Forêt équatorienne cherche financeurs bienveillants

28 février 2011

Chronique – De l’argent en échange de la non-exploitation pétrolière d’une partie de l’Amazonie équatorienne. Parfait sur le papier, le projet Yasuni souffre aujourd’hui de manque de financements.

Il y a quelques années, les associations équatoriennes regroupées autour d’Acción Ecológista, parties prenantes de la « révolution citoyenne » menée par Rafael Correa, proposent l’Initiative Yasuni-ITT (Ishpingo-Tambococha-Tiputini). L’idée : ne pas exploiter les 920 millions barils de pétrole d’un parc naturel situé dans la forêt Amazonienne, en engageant la communauté internationale dans un soutien financier basé sur la co-responsabilité. Reprise par le gouvernement Correa, ce projet de protection de l’Amazonie dépasse pourtant les enjeux politiciens : symbole du choix de la vie contre les profits, il constitue une tentative de mettre en place un nouveau modèle de société dont le respect de la planète et de ses habitants serait la principale règle.

Inscrite dans le cadre de la lutte contre le changement climatique, l’Initiative Yasuni-ITT tient d’une idée forte : nous sommes tous responsables de la préservation de nos ressources naturelles. Ainsi, le choix équatorien de ne pas exploiter les 7 milliards de dollars de pétrole du Parc naturel Yasuni, qui constituent 20% des réserves totales du pays, doit être compensé par des apports de la communauté internationale (le pétrole représente à ce jour 22,2% du PIB équatorien). Afin de préserver nos biens communs, le Fonds mis en place en partenariat avec le PNUD (Programme des Nations-unies pour le Développement) rassemblerait des contributions équivalentes à la valeur du pétrole, provenant pour 50% d’Equateur, pour 50% de l’extérieur (entreprises, Etats, collectivités, citoyens).

Le Fonds sera investi exclusivement dans des projets environnementaux et sociaux, avec comme priorité les initiatives de la société civile en termes d’énergie renouvelable. Préparant ainsi la société post-pétrolière, c’est également à un tout nouveau mode de gouvernance internationale qu’a donné naissance l’Initiative : la société civile fait désormais partie du Directoire, poussant même le PNUD à revoir ses règles de fonctionnement. Preuve de sa réplicabilité, le modèle fut présenté par Rafael Correa à Cancun, comme un outil de compensation des émissions évitées.

Les indices environnementaux sont au rouge en Equateur : les concessions pétrolières viennent d’être renégociées, les exportations de Petroecuador ont augmenté de 7%, les négociations en vue d’un traité de libre-échange avec l’Union européenne ont été relancées et le gouvernement Correa est fier d’annoncer le boom des investissements étrangers dans le pétrole et le gaz naturel. Si elle prenait corps, l’Initiative renforcerait le combat de ces écologistes équatoriens, dont certains se rassemblent aujourd’hui autour de l’ancien ministre Alberto Acosta. Il est de notre responsabilité d’appuyer leurs efforts !

Le changement climatique nous impose de trouver des solutions rapides, et concrètes. La souveraineté énergétique ne peut être la solution si elle consiste en l’exploitation de nouvelles, et peut-être dernières, ressources situées dans nos territoires. Sables bitumineux comme gaz de schiste auront pour effet de contribuer à l’accélération d’un réchauffement climatique dont les plus vulnérables au Nord comme au Sud, sont les premières victimes. Face à ce modèle productiviste qui nous mène droit dans le mur, l’Initiative Yasuni-ITT représente une tentative de mettre en place un nouveau modèle écologique basé sur la démocratie, le respect des humains et des éco-systèmes, des finances maîtrisées sur le long-terme. Elle nous invite à penser, ailleurs aussi bien que chez nous, de nouveaux modèles énergétique et de gouvernance.

Le soutien à l’Initiative Yasuni-ITT sera relancé au Parlement européen. Malgré les efforts de la société civile et des eurodéputés, la rigidité technocratique de l’Union européenne semble toutefois avoir raison du soutien aux initiatives innovantes. Déclarations publiques des eurodéputés, lettres personnelles au commissaire au développement Piebalgs, questions à la Commission, nous n’aurons pas encore réussi à pousser l’exécutif européen à sortir des critères traditionnels de financement. Le temps presse et le projet gagne à être connu. La machine européenne grince, c’est désormais aux collectivités locales européennes, des villes aux régions, de prouver qu’elles peuvent être motrices de changement et de saisir la balle au bond. La Wallonie a d’ores et déjà contribué à hauteur de 300 000 euros tandis que la région Rhône-Alpes a dégagé 150 000 euros. Projets de solidarité internationale, fonds de compensation, plans climat… les outils ne manquent pas. Soyons à la hauteur de nos ambitions et lançons cette dynamique de changement partout où nous sommes en responsabilité.


Catherine Grèze

Députée européenne (VERTS/ALE) , vice-Présidente de la commission affaires économiques et financières de l’Assemblée EuroLat (UE-Amérique latine)

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