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Hélène Flautre : Didier Lombard « a prouvé qu’il n’était pas à la hauteur et devrait inaugurer un cycle de démissions de P-DG incompétents »

29 septembre 2009

Publié le 29/09/2009 à 16:21 Reuters
L’opposition veut la démission du P-DG de France Télécom

Toute la gauche réclame la démission du P-DG de France Télécom au lendemain du suicide du 24e employé de l’entreprise publique en 20 mois, mais la majorité présidentielle estime que ce n’est « pas le sujet ».

Didier Lombard, qui s’est rendu lundi en Haute-Savoie où s’est produit le drame, a annoncé la fin du principe de mobilité des cadres au niveau national, jusqu’à présent systématique tous les trois ans.

Dans une interview à Public Sénat, le P-DG de France Télécom a précisé mardi qu’il irait plus loin pour humaniser les conditions de travail.

« La suspension des mobilités dans l’entreprise est une solution d’urgence mais pas la solution de fond », a-t-il dit en évoquant la « refondation du contrat social de l’entreprise en décembre » qui doit permettre de « prendre en compte les situations personnelles dans les décisions professionnelles ».

L’opposition de gauche a toutefois estimé qu’il devait quitter ses fonctions après le suicide d’un homme de 51 ans qui s’est donné la mort lundi à Alby-sur-Chéran en mettant en cause les pratiques de l’entreprise dans une lettre à son épouse.

« Quand il y a eu un trou dans les caisses de la Société générale, Nicolas Sarkozy a demandé à Daniel Bouton de partir. A France Télécom, on en est à 24 morts. C’est à l’Etat actionnaire de dire à (Didier) Lombard qu’il doit démissionner », a déclaré à Reuters le porte-parole du Parti socialiste, Benoît Hamon.

Le P-DG de l’opérateur « n’est pas en cause personnellement mais la désorganisation, les cadences, le stress des employés sont des conséquences directes des décisions de ressources humaines prises par la direction », a-t-il ajouté.

Le porte-parole du Nouveau parti anticapitaliste (NPA) a estimé sur LCI que « M. Lombard devrait avoir la décence soit de démissionner soit au moins de se taire. »

Pour Europe Ecologie, Didier Lombard « a prouvé qu’il n’était pas à la hauteur et devrait inaugurer un cycle de démissions de P-DG incompétents ».

« Ce qui se passe à France Télécom est dramatique et il faut une mobilisation de toute l’entreprise pour que le personnel puisse surmonter ces traumatismes. Il est assez honteux que la direction actuelle en reste au stade de la communication », a dit à Reuters la député européenne écologiste Hélène Flautre.

« METTRE L’HUMAIN AU CENTRE »

Les députés communistes, républicains et du Parti de Gauche ont, dans un communiqué, abondé dans le même sens.

« Le management à coup d’évaluations individuelles, d’objectifs inatteignables, de mobilité forcée, voilà ce qui est en cause », a dit leur porte-parole Roland Muzeau.

Pour Bernard Thibault, les salariés à France Télécom et dans d’autres entreprises en France sont aujourd’hui « seuls ».

« Ce qui est en cause à France Télécom, comme dans beaucoup d’entreprises, c’est l’approche que l’on fait du travail et surtout du salarié, à qui l’on demande de plus en plus d’atteindre des objectifs inatteignables », a estimé le secrétaire général de la CGT sur RMC et BFM TV.

Mais pour la majorité présidentielle, la situation n’est pas spécifique à France Télécom.

Le secrétaire général de l’UMP Xavier Bertrand a estimé qu’il fallait que « tous les dirigeants, tous les managers soient formés à cette question du stress, de la souffrance au travail et de la prise en compte du risque de suicide ».

« Je ne crois pas qu’on puisse dire que c’est France Télécom exclusivement », a-t-il ajouté sur France Inter, jugeant que la démission de Didier Lombard n’était pas « le sujet ».

Le président du groupe UMP à l’Assemblée nationale, Jean-François Copé, a lui aussi estimé qu’une démission n’était pas une réponse appropriée.

« On ne peut pas avoir ce réflexe systématique de commencer par dire qu’en coupant une tête on règlera le problème d’une entreprise », a-t-il estimé. « Il appartient au dirigeant de l’entreprise de prendre les mesures qui s’imposent pour tirer toutes les leçons de ces tragédies successives ».

Selon Europe 1, France Télécom s’apprête à ouvrir en Seine-Saint-Denis un immeuble aménagé spécialement pour prévenir les risques de suicides. La radio cite au nombre des aménagements des rehaussement de rambardes, des fenêtres condamnées. Ces 32.000 mètres carrés de bureaux sont situés à proximité du Stade de France, près de Paris, selon Europe 1.

Sophie Louet, Laure Bretton, édité par Yves Clarisse

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