Crise économique, crise climatique En Europe

2 novembre 2010
Plusieurs événements ont marqué l’actualité des derniers mois qui démontrent l’importance d’une gouvernance supra-étatique en Europe, car les États européens sont tous impuissants séparément quand il s’agit de faire face aux grands dossiers de l’avenir.
La crise climatique a vu la gouvernance européenne exploser en plein sommet de Copenhague, sous la pression des lobbies de l’énergie, à commencer par les grandes puissances pétrolières du Golfe persique. Les thèses « climato-sceptiques » ont été diffusées avec le grand renfort de leurs subsides pétroliers. Le GIEC, le groupement mondial des scientifiques dont les travaux ont alimenté le sommet sur le climat, a été espionné et déstabilisé par des polémiques oiseuses, tandis que chaque chef d’Etat européen a voulu faire son « solo médiatico-politique » devant les caméras du monde entier. Et c’est ainsi que le sommet de Copenhague, qui devait prendre la suite des sommets de Rio et de Kyoto, a échoué, laissant l’Humanité sans stratégie face aux dérèglements climatiques qui menacent l’avenir de la planète.
Pourtant les élucubrations climato-sceptiques ont été balayées par l’expertise de l’Académie des Sciences, et Claude Allègre lui-même, leur grand prêtre, a dû en convenir. Mais le mal est fait, et avant de renouer les fils d’une négociation mondiale comme est censé le faire le prochain sommet de Cancun au Mexique, il faudra être capable d’une cohérence réelle au niveau de ceux qui portent le message de la responsabilité pour l’avenir.
Or c’est en Europe qu’un rôle « leader » est capable de s’affirmer. Tout d’abord parce qu’elle est la première concernée, car elle ne dispose pas d’un « matelas » de ressources pétrolières ou gazières, et donc sa dépendance économique la pousse à la vertu écologique. De ce fait, elle a même pris une réelle avance technologique, si bien que la « nouvelle donne économique » d’un sommet climatique réussi lui serait naturellement profitable. Mais encore faut-il disposer d’une « force de frappe » diplomatique pour porter à bout de bras un processus de négociation cohérent, ménageant des alliances, profitant des contradictions des pays réticents comme les incontournables américains, et résistant par la crédibilité et l’ambition de ses propres objectifs aux attitudes des puissances économiques émergentes qui veulent renvoyer à leur « après-développement » les mesures les plus contraignantes. Toutes choses impossibles à mener à bien dans le « choc des egos » entre les chefs d’États tel qu’il s’est étalé dans toute sa suffisance lors du sommet de Copenhague. Et toutes choses que l’actuelle Commission Barroso-Ashton semble bien en peine de promouvoir efficacement.

L’autre grand dossier est celui de la crise économique. Elle n’est pas terminée, loin s’en faut. Partie des États-Unis en raison des désormais fameuses « sub-primes », elle a rebondi en Europe à travers la situation de quasi-faillite qu’elle a révélé en Grèce, en Espagne ou en Irlande. Mais elle pourrait encore repartir outre-atlantique où les juges viennent de démontrer un désordre indescriptible dans les titres de propriété des biens saisis qui auraient été hypothéqués plusieurs fois par des jeux d’écriture abusifs des banques. Et il reste l’essentiel, à savoir imposer une régulation crédible pour que de tels errements ne puissent se reproduire.

Là encore les lobbies sont à la manœuvre qui veulent maintenir le statu quo, et qui disposent d’une « arme atomique » : la mondialisation des marchés qui permet d’isoler et de mettre sous pression l’économie des États qui voudraient imposer des mesures de surveillance et de taxation des transactions financières. Une seule parade à de telles pressions : se placer à une dimension telle que les finances mondialisées aient plus à perdre à résister qu’à se plier. Cette dimension, c’est déjà celle de l’Europe, ce n’est plus celle d’aucun des États européens, pas même l’Allemagne. Et dans l’avenir, ce constat ne peut que se confirmer. Et il explique pourquoi l’Allemagne, et toutes les autres « régions riches » de l’Europe, ne peuvent que jouer la carte européenne dans toute sa dimension géographique et démographique, quels que soient les ressentiments exprimés par leur presse populiste contre les « fainéants du sud ».

L’Union Européenne fédérale du futur, celles des Régions et des Peuples Solidaires, se trouve donc confortée dans ses fondamentaux, mais l’Union Européenne des États issue du passé garde encore la haute main sur les leviers de décision. Pour les années à venir la résolution de cette contradiction est une nécessité et une urgence.

François ALFONSI

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