Face aux autocrates, il faut une alliance des démocraties
Début février, Human Rights Watch publait son rapport annuel sur l’état des droits humains dans le monde en 2025. Ce tour d’horizon met en lumière l’érosion des démocratie et des droits fondamentaux.
« Briser la déferlante autoritaire qui est en train de s’abattre sur le monde, tel est le défi de notre génération », estime Philippe Bolopion le Directeur de l’ONG internationale Human Right Watch (HRW) dans son propos introductif au rapport annuel de cette organisation.
Il faut dire que les nouvelles ne sont vraiment pas bonnes sur ce front, 78 ans après la Déclaration universelle des droits humains de 1948. Selon HRW, avec 72 % de la population mondiale vivant sous le joug de régimes autocratiques, nous sommes revenus au niveau de 1985, avant donc la chute du mur de Berlin, au temps où des dictatures opprimaient en particulier tous les peuples de l’Europe centrale et orientale.
La catastrophe Donald Trump
Le retour de Donald Trump à la Maison Blanche aggrave bien entendu beaucoup la situation sur ce plan. Il remet en cause des fondements de la démocratie américaine et foule au pied chaque jour davantage les droits humains aux États-Unis (même si cette démocratie américaine n’a jamais été vraiment un modèle en la matière). Parallèlement il sabote méthodiquement l’ordre multilatéral d’après-guerre. Il s’allie avec les autocrates comme Vladimir Poutine et veut soutenir partout, y compris en Europe, les adversaires de la démocratie et des droits humains.
Le recul de la démocratie et des droits humains n’a pas commencé cependant en janvier 2025 à Washington. Les horreurs qui se sont produites ces dernières années à Gaza, au Soudan, au Myanmar, en Syrie ou encore en Ukraine étaient déjà le signe d’un sentiment d’impunité croissant du côté des assassins et des tortionnaires. La situation des droits humains ne s’est pas dégradée non plus seulement aux États-Unis, en Russie ou en Chine. Cela a été le cas aussi en Turquie, en Inde ou encore en Égypte et en Tunisie. Et même en France et en Europe, les mesures liberticides prises toutes ces dernières années pour lutter contre le terrorisme ou contre l’immigration menacent de plus en plus souvent elles aussi l’exception européenne en matière de droits humains.
Un point de bascule
Il n’en reste pas moins que nous sommes désormais arrivés à un point de bascule : si nous ne réagissons pas fortement, et avec d’autres à l’échelle mondiale, c’est tout l’édifice qui avait été patiemment construit depuis le siècle des Lumières, et singulièrement depuis la Révolution Française et sa fameuse Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789, qui risque de s’effondrer. Autorisant partout le retour aux lettres de cachet, à la torture et à la peine de mort, à la censure, à la presse aux ordres des riches et des puissants… Et cela d’autant plus que les technologies numériques permettent aujourd’hui de mettre en place des régimes autoritaires nettement plus intrusifs encore et nettement plus efficaces que leurs ancêtres.
Le premier ministre canadien a appelé à Davos, en janvier dernier, à créer une alliance des puissances moyennes, pour résister aux empiètements des États-Unis de Donald Trump et de la Chine de Xi Jinping et préserver le multilatéralisme. Parmi les sujets qui nécessitent de construire d’urgence une alliance de ce type, la question des droits humains doit figurer en première ligne. Comme le dit Human Right Watch, « les démocraties respectueuses des droits humains devraient former une alliance stratégique afin de préserver l’ordre international fondé sur des règles, menacé par l’administration Trump ainsi que par les dirigeants de la Chine et de la Russie ».
L’Union Européenne doit se porter en première ligne
L’Union Européenne est sans conteste la région du monde où les droits humains fondamentaux restent encore le mieux protégés pour l’instant. A condition bien sûr qu’elle ne succombe pas à son tour aux sirènes de l’extrême droite xénophobe et trumpiste, y compris en France. Elle peut et doit donc prendre la tête de ce combat mondial pour non seulement préserver mais renforcer les règles internationales qui protègent les droits humains fondamentaux. Je ferai au cours des prochains mois des propositions concrètes en ce sens dans le cadre du rapport qui vient de m’être confié par le Parlement Européen sur la stratégie européenne en matière de droits humains.
Mounir Satouri
Les commentaires sont fermés.