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Daniel Cohn-Bendit : « Sarkozy se berlusconise…»

21 septembre 2010
L’INVITÉ DU DIMANCHE
Daniel Cohn-Bendit : « Sarkozy se berlusconise…»

PROPOS RECUEILLIS PAR éRIC HACQUEMAND ET ROSALIE LUCAS | 19.09.2010, 07h00

Comment jugez-vous les dissensions au sujet des Roms apparues entre la
France et les Européens?

DANIEL COHN-BENDIT. Ils perdent tous les pédales. Les ministres français,
Mme Viviane Reding qui fait une comparaison malencontreuse… Quant à
Nicolas
Sarkozy, il essaie de déplacer le débat sur un terrain où il n’a pas à
répondre de la politique du gouvernement français face aux Roms.

Selon vous, la commissaire européenne Viviane Reding a donc eu tort de
faire un parallèle entre la politique de la France vis-à-vis des Roms et
la
Seconde Guerre mondiale?

Roissy n’est pas Drancy. Aussi dure soit aujourd’hui une expulsion vers la
Roumanie ou la Bulgarie, cela n’a rien à voir avec les camps
d’extermination. C’est aberrant de comparer avec l’Allemagne nazie. Le
problème actuellement, c’est de savoir si la politique de la France est en
adéquation avec la législation européenne.

L’est-elle selon vous?

La circulaire du ministère de l’Intérieur est très claire. Elle est écrite
en français. La juridiction européenne dit qu’on ne peut pas expulser
collectivement. Si vous prenez un camp de Roms, vous devez, selon la
juridiction européenne, analyser cas par cas et leur donner la possibilité
de se défendre. Si on fait ça en deux heures, en masse, il y a bien une
infraction à la juridiction européenne. Bruxelles doit donc lancer au plus
vite une procédure d’infraction contre la France et la Cour européenne de
justice tranchera. Je propose, pour faire la paix avec les Roms, de
distribuer symboliquement à tous ceux qui ont été expulsés de France des
drapeaux européens et français à la veille du match de football Roumanie –
France en octobre. Ils pourront chanter « la Marseillaise » et montrer
leur
attachement à ce pays.

Nicolas Sarkozy a soutenu qu’Angela Merkel lui avait confié vouloir comme
lui procéder à des expulsions de Roms…

Parfois, Nicolas Sarkozy dit vraiment n’importe quoi! Après
l’extermination de Roms par les nazis, l’Allemagne ne va évidemment pas
s’amuser à faire des expulsions collectives. Angela Merkel sait que c’est
extrêmement sensible donc qu’elle doit être juridiquement irréprochable.
Vous comprenez qu’elle ne va pas se mettre les bonnes âmes d’Allemagne à
dos pour soutenir un Sarkozy inconscient. Mais je trouve que, si
l’Allemagne ne commet aucune faute juridique en voulant expulser, au cas
par cas, près de 12000 Roms venant du Kosovo, elle commet une faute
morale.
Parmi ces Roms, il y a près de 5000 enfants, dont 3000 qui ont déjà
commencé à être scolarisés en Allemagne. Si vous expulsez ces enfants au
Kosovo, même de manière légale, c’est dramatique.


Le couple franco-allemand vous paraît-il affaibli?

Il y a toujours des intérêts communs, mais le problème, c’est le
comportement de Nicolas Sarkozy. Il croit qu’il est seul au monde. Ne pas
dire la vérité a l’air d’être une culture dans son gouvernement. Pourquoi
Viviane Reding a-t-elle explosé? La semaine dernière, la majorité des
eurodéputés a été très dure vis-à-vis de la politique de Sarkozy. Mme
Reding et M. Barroso ont alors défendu la France en disant : « Nous avons
parlé avec les ministres français, tout se fait dans les règles. » Et
patatras, ils découvrent ensuite cette circulaire. MM. Lellouche et Besson
ont menti à Mme Reding. C’est pour ça qu’elle est furieuse.

La France est très critiquée dans le monde, seul l’Italien Silvio
Berlusconi défend Nicolas Sarkozy…

Si en Europe il y a bien un super clown politique, c’est Berlusconi. Que
le soutien du président français soit cet homme, c’est grave et inquiétant
pour lui. C’est l’image de Sarkozy qui s’abîme! Pas celle de la France.
Sarkozy a une tentation de faire n’importe quoi pour rester au pouvoir,
qui
ressemble aux gesticulations du président du Conseil italien. Quelque
part,
il se berlusconise…


Pensez-vous, comme François Bayrou, Dominique de Villepin et Laurent
Fabius, que le climat politique en France est délétère?

C’est un climat qui n’est pas digne de la démocratie. La responsabilité en
revient au petit calcul de Nicolas Sarkozy et de sa majorité qui misent
uniquement sur la cohésion entre la droite et l’extrême droite pour se
sauver. C’est une erreur : plus le président mène une politique qui plaît
au Front national, plus les électeurs tentés par le FN sont poussés dans
les bras de Le Pen. Ça ne marchera pas et le climat politique se durcit.


Cela peut-il dégénérer en crise grave comme en mai 68?

En 68, au bout de la révolte, il y avait de l’espoir. L’horizon était
dégagé. Aujourd’hui, il y a un sentiment de ras-le-bol, mais aussi
beaucoup
de désespoir. Ce cocktail peut durcir les mouvements. Mais peut-il mener à
une grève générale d’où émergerait l’envie d’une autre société? Je ne dis
ni oui ni non. Mais cela paraît plus difficile…

Participerez-vous aux manifestations du 23 septembre contre le projet de
réforme des retraites?

J’ai un débat à Munich. Se battre contre le projet du gouvernement est
tout à fait juste. Mais le vrai débat c’est : quelle alternative?


Le PS promet notamment le retour de la retraite à 60 ans en cas de
victoire en 2012…

Il reconnaît aussi la nécessité d’allonger la durée de cotisations. Il
faut faire preuve d’un peu de clarté. Moi, je suis pour des régimes
différenciés qui proposeraient, selon le niveau de pénibilité, des âges
légaux de départ en retraite différents. Les 60 ans ne doivent pas être un
dogme : on doit pouvoir partir après ou avant en fonction du métier que
l’on a exercé. Une réforme des retraites nécessite du temps, du débat. Là,
on se lance à la figure des âges, 60, 61, 62 ans…


Comment jugez-vous les premiers pas d’Eva Joly comme candidate déclarée
d’Europe Ecologie pour 2012?

Elle navigue calmement dans des eaux agitées. Lentement mais sûrement,
elle établit la légitimité de sa candidature. Elle ira prochainement à la
rencontre des citoyens, les écouter, leur parler, leur proposer. Ce sera
dans une seconde phase, après avoir officiellement été désignée par Europe
Ecologie.


Quel rôle souhaitez-vous tenir dans la future Europe Ecologie?

J’ai beaucoup discuté avec les uns et les autres mais je n’ai pas
directement participé aux négociations. Ils ont bien fait leur boulot.
Mais
je ne réclame ni poste, ni titre dans la future organisation. Je travaille
simplement avec Eva et quelques autres à imaginer ce que pourrait être la
campagne en 2012. C’est ça qui m’intéresse : Europe Ecologie a été une
ouverture par rapport aux Verts, la campagne d’Eva doit être une ouverture
par rapport à Europe Ecologie.

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