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Intervention sur les relations UE/Tunisie

21 janvier 2010

par EurodeputesEE

Monsieur le Président, je suis impressionnée par les discours que je viens d’entendre, de la commissaire jusqu’à mes collègues. Je crois qu’on a vraiment un travail à faire pour avoir une appréciation juste et objective de la situation actuelle en Tunisie.

Quand je vous entends, franchement, j’ai l’impression d’entendre des intellectuels occidentaux parler avec bonheur, il y a plusieurs dizaines d’années, de la réussite économique et sociale dans les pays de l’URSS, avec une incapacité totale d’aller voir sur place ce qu’y sont nos valeurs communes. Que sont nos valeurs communes, Monsieur Michel? Ce sont les droits de l’homme, la démocratie et l’État de droit.

Vous avez tous dit, à juste titre, que la Tunisie était notre partenaire le plus ancien en matière d’accord d’association; et c’est vrai. Et c’est pourquoi tout cela est très inquiétant, parce qu’il ne s’agit pas de lacunes, Madame la Commissaire, ni de petits pas, step by step. Non. Il y a une dégradation massive et continue des droits de l’homme et de la démocratie en Tunisie. Pouvez-vous me citer un seul journal qui a été autorisé depuis vingt ans, un seul parti qui a été autorisé depuis vingt ans, un seul syndicat qui a été autorisé depuis vingt ans? Non.

La vérité, c’est que les libertés fondamentales sont proprement bafouées systématiquement et, avec elles, nos propres engagements. Il ne s’agit pas de donner des leçons de morale, il s’agit de faire respecter les valeurs de l’Union européenne et de respecter les engagements que nous avons pris à travers la signature de cet accord d’association.

Aussi, je réclame au moins une analyse partagée. Je pense qu’on a travaillé beaucoup pour obtenir un débat, mais il serait certainement plus utile de s’employer à mettre sur pied une vraie délégation, qui aille véritablement rencontrer cette société civile en Tunisie et les différentes composantes de cette société civile, pour dresser le bilan du harcèlement continu que subissent les défenseurs des droits de l’homme, les étudiants, les syndicalistes, les travailleurs, les avocats. Des putschs ont été organisés à peu près dans toutes les associations qui manifestaient une certaine autonomie à l’égard du pouvoir. Je crois donc que vous êtes en plein délire.

Je comprends bien, à travers vos interventions, pourquoi vous n’avez pas envie de voir la réalité tunisienne. Vous n’avez pas envie de voir la réalité tunisienne, parce que vous trouvez qu’il y a des intérêts économiques, parce que vous trouvez qu’il y a des intérêts dans la lutte contre le terrorisme, parce que vous trouvez qu’il y a des intérêts dans la lutte contre l’immigration illégale en jeu. Tout cela, vous l’avez dit de la manière la plus claire, et vous ressassez des avancées qui datent de Bourguiba sur l’égalité entre les hommes et les femmes et sur la famille. Enfin, ça date de Bourguiba. Aucune avancée depuis cette époque.

Je crois donc que, si nous ne voulons pas nous insulter nous-mêmes, insulter les accords que nous signons, insulter la politique de voisinage, insulter les valeurs de l’Union européenne, si nous ne voulons pas insulter tout cela, nous ne pouvons certainement pas proposer un statut avancé à la Tunisie. Alors là, je vous dis tout net, proposez cela et renoncez à toute exigence et à tout engagement en matière de droits de l’homme et de démocratie avec tous les pays de la Méditerranée; tel sera le résultat garanti.

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