Extrême droite, conservateurs et socialistes refusent notre proposition d’enrayer la surpêche en Méditerranée

17 janvier 2019

L’objectif de la politique commune de la pêche (PCP) est d’assurer une exploitation des ressources halieutiques marines qui crée des conditions environnementales, économiques et sociales durables. Yannick JADOT regrette un vote du Parlement européen qui conforte les pratiques de surpêche néfastes à une grande partie de la Méditerranée.

Depuis la réforme de la PCP de 2013, l’adoption de plans de gestion pluriannuels constitue le cadre de la gestion intégrée des pêches dans chaque bassin maritime de l’UE. L’objectif principal est de garantir l’exploitation durable des stocks en appliquant une approche à long terme, écosystémique et scientifique afin d’inverser la tendance à la surpêche dans plusieurs zones de pêche de l’UE. L’objectif clé est de reconstituer les stocks de poissons d’ici 2020 au-dessus des niveaux capables de produire un rendement maximal durable (RMD) – la plus grande quantité de poissons pouvant être prélevée sur un stock sans affecter sa reproduction. Car sans poissons, il n’aura plus de pêcheurs.

La Méditerranée occidentale est l’une des régions les plus développées et les plus importantes en termes de pêche en Méditerranée. Toutefois, les captures de ces stocks ont sensiblement diminué d’environ 23 % depuis le début des années 2000. Selon les rapports scientifiques du CSTEP (Comité Scientifique, Technique et Économique des Pêches) et de la FAO, plus de 90 % des stocks évalués sont surexploités1 et se trouvent actuellement dans un état alarmant, avec un fort risque d’effondrement : pour certaines espèces évaluées, le niveau actuel d’exploitation est plusieurs fois supérieur aux objectifs durables estimés nécessaires pour assurer le renouvellement des espèces.

Ainsi en mars 2018, la Commission proposait un plan de gestion pluriannuel (pour 6 ans) pour les stocks de poissons démersaux2 de la Méditerranée occidentale afin d’améliorer la situation critique des stocks et définir un cadre réglementaire pour assurer une meilleure coordination et le respect des objectifs de la PCP par les États membres concernés (France, Espagne et Italie). Mais les lobbies de la pêche industrielle, opposés à cette mesure, ont tout fait pour influencer le vote en commission de la pêche du Parlement européen, parfois relayés par les États membres concernés.

Et malheureusement pour la survie des stocks de poissons de la Méditerranée avec succès. Ainsi le 10 janvier dernier, la commission de la pêche a adopté un mandat de négociation qui posait un certain nombre de problèmes.

Deux points nous semblaient particulièrement problématique dans le texte adopté en commission de la pêche et devant représenter la position du Parlement européen dans les négociations avec les États membres :

  • Le plan de gestion de la méditerranée ne prévoit pas la possibilité d’établir des limites de capture si les avis scientifiques montrent une absence de progrès vers une pêche durable. Les limites de capture sont un outil utilisé dans d’autres bassins maritimes de l’UE tels que la mer Baltique, la mer du Nord et l’Atlantique. De notre point de vue, il est essentiel que le plan qui sera adopté par le Parlement européen et négocié avec les États membres inclut la possibilité d’introduire des limites de capture, si les mesures de gestion actuelles ne conduisent pas à une amélioration des stocks dans un délai raisonnable.
  • Les règles de restriction du chalutage proposées par la Commission (100 mètres de profondeur dans les zones côtières / 3 mois par an) ont été édulcorées. Les associations environnementales, sur la base des avis scientifiques, demandaient une interdiction à l’année dans toute la bande côtière jusqu’à 100 m de profondeur afin de préserver les zones de nourriceries/reproduction des espèces démersales.  C’est sur cette bande côtière étroite que les espèces se reproduisent, continuer à y chaluter met en danger de façon dramatique les espèces de la zone.

Malheureusement, comme le regrette Yannick JADOT, « les Verts/ALE ont contesté le texte voté en commission de la pêche et un vote a été organisé en plénière. Les Verts/ALE ont voté pour rouvrir le dossier mais les groupes de l’extrême droite, les conservateurs et les socialistes du Parlement ont rejeté notre demande, validant ainsi la course à la surpêche et à l’épuisement des ressources halieutiques d’une des mers du monde les plus en danger. »

  1. Vous pouvez consulter ici et ici des rapports scientifiques du CSETP (Comité scientifique, technique et économique de la pêche) qui montrent bien la situation dramatique des stocks en méditerranée.
  2. Les espèces démersales vivent au-dessus du fond. Ces espèces sont très mobiles mais très dépendantes du fond d’où elles tirent leur nourriture. Parmi elles on trouve la dorade, le merlu, le merlan, la morue

Ci-dessous, le tableau des votes au Parlement européen sur ce dossier.

 


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