Conseil affaires générales et défense : l’immigration dans la ligne de mire

18 mai 2015
Les ministres européens des affaires étrangères et de la défense se sont réunis aujourd’hui afin de valider formellement l’opération navale militaire en Méditerranée largement promue par la Haute-représentante de l’UE pour les affaires étrangères F. Mogherini.
Avec le renforcement de Triton – la mission de l’agence européenne de contrôle des frontières FRONTEX- dont les patrouilles sont limitées aux eaux côtières européennes et la récente proposition de la Commission européenne de répartition des demandeurs d’asile entre États membres, cette opération militaire est présentée comme le troisième volet de la politique européenne en matière de migration et d’asile.

Pour Eva Joly, Députée européenne Verts/ALE, membre de la Commission Libertés civiles, justice et affaires intérieures :

« L’approche militaro-sécuritaire de la politique migratoire est confirmée avec ce troisième volet. Alors que pour celui du sauvetage en mer, les gouvernements n’ont pas cherché à élargir le mandat de Frontex ni la zone géographique d’une action humanitaire, ceux-ci n’hésitent pas à renforcer la dissuasion par des attaques militaires que la Haute-représentante voudrait élargir jusqu’aux côtes libyennes. Quand bien même cette intervention obtiendrait l’aval du Conseil de sécurité des Nations Unies, celle-ci serait perçue comme un véritable acte de guerre par la Libye si elle ne donnait pas son accord.

Alors que la solidarité demandée par la Commission européenne est loin d’être acquise en raison de l’opposition d’un certain nombre d’États, la prétendue lutte contre les passeurs criminels est devenue la clé de voûte de la réponse européenne.
Cette offensive contre les criminels d’apparence honorable traduit, en réalité, une profonde impuissance de l’UE. Faute de véritables politiques étrangère et de développement mais également d’organisation de voies légales de migration seules capables d’assécher les réseaux clandestins (1), l’UE perd non seulement la maîtrise de ses frontières mais également la face au regard de ses valeurs fondamentales.

La guerre déclarée aux passeurs est en fait une guerre contre les migrants qu’on cherche à dissuader par tous les moyens. Ceux-ci sont directement mis en danger, tout comme les populations côtières, en particulier les pêcheurs. L’Europe forteresse atteint ici son paroxysme, le sommet de son inhumanité et de son irresponsabilité. Cette politique porte directement atteinte à nos obligations internationales mais également à notre crédibilité. Une opération militaire, avec ou sans mandat de l’ONU, ne dissuadera en effet ni les migrants qui emprunteront d’autres voies migratoires pour fuir la misère et la guerre, ni les criminels à qui profite directement la clandestinité. En détournant le chapitre 7 de la Charte des Nations-Unies prévoyant une action « en cas de menace contre la paix, de rupture de la paix et d’acte d’agression », F. Mogherini , dans un élan quelque peu néo-colonialiste, abuse de sa position au profit de l’agenda du gouvernement italien dont elle est issue. En se trompant de cible, elle attise un peu plus encore une logique de criminalisation de l’immigration. Utiliser des moyens militaires dans les eaux territoriales et le long des côtes libyennes constitue un aveu de profond échec moral et éthique de la politique étrangère de l’UE. Un précédent dangereux en contradiction avec l’objectif de maintien de la paix des opérations communes de défense et de sécurité. Une volonté de militariser les flux migratoires plutôt que de les réglementer pour les gérer et qui, à mes yeux, rend l’UE indigne du Prix Nobel de la paix reçu en 2012.  »

(1) Conformément aux recommandations sur la lutte contre les trafiquants d’êtres humains de l’Agence des droits fondamentaux de l’UE

Stratégie européenne en matière d’asile et de migration proposée par le groupe Verts/ALE: http://www.greens-efa.eu/green-proposals-for-a-european-migration-and-asylum-strategy-13919.html

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