Ca bouge en Europe… mais l’Europe bougera-t-elle ?

11 décembre 2009
Ca bouge en Europe… mais l’Europe bougera-t-elle ? Réponse aujourd’hui avec la fin de la réunion des chefs d’Etat européens. Le succès de Copenhague passe par un succès à Bruxelles.

Enfin. Plusieurs pays européens l’ont compris : l’Union européenne doit faire de nouvelles propositions pour faire de Copenhague un succès, pour que les autres grands acteurs de cette négociation comme les Etats-Unis ou la Chine continuent d’avancer. Il ne s’agit pas d’attendre le résultat de Copenhague pour avancer, mais d’avancer pour que Copenhague soit un succès. La France suivra-t-elle le mouvement ?

Le message passe enfin. Si l’Union européenne ne bouge pas, il lui sera de plus en plus difficile de clamer haut et fort qu’elle reste le leader des négociations de Copenhague. C’est ce qu’indique un rapport réalisé par l’institut d’études Ecofys pour le groupe des Verts/ALE au Parlement européen. Le Royaume-Uni, la Suède et le Danemark militent pour un engagement immédiat de l’Union à réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 30% d’ici 2020. Les deux premiers ont d’ores et déjà chiffré il y a quelques jours le soutien financier qu’il apporteront aux pays en développement dans les trois prochaines années (respectivement 1,1et 1,3 milliards de dollars), soit environ un quart de ce qu’on attend du bloc européen.

Pour sortir du milieu de peloton dans cette négociation, l’Europe doit non seulement suivre l’exemple anglais sur l’objectif de 30% et sur les annonces financières pour les trois prochaines années. Mais elle doit aussi s’assurer que ces financements ne seront ponctionnés sur l’aide au développement existante, et s’engager sur des montants bien plus importants pour le plus long terme. Sur ces 4 points, des pays européens bougent…Arriveront-ils à convaincre leurs voisins de faire de même ? Il y a fort à parier que l’Europe n’ira pas au-delà d’une annonce d’environ 9 milliards de dollars pour les trois prochaines années, sous forme de contributions volontaires, et sans certitudes quant à l’origine de ces fonds. Pour aller plus loin, il faut attendre l’Allemagne… et la France !

La position de la France n’est pas claire concernant le passage immédiat de l’Union européenne à un objectif de réduction de ses émissions de 30%. Alors que certains à Copenhague parlent d’un Jean-Louis Borloo prêt à franchir le pas, son discours à l’ONU ne laisse pas présager une telle avancée française. Si le Président Sarkozy se dit prêt à engager la France sur un tel objectif – sans préciser si c’est avant ou après la fin de Copenhague ! – il n’a pas l’air de souhaiter que l’Europe le fasse immédiatement…

On n’a rien entendu de clair non plus, en France, concernant la contribution financière pour aider les pays les plus vulnérables à faire face à la crise climatique. Bien sûr, la France parle de lever des dizaines de milliards de dollars au niveau international avec une taxe sur les transactions financières. Mais elle n’a pas précisé les financements publics qu’elle comptait mobiliser à court terme, avant qu’une telle taxe soit mise en place,et à long terme, si cette taxe ne voit pas le jour (ce qui n’est pas impossible…)

Une chose semble être claire malheureusement : la France considère qu’elle peut participer au financement mondial de la lutte contre le changement climatique en piochant– au moins en partie – dans son aide publique au développement… Entre le sous-développement et la crise climatique, les pays du Sud devront donc choisir ? Sur ce point, il faudra être extrêmement vigilant. Que ce soit en France mais aussi dans chaque annonce faite par les autres pays industrialisés.

Yannick Jadot, député européen Europe Ecologie

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