, il n’y a plus une minute à perdre
Au lendemain des élections municipales, il est l’heure pour les écologistes et la gauche de faire le bilan. Il y a urgence à dessiner un avenir désirable pour les Français, en incarnant pleinement nos valeurs.
Les élections municipales sont désormais derrière nous. Elles ont apporté leur lot de nouveaux conseillers municipaux, de mairies qui changent de couleur politique, d’administrés qui verront – ou pas – leurs villes se transformer. Ces élus locaux deviendront dans six mois des grands électeurs qui désigneront la moitié du Sénat en septembre 2026. Les municipales au-delà d’un scrutin communal sont aussi un enjeu stratégique pour le rapport de forces nationales. Pour la gauche, c’est l’heure du bilan, du décompte des défaites ou des victoires, et de l’analyse.
Et pour cause, ces élections étaient la dernière échéance électorale avant l’élection présidentielle décisive de 2027 qui pourrait amener l’extrême droite au pouvoir. Le risque d’un tel basculement est grand : menace à l’encontre des droits et libertés des Françaises et des Français – et notamment de celles et ceux qui sont issus de l’immigration –, avenir de la France plombé par des divisions qui s’aggravent, danger pour l’Europe en renforçant l’axe Trump-Poutine et signal désastreux dans le monde entier si la France devait choisir à son tour l’illibéralisme après les États-Unis.
La crise démocratique s’approfondit
Avec cette échéance capitale à l’esprit, quelles leçons peut-on tirer de ces élections ? La première, la plus massive et la plus importante, concerne la crise démocratique que traverse la France. Alors que les maires et les municipalités étaient souvent considérés jusque-là comme un échelon de confiance où s’investir, le niveau exceptionnellement élevé de l’abstention montre que ce n’est plus le cas. Cette désaffection vis-à-vis de la démocratie, notamment parmi les jeunes et les classes populaires, fait le jeu d’une droite et d’une extrême droite qui s’appuient principalement sur les plus riches et les plus âgés, plus mobilisés pour voter.
Un des enjeux principaux pour 2027 est de réussir à inverser cette tendance en ramenant aux urnes ces citoyens qui s’en sont détournés. Ce n’est cependant pas simplement en agitant le spectre de l’extrême droite et des multiples dangers qu’elle fait courir au pays et à l’Europe qu’on peut y parvenir. C’est en développant un récit dessinant un avenir désirable pour le pays et des propositions, à la fois crédibles et ambitieuses, de nature à changer positivement la vie des classes populaires. Les écologistes et la gauche dans son ensemble peinent encore à trouver la solution à ce stade. Il n’y a plus une minute à perdre.…
Faire vivre notre programme, incarner nos valeurs
S’il est indispensable d’alerter sur le danger que représentent RN et consorts, cela ne suffit pas. Nous devons aussi faire vivre nos valeurs et travailler davantage nos propositions pour dessiner un chemin différent de ceux des macronistes comme de l’extrême droite. À nous de montrer que nous sommes la seule voie crédible pour protéger les plus vulnérables des désordres du monde. Une urgence, dans le contexte international actuel, déstabilisé par la folie guerrière des gouvernements d’extrême droite et l’attentisme de la plupart des États européens, où seule l’Espagne se démarque, menée par son gouvernement de gauche.
Face aux ambitions non respectées et aux promesses non tenues, nous sommes la seule force crédible pour mettre en place une véritable planification écologique qui ne laisse personne de côté. Il y a urgence à limiter le réchauffement climatique et à adapter nos territoires, mais cela ne peut se faire sans accompagnement, sans garanties. Car protéger les plus vulnérables, c’est aussi soutenir nos agriculteurs. Les défendre face à une concurrence déloyale, en instaurant des clauses miroirs et en s’opposant à l’accord UE-MERCOSUR. Leur garantir des revenus dignes, grâce à des prix planchers. Et préserver leur santé, trop souvent mise en danger par l’exposition à des substances chimiques nocives.
Les écologistes et leurs partenaires de gauche ne peuvent plus laisser prospérer les caricatures entretenues par leurs adversaires, du centre à l’extrême droite. Le véritable risque, c’est de continuer à gouverner pour une poignée de multinationales et d’oligarques. Nous, nous faisons un autre choix : celui de l’intérêt général contre l’intérêt très privé de quelques-uns.
Le risque de l’union des droites
Aux municipales, on a vu progresser partout la tentation de l’union des droites. Dans le même temps, le réflexe de front républicain s’est affaibli, alors qu’il avait encore permis en 2024 d’empêcher la victoire de l’extrême droite. Eric Ciotti a réussi son pari à Nice et partout ailleurs, la droite et le bloc central ont choisi de taper nettement plus fort sur la gauche que sur le Rassemblement National au cours de cette campagne. Ils ont recueilli, souvent sans rechigner, le soutien actif de l’extrême droite comme cela a été le cas en particulier de Rachida Dati à Paris, l’ex-ministre et chouchou d’Emmanuel Macron. La digue a cédé. Les frontières se brouillent : Laurent Wauquiez a clairement indiqué, au soir du 2ème tour, son intention de pactiser avec le parti d’Eric Zemmour. Le Rassemblement National n’est pas loin et brise son plafond de verre autant que le tabou qui l’entoure.
De son côté Jean-Luc Mélenchon, avec sa stratégie du bruit et de la fureur, ses jeux de mots douteux et ses manœuvres clivantes dans la perspective d’une candidature en 2027, partage la responsabilité de cette évolution désastreuse avec Emmanuel Macron ou Bruno Retailleau.
Pourtant, face aux apprentis sorciers de l’union des droites, il faut réussir à rétablir la hiérarchie des dangers : la menace principale pour les libertés et la démocratie en France, c’est bien évidemment l’extrême droite qui est aux portes du pouvoir et pas une France Insoumise qui, forte de sa perpétuelle quête du buzz et de son pouvoir de nuisance, sert surtout d’épouvantail à toute une frange de la sphère politique.
Une polarisation mortifère à gauche
Enfin à gauche et chez les écologistes, cette élection a rappelé combien la volonté d’union des électeurs était puissante, malgré les divergences majeures qui peuvent exister; et combien le jeu des exclusions réciproques définitives pouvait être délétère face au risque de l’union des droites. Nous faisons face à une polarisation entre, d’un côté, une gauche qui se cantonne à mettre face à face une politique sociale-libérale sans réelle ambition transformatrice, et de l’autre côté, une gauche radicale qui s’imagine être l’avant-garde éclairée d’un peuple qui n’a aucune envie de la suivre. C’est une impasse mortifère pour la gauche et les écologistes. Là aussi, il y a désormais urgence à tirer toutes les leçons de l’échec de ces stratégies perdantes. La gauche et les écologistes doivent s’engager sur une troisième voie, trouver les équilibres complémentaires avant qu’il ne soit trop tard.
Bref, après les élections municipales, il n’y a pas une minute à perdre pour se mettre au travail tant sur un projet à la fois ambitieux et crédible pour la gauche et les écologistes que sur la reconstruction du front républicain pour que ni la droite libérale ni l’extrême droite ne soient au pouvoir en 2027.
Mounir Satouri
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