Nicolas Hulot : « Faisons preuve d’imagination »

11 avril 2013
Le 6 décembre 2012, Nicolas Hulot est nommé « envoyé spécial pour la protection de la planète » par François Hollande. Quels sont les contours de sa nouvelle mission ? Comment peut-il travailler avec les écologistes aux échelons local, national, international ? De passage au Parlement européen de Bruxelles, mardi 9 avril, il a répondu aux questions des eurodéputés EELV.
Frappés par une crise économique majeure, difficile de mobiliser les citoyens sur les effets dévastateurs de la crise écologique, trop souvent reléguée au second plan. Face aux forces conservatrices et aux réactionnaires qui proposent une vision à court terme, les écologistes doivent plus que jamais poursuivre leurs efforts et défendre une évolution durable de nos sociétés et une alternative politique à la croissance à tous prix. Sensibiliser, informer et mobiliser la communauté internationale sur la crise écologique mondiale et les moyens d’y faire face, principalement là où ces enjeux ne sont pas suffisamment pris en compte : c’est la mission que le Président de la République a proposé à Nicolas Hulot.

Grands singes et éléphants du Congo

Face aux eurodéputés écologistes français, le fondateur de la Fondation pour la Nature et l’Homme explique plus précisément les contours de ce poste qui se définissent « en marchant ». Lutte contre le changement climatique, lutte contre la déforestation, définition et protection des biens communs, protection de la biodiversité… Pour Nicolas Hulot, « cette nomination permet avant tout de
déployer mes convictions dans des sphères auxquelles je n’aurais jamais eu accès et d’utiliser ma notoriété pour porter l’attention sur des sujets oubliés, comme par exemple la disparition programmée des grands singes et éléphants dans le bassin du Congo »
, explique-t-il.

Pas question donc d’empiéter sur les missions de Jacques Lapouge, le nouvel
ambassadeur chargé des négociations internationales sur le climat, nommé depuis janvier 2013, en vue également de la préparation de la conférence internationale sur le climat qui aura lieu à Paris (sous l’égide des Nations-unies) en 2015. Nicolas Hulot, lui, prévoit à son agenda toute une série de voyages, dans le bassin du Congo justement, mais aussi dans des régions où il a identifié de « nouveaux convertis » à la cause écologique, comme aux Etats-Unis où un certain nombre de climato-sceptiques ont changé d’avis après les phénomènes climatiques extrêmes qui ont frappé le pays ces dernières années. Il souhaite aussi rencontrer John Kerry, visiblement plus ouvert à ces sujets qu’Hillary Clinton. Dans la foulée, il compte se rendre en Chine ou encore au Canada, et à chaque fois, essayer de convaincre ses interlocuteurs.

Financement : le nerf de la guerre

Pour les écologistes, investir dans la transition écologique est la seule solution d’avenir et la réponse adéquate à la crise économique. Mais cette question essentielle du financement est aussi la pierre d’achoppement des politiques face à la crise écologique. « La Banque publique d’investissement (BPI) ne prévoit de mettre que 10 % de ses fonds dans la transition écologique. Autant ne rien faire », dénonce Nicolas Hulot. Le Président de la République et le gouvernement actuel, malgré l’intérêt de certains ministres pour les enjeux environnementaux, ne sont pas convaincus de la nécessité de changer de logiciel. Que sont devenues les bonnes conclusions de la conférence environnementale ? « Il n’y a pas de remise en cause du modèle économique basé sur la croissance. On reste dans le cosmétique », poursuit-il.

Face à ce constat, les écologistes souhaitent mobiliser sur des projets concrets – qui ne manquent pas – et les instruments qui peuvent servir de levier environnemental et social. Que ce soit les fonds structurels européens à utiliser dans le cadre de la rénovation énergétique ou la fiscalité écologique, domaine dans lequel la France accuse un retard sidérant (elle est 26e sur 27 Etats-membres au niveau de la fiscalité écologique), une fiscalité pourtant essentielle pour opérer un rééquilibrage social des prélèvements tout en régulant la consommation énergétique. « A l’échelle des territoires se développent des milliers de pratiques et de politiques locales en phase avec l’écologie. Les réseaux des villes par exemple ont de plus en plus de bonnes pratiques environnementales », insiste Hélène Flautre.

Cap sur le COP 2015

La mobilisation en faveur de l’écologie baisse ? Il faut renverser la vapeur et infléchir les discours en France, répondent en chœur les eurodéputés EELV et Nicolas Hulot. « L’écologie, c’est la modernité, et non le scientisme ! », souligne Daniel Cohn-Bendit. L’envoyé spécial pour la planète livre plusieurs de ses projets dont l’organisation en France d’une conférence internationale des parlementaires pour le climat en 2014. Un an avant la conférence climatique de 2015 (COP 2015), ce groupement d’élus engagés pourrait se préparer aux négociations et préparer un accord afin que ces réunions annuels aboutissent enfin. « Les décideurs n’ont toujours pas pris la juste mesure de l’urgence écologique, estime Nicolas Hulot, tout le monde est tétanisé par la crise et il s’agit de faire preuve d’imagination. »

La Convention des maires, réseau européen regroupant près de 5000 collectivités
locales des 27 Etats-membres, s’est par exemple engagée sur le Paquet climat. Face au réchauffement climatique, les eurodéputés estiment qu’il faut mettre la priorité sur la jeunesse, en proposant la création d’un statut de jeune ambassadeur du climat. « En cette période de crise, il ne faut pas rester dans une vision uniquement économiste de l’environnement, conclut Yannick Jadot, retrouvons la dimension morale du projet écologiste ! »

Compte-rendu du rendez-vous du mardi 9 avril 2013 – de 9 h 30 à 11 h – en présence d’Hélène Flautre, Karima Delli, Malika Benarab-Attou, Nicole Kill-Nielsen, Sandrine Bélier, Daniel Cohn-Bendit, Jean-Paul Besset, Yannick Jadot et Jean-Jacob Bicep.

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