L’accord de Paris entre les mains des ministres

7 décembre 2015
Samedi dernier, les négociateurs des 195 pays et de l’Union européenne ont remis une ébauche d’accord sur le climat. C’est sur cette base que les ministres vont travailler toute la semaine. L’ambiance est constructive mais aucun point clé n’est encore réglé. L’analyse de Yannick JADOT:

Objectif long terme : vers le chaos ou la modération ?
Sous la pression d’une centaine de pays, notamment les pays insulaires les plus exposés, l’objectif de ne pas dépasser 1,5 degrés de réchauffement d’ici la fin du siècle – ou de rester significativement sous les 2°C- pourrait être finalement retenu. La question est également l’adoption d’un objectif pour la moitié du siècle. Nous nous battons pour que la décarbonisation soit reprise et oriente clairement l’ensemble des investissements, faisant le lien avec la campagne mondiale pour le désinvestissement. Mais l’opposition des pays producteurs de pétrole est forte qui préféreraient une expression de type « neutralité climatique ». Malheureusement, la référence à un monde 100% renouvelables d’ici 2050 semble plus qu’incertaine.

Financer la coopération et la solidarité entre États face au dérèglement climatique ou jouer la carte du poker menteur ?

La question de la finance climatique est l’une des questions les plus tendues de la négociation. Elle est une métaphore du monde d’aujourd’hui, entre Nord, Sud et émergents. Quelle répartition entre atténuation, adaptation et pertes et dommages ? Argent public, fonds privés ? Quelle prévisibilité avant et après 2020 ? Atténuation et adaptation doivent recevoir des financiers équilibrés, et les 100 milliards doivent être mentionnés comme la somme « plancher » qui doit être rehaussée après 2020. Beaucoup d’annonces pour l’instant mais on voit un déficit criant sur le financement de l’adaptation (entre 5 et 8 milliards de dollars par an) dans les contributions remises. Le groupe Afrique a proposé 32 milliards par an, et n’a reçu à l’heure d’aujourd’hui aucun retour.

Une révision à la hausse des engagements nationaux dès 2018, chiche ?

Alors que l’Accord de Paris ne sera pas en vigueur avant 2020 et que les promesses nationales faites pour Paris nous emmènent vers un dramatique 3 degrés de réchauffement, la nécessité d’une révision régulière des engagements nationaux est présente dans le projet d’accord. L’idée est de mettre en place des cycles quinquennaux. Cette révision sera-t-elle contraignante ? Chaque pays devra-t-il faire mieux (beaucoup mieux !) ou juste ne pas faire moins ? Cependant, aucun accord sur une date n’est acté. Il faut que la première révision se passe en 2018 au plus tard, et que l’ensemble des Etats se retrouve pour rehausser l’ambition de leurs engagements, alors que la date de 2024 est pour l’instant sur la table….

Avant d’entrevoir toute révision, l’enjeu est que les engagements nationaux déposés soient les plus transparents, évaluables et contraignants possibles. Un exercice subtil d’équilibre. Le Congrès américain s’opposant de toute façon à tout caractère contraignant des engagements, Obama peut-il faire passer le caractère contraignant de leur mise en œuvre ? Les juristes travaillent…

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Pour rappel, cette semaine 4 groupes de travail se réunissent:
• Financement : différenciation des responsabilités dans les engagements et dans le financement de la transition pour les pays les plus vulnérables.
• L’objectif de long terme
• Le réexamen des  engagements climatiques nationaux
• Le renforcement de la lutte contre dérèglement climatique avant 2020.

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