ITER, un mirage scientifique doublé d’un gouffre financier : le climat n’attend pas

21 novembre 2018

La Commission énergie du Parlement européen a malheureusement voté en faveur d’un rapport soutenant la proposition de la Commission européenne d’allouer 6,07 milliards d’euro à ITER pour 2021-2027. La seule bonne nouvelle est que ce rapport d’initiative appelle à plus de démocratie en demandant de considérer une réforme aboutissant à une codécision entre les gouvernements et le Parlement européen. D’ici là, le groupe des Verts continue d’alerter sur les mensonges et dérives du projet de recherche sur la fusion nucléaire ITER. Réaction de Michèle RIVASI.

Michèle RIVASI, membre de la Commission Industrie, Recherche et Energie, déclare :

 « Il faut absolument que les autres groupes politiques se désolidarisent de ce projet complétement obsolète et basé sur des mensonges.

 ITER n’aidera pas à lutter contre les changements climatiques. Il arrivera beaucoup trop tard !  La recherche sur la fusion nucléaire peut sembler fascinante, mais elle n’est absolument pas pertinente pour notre avenir énergétique. Le Rapport spécial du GIEC sur les conséquences d’un réchauffement planétaire de 1,5 °C appelle à des transitions « rapides et de grande envergure » et à un « bilan nul» des émissions aux alentours de 2050. ITER est seulement un projet de recherche, il n’apportera pas d’électricité sur les réseaux. Un véritable prototype de réacteur industriel ne pourra sans doute pas être construit avant 2050 !

ITER est une gabegie financière. La construction de ce réacteur de fusion thermonucléaire expérimental a pris neuf ans de retard pour un coût qui est passé de 5 à 19 milliards €. Il s’agit seulement de la construction et non du fonctionnement de ce projet toujours en cours de construction.  Comment garantir que ce coût ne va pas être encore augmenté, ni connaître de retards supplémentaires ? En avril 2018, le département américain de l’énergie a estimé le coût d’ITER à 65 milliards de dollars, c’est le triple du budget annoncé par l’organisation d’ITER*.

La communauté de la fusion s’est appuyé sur une communication trompeuse sur les performances d’ITER*. En 2008, les promoteurs d’ITER communiquaient que ce réacteur pourra générer une puissance de 500 Mégawatts avec 50 MW injectés, soit libérer dix fois plus d’énergie qu’il n’en consomme. Mais en parlant d’énergie, ils n’ont pas précisé que les 50 MW injectés ne correspondent pas à l’énergie électrique totale utilisée, mais seulement à la puissance de chaleur injectée dans le plasma. Cette communication trompeuse a permis d’obtenir les engagements politiques nécessaires et nous nous retrouvons avec le plus grand gaspillage d’argent européen.

L’Union européenne met de l’argent dans un projet qui est techniquement démesuré et obsolète. C’est de la science-fiction. On essaye de mettre le soleil dans une boite, mais on ne sait pas comment le faire cette boite et comment en sortir l’énergie fournie. À toutes les étapes, on a des problèmes techniques: tritium difficile à confiner, acier pour maintenir l’irradiation et le magnétisme, etc.  Déjà pour la fission on ne sait pas combien l’énergie nucléaire coûte (si on tient compte du démantèlement et de la gestion des déchets), alors imaginez pour la fusion, pour lequel nous ne sommes seulement à la phase de recherche. Nous devrions utiliser cet argent pour le développement de l’efficacité énergétique et des énergies renouvelables et. Nous n’‘avons pas besoin d’un projet centralisé et techniquement démesuré, nous avons besoin d’un projet d’énergies adaptées à leur environnement, modulables et qui s’appuient sur des communautés d’énergies.

 La fusion, elle est dans le soleil, c’est fascinant. Mais gardons la fusion dans le soleil et utilisons le soleil! »


* Le 11 avril, Paul Dabbar, sous-secrétaire scientifique du DOE, a communiqué l’estimation au sous-comité du Sénat sur les crédits pour le développement de l’énergie et de l’eau. Les 65 milliards de dollars ne couvrent que la construction, a-t-il déclaré; les coûts d’exploitation annuels une fois que les opérations expérimentales ont commencé en 2025 ne sont pas inclus. Pourtant, Dabbar semblait confondre les choses en disant aux sénateurs que les estimations de coûts d’ITER sont « raisonnables» (source).

* *Pour la puissance de production potentielle d’ITTER, en 2008, l’ogarnisation ITER annoncait : l’énergie sortant d’ITER sera 10 fois plus grande que l’énergie entrant. Puissance d’entrée 50 mw – puissance de sortie 500 mw. Mais les prometteurs avaient induit en erreur les non-spécialistes en commutant les valeurs de gain de puissance du plasma (appelé techniquement Q-fusion) et le gain de puissance du réacteur (Q-engineering).

 Depuis l’article de New Energy Times dénonçant les informations fallacieuses, le site d’ITER déclare que ITER est conçu pour produire une « puissance thermique »  (et non le terme « énergie ») de sortie de 500 MW, contre 50 MW injectés, soit un facteur d’amplification de Q = 10 (source : site ITER). Il faut préciser qu’il s’agit seu s’agit seulement du plasma. Les 50 MW injectés ne correspondent pas à l’énergie électrique totale utilisée, mais seulement à la puissance de chaleur injectée dans le plasma (pour le chauffage du plasma). Car il faut compter les autres besoins en énergie du site. Pour injecter 50 MW dans la chambre à vide du tokamak, la machine a besoin de 150 MW de puissance électrique de façon permanente pour son fonctionnement et jusqu’à 500 MW par intervalles, soit un minimum de 300 MW de puissance électrique.  Ce qui signifie que dans le meilleur des cas ITER pourrait libérer non pas dix fois plus d’énergie qu’il n’en consomme, mais seulement 1,6 fois !

 Michèle Rivasi avait d’ailleurs écrit une question en avril 2018 à la Commission sur cette communication erronée de l’organisation ITER, mais cela ne change rien par rapport à l’engagement de l’Union européenne pour le projet ITER. La Commission affirme que les performances d’ITER seront évaluées sur la base du «Q fusion», c’est-à-dire en comparant la production de puissance thermique du plasma et la puissance thermique injectée dans le plasma, « ce qui constitue une approche scientifiquement valable également utilisée dans d’autres projets ». La Commission précise que le paramètre dénommé «Q engineering», n’est pas adaptée à une installation comme ITER, dont le but est de prouver la faisabilité scientifique et technologique de l’énergie de fusion à des fins pacifiques, et qui n’est donc pas conçue pour produire de l’électricité.

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Un commentaire

  • Burban dit:
     - 

    Tout cet argent gaspillé pour faire  » rentrer le soleil dans une boîte » au lieu de l utiliser à bénéficier du soleil tel qu il est.
    Si les gilets jaunes savaient ça…
    Bien accordialement
    Martine