Euskadi : Un grand succès démocratique !

24 mai 2011
Ce week-end, les résultats basques sont tombés. Avec une majorité absolue de voix nationalistes (60%), et, au delà, un soutien politique très fort à la démarche qui vise à en finir définitivement avec la violence d’ETA, ils confirment l’importance stratégique d’aller jusqu’au terme du processus de paix en cours.
Au delà du Pays Basque, c’est une dynamique européenne qui s’affirme et qui pèsera à l’avenir sur les relations de l’Union européenne avec les nations sans Etats qui existent en son sein.
Il y a un an, la large victoire de la N-VA en Flandre a relancé le débat institutionnel belge autour de la question nationale flamande. Puis en Catalogne, les nationalistes modérés de Convergencia Democratica de Catalunya l’ont emporté, tandis que le total des voix nationalistes atteignait 60%. Tout récemment en Ecosse, le Scottish National Party a réalisé un score historique en rassemblant à lui seul 44% des voix et en obtenant la majorité absolue des sièges au sein du Parlement Ecossais.

Cette succession de scores très élevés met en évidence la montée d’une revendication nationale au sein de peuples importants de l’Union européenne qui pâtissent d’une absence de reconnaissance institutionnelle. Ces grands peuples européens (3 millions de Basques, 4,5 millions d’Ecossais, 6,5 millions de Flamands et de Catalans) recherchent une indépendance qui les mettrait à égalité avec des peuples de tailles comparables, parfois même plus petits (Slovénie, Danemark, Estonie, Lettonie, Lituanie), mais qui bénéficient d’un Etat de plein droit au sein de l’Union Européenne.
La question des peuples plus restreints en nombre se pose autrement, et des Iles Aland au Tirol, en passant par la Corse, les revendications sont différentes, mais avec une même exigence : être reconnus en tant que peuples d’Europe et bénéficier d’une relation institutionnelle directe avec l’Union, sans passer par le filtre exclusif de l’Etat de rattachement.

Cependant, en matière institutionnelle, le conservatisme est la règle, et l’Union européenne n’y échappe pas. A l’idée de modifier le nombre des États membres du fait d’un « élargissement intérieur » qui ajouterait une demi-douzaine de membres au total, les superstructures de l’Union se raidissent. Pourtant flamand, l’actuel Président du Conseil européen, Hermann Van Rompuy, a estimé en faisant allusion à la crise belge que « ce ne serait pas rendre service à l’Europe » que de créer de nouveaux États-membres car le fonctionnement à 27 est déjà difficile, et il le deviendrait davantage encore.

Cette position de principe ne repose sur rien. A 27 ou à 35, le fonctionnement de l’Europe selon les institutions actuelles, ne serait guère modifié. D’ailleurs, il ne vient à l’idée à personne de refuser l’adhésion de la Croatie au prétexte que le fonctionnement à 28 serait plus difficile qu’à 27 ! Et le fait est là : les USA comptent 51 États pour moins de 300 millions d’habitants. Pourquoi l’Europe et ses 500 millions d’habitants seraient-ils pénalisés en fonctionnant avec 35 États au lieu de 27 ? En fait, la seule règle qu’il convienne de suivre est la règle démocratique : seule compte la volonté des peuples concernés, et l’Europe se doit d’admettre leur droit à l’autodétermination.
Ces considérations générales nous permettent d’apprécier le pas important qu’est en train de franchir le peuple basque, un véritable tournant dans son Histoire. En mettant en œuvre un processus crédible de disparition de l’organisation clandestine ETA, les nationalistes basques de la gauche abertzale ont réussi, avec la coalition Bildu, à se renforcer considérablement en obtenant 25,5% des voix. A côté des 30% des voix obtenus par le PNV, qui reste majoritaire, et des scores obtenus par Aralar et d’autres mouvements nationalistes, c’est une large majorité absolue du peuple basque qui a voté en faveur d’un autre avenir pour la nation basque. Jusqu’alors, l’argument du « terrorisme » servait de repoussoir et autorisait l’Etat espagnol à user de tous les stratagèmes pour museler le mouvement national basque au nom du soutien apporté par une fraction à l’organisation clandestine ETA. Ainsi la Cour Suprême espagnole a-t-elle illégalisé les uns après les autres les mouvements qui s’inscrivaient, de près ou de loin, dans la succession de Batasuna, la première organisation dissoute. Et, saisie pour annuler l’interdiction faite aux candidats de la gauche basque de se présenter aux élections, la Cour Européenne de Justice avait validé la première décision de l’Etat espagnol car elle s’inscrivait dans la « lutte contre le terrorisme ». En continuant dans cette voie, la gauche abertzale aurait mis tout le peuple basque dans une impasse.
Les engagements démocratiques clairs pris par Bildu au moment de déposer ses listes, comme l’avait fait un peu avant le parti politique Sortu en quête de légalisation, ont fini par enrayer la mécanique anti-démocratique de l’État central espagnol. En interdisant Sortu, celui-ci avait déjà rencontré une vive résistance, notamment au sein du Parlement européen. En voulant réitérer avec Bildu, il finissait par apparaître comme s’écartant de toute démarche démocratique. Dans ce contexte, la légalisation in extremis des listes de Bildu, par une seule voix, six contre cinq, au sein du Tribunal Constitutionnel d’Espagne, était déjà une grande victoire. Le score remarquable qu’elles ont recueilli, 25,5% des voix, montre que la démocratie basque est puissamment de retour. Le processus de fin de la violence politique en sort largement renforcé.
Le mouvement général en Europe pour l’émancipation des nations sans États retrouve en Euskadi, comme en Catalogne , en Flandre et en Écosse, une nouvelle locomotive. Le peuple corse peut s’y raccrocher à son tour, sous réserve de faire, dans les mois à venir, comme les nationalistes basques l’ont fait, les choix politiques qui s’imposent.

François ALFONSI

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2 commentaires

  • Txakal dit:
     - 

    Agur…
    On peut évidemment se réjouir de voir que le Pays basque autonome, CAV (soit 3 provinces sur 7) a répondu à la situation actuelle de manière tout à fait différente du reste de l’Etat espagnol; celui-ci bascule à droite, la droite la plus dure, centralisatrice et franquiste, mais le Pays basque « bascule » vers la gauche patriotique indépendantiste. C’est bien la preuve que nous ne sommes pas plus espagnols que nous ne sommes français.
    Cela étant dit, il ne reste plus qu’à régler de « menus » détails tels que le sort des + de 750 prisonniers politiques et des milliers de réfugiés et exilés dispersés à travers la Planète.
    Lorsque le dernier de ceux-là sera de retour, nous pourrons enfin parler de victoire démocratique.
    Peut-on croire à un règlement à l’amiable, politique, de par la bonne foi et la bonne volonté de l’Hispanie et de la Francie? Autant qu’on peut croire à Dieu, à Bouddha, Allah et Cie…
    Pace e salute

    PS. Si cette voie nouvelle ouverte par Bildu (et Sortu toujours interdit?) s’avère être une impasse, que fera t-on? des danses incantatoires autour du totem?…

  • Matt dit:
     - 

    Bonjour,

    Les chiffres de l’article me semblent erronés.

    En effet la population de la Catalogne est de 7.5 millons d’habitants. Au Pays Basque, la population dépasse les 2 millons (2.1 je crois)

    Autre chose, on parle au pays Basque « d’espagnolistes » pour désigner ceux qui ne sont pas indépendantistes!! Mais ceux sont avant tout des Basques!!! Je suis contre le fait qu’il y ait des Basques de première catégorie et d’autre de seconde, que mon voisin du fait de ses idées politiques soit considéré comme plus français que moi!!
    Imaginez: on serait moins français ou moins Basque que son voisin car on vote tel ou tel parti car on telle ou telle vision de son pays??? On est retourné au franquisme !!!

    Tout ce que j’espère c’est que la coalition Bildu saura démontrer qu’elle veut la paix et qu’ils sauront respecter les autres idées politiques. Plus de 50 ans d’activité de l’ETA ne peut pas être oublié du jours au lendemain par les Basques. Je pense que la gauche abertzale doit faire profil bas car elle a soutenu pendant des décennies une organisation criminelle qui au nom de l’indépendance du Pays Basque assassinait ses propres compatriotes.

    Pour finir et comme vous le disiez dans le précédent article sur la légalisation de Bildu « l’opinion publique espagnole chauffée à blanc » et aussi et surtout « la lassitude du peuple Basque »: On veut donner la parole au peuple Basque??? Je suis d’accord mais le peuple ne pourra jamais décider librement de son futur tant que l’ETA n’aura pas disparue.

    Le problème Basque n’est pas à Madrid ou à Paris, il est au Pays Basque car c’est le peuple Basque qui doit décider et lui seul. Le peuple Basque est la première victime de l’ETA, ne l’oublions pas.

    Bien cordialement

    Matt

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