Quelle nouvelle donne politique après le 17 juin ?

5 juin 2012
Dans un peu plus d’une semaine, le grand chambardement français sera terminé avec l’élection de l’Assemblée Nationale. Nouveau Président de la République, nouveau gouvernement, nouvelle majorité au Sénat (c’est déjà le cas) et à la Chambre des Députés (c’est pas encore fait), les cartes sont totalement rebattues à Paris. En Corse, le « troisième tour » est celui des élections législatives où Femu a Corsica confirme son emprise sur la société corse, et son immense potentiel de renouvellement de la vie politique insulaire.
Les sondages ne sont pas l’élection et il faut bien sûr attendre le soir du 17 juin. Mais ils confirment de grandes tendances déjà en place lors des territoriales. D’abord, un bloc Femu a Corsica qui maintient ses positions du premier tour 2010 (18%), en les renforçant même à Bastia et Portivechju où il les porte, grâce à Gilles Simeoni et Jean Christophe Angelini, jusqu’au seuil des 20% et au delà. Traditionnellement il y a « décote » du score nationaliste entre les territoriales, le scrutin corse par excellence, et les législatives, qui dépendent davantage des débats politiques parisiens. Que ce fossé soit comblé est déjà un marqueur fort de l’influence grandissante du nationalisme grâce à Femu a Corsica qui capitalise désormais près de trois votes nationalistes sur quatre, contre deux sur trois au premier tour 2010.

Cette progression d’ensemble conduirait, toujours d’après les sondages donnés par Corse-matin à 10 jours du premier tour, à la présence de deux nationalistes au second tour d’élections législatives. Ce qui serait une première. Et, à Portivechju les chances d’emporter le siège sont 50/50 ! Décidément nous sommes à la porte d’un vrai changement ! Et si on devait rester à la porte, nul doute qu’elle ne saurait résister encore longtemps.
En effet, ce que ces élections ont déjà démontré, c’est que Femu a Corsica n’est pas la coalition d’un instant porté par une conjoncture particulière, mais qu’elle est une vague qui peut tout emporter. Elle n’a pas faibli en passant le cap de deux années, au contraire elle enfle encore, et, si elle ouvre la brèche que l’on espère dans les citadelles clanistes de Bastia et Portivechju, ce sera bientôt une déferlante, pourvu que l’on sache préserver, et renforcer, le formidable levier de changement que représente Femu a Corsica.

Les scénarios les plus optimistes sont possibles, sur fond d’une participation faible qui limiterait la possibilité de triangulaires car il faut 12,5% des inscrits au troisième du premier tour pour se maintenir au second. Avec 60% de participation, cela signifie plus de 20% des voix. Or Jean Christophe Angelini est déjà donné devant le candidat officiel de la gauche, et Gilles Simeoni le talonne à seulement 1%. Un « croisement des courbes » à Bastia grâce à la dynamique Femu a Corsica est plus que probable. Et, dans le sud, on entend même parler de manœuvres souterraines pour gonfler le score de la gauche et créer artificiellement les conditions d’une élection triangulaire qui seule peut encore sauver le siège de Camille de Rocca Serra. Preuve s’il en est que la victoire est bien à portée de la main !

Dans la dernière ligne droite où nous sommes une seule chose compte : se mobiliser pour que ce premier tour soit à la hauteur de nos attentes, et ouvre la porte à un deuxième tour qui modifie totalement la donne politique de la Corse. Car si un, ou deux, élus nationalistes siègent au Palais Bourbon, après avoir gagné un siège au Parlement Européen avec déjà près de 25% des voix en juin 2009, toutes les discussions vont changer de nature. A commencer par celles sur l’évolution institutionnelle de la Corse, à l’occasion du vote du rapport Chaubon par l’Assemblée de Corse, puis de sa traduction dans une nouvelle réforme institutionnelle votée à Paris. Mais aussi celles sur les Arrêtés Miot ou les grands dossiers insulaires (énergie, Padduc, déchets, etc…), et celles sur les futures programmations financières pluriannuelles à négocier avec l’Europe ou avec l’Etat. Et, à n’en pas douter, le regard des politiques, en France et en Europe, sur l’avenir à long terme de la Corse, changera lui aussi.

En élisant des représentants nationalistes, le peuple corse pratiquerait dans les faits une forme d’autodétermination. Un éventuel succès dans l’élection du 17 juin prochain donnerait une légitimité considérable à Femu a Corsica et à ses parlementaires, et il ouvrirait des perspectives vraiment nouvelles pour tirer profit de l’alternance survenue au sommet de l’Etat à Paris. A quelques heures du premier tour, les jeux sont presque faits. Aux Corses de voter pour décider quel sera l’avenir du peuple corse.

François ALFONSI

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