L’impuissance du système face à la crise

10 novembre 2011
Cette impuissance a éclaté avec la comédie du referendum en Grèce. Son initiateur, le premier ministre grec Andreas Papandréou, n’ignorait sans doute rien de la bronca que sa proposition soulèverait. Mais comment pouvait-il sortir du piège où il était enfermé, entre l’enclume d’une opinion publique chauffée à blanc et le marteau de la « troïka » Europe, Banque Européenne et FMI exigeant une austérité maximum ? En se faisant « pousser vers la sortie » après l’annonce d’un referendum mort-né, il a trouvé sa solution à l’occasion du G20, et son habileté a été de mettre à sa place son ministre des finances, venu au gouvernement pour lutter « contre les diktats et la faiblesse de Papandréou », et qui se retrouve désormais en position d’administrer aux grecs la potion imbuvable qu’ils refusent d’ingurgiter. En fait, l’opération du referendum en Grèce, c’est le début du « sauve qui peut » parmi ceux que la crise affecte tout particulièrement.

Du côté du manche, essentiellement la France et l’Allemagne, il n’y a un manque manifeste de clairvoyance. En effet, les dirigeants des deux États les plus puissants de la zone euro ont accaparé de fait toutes les compétences de l’Union Européenne. Barroso et sa Commission sont totalement absents, Von Rompuy n’existe plus, et les autres États de l’Union sont considérés comme de simples accessoires. « Merkozy » culminent au firmament des plateaux de télévision, avec Sarkozy en grand communicateur, et Merkel en véritable maître du jeu. Mais l’échec de leur leadership actuel est assuré, surtout pour le Président français car, qu’on le veuille ou non, la vraie puissance est allemande et pas française.

Du sommet du G20 de Cannes, Nicolas Sarkozy dégringolera donc prestement, victime de sa propre inconséquence politique qui consiste à s’enfermer dans une démarche intergouvernementale à deux, conçue en fait pour barrer la route à une véritable démarche européenne. Donnons-en lui acte : dans le binôme franco-allemand, il joue le petit rôle. Et c’est même ce qui en fera demain le fusible principal. Mais, du fait de ce choix politique, le scenario de la crise nous promet inévitablement de nouveaux rebondissements.

Car les faits et les chiffres sont là, incontournables : une dette, ce sont des intérêts, et un capital. La priorité, c’est de baisser les intérêts, afin d’espérer pouvoir rembourser le capital, à tout le moins en bonne partie, et non le contraire, ce qui a été fait au sommet de Cannes, « effacer » une partie du capital dû sans rien faire pour que baissent les intérêts. Pour que les intérêts baissent, il y a une solution qui est à portée de main de l’Europe : créer des obligations européennes dont le taux d’intérêt sera celui des économies des 17 États de la zone euro, probablement 3,5% comme c’est le cas en France aujourd’hui, et non 7% et plus comme demandé à la Grèce. 7% de 350 milliards d’euros, le montant de la dette grecque, c’est 25 milliards d’euros d’intérêts à trouver tous les ans. Ramenés à 3,5%, ce montant baisse de moitié, économisant 12,5 milliards d’euros tous les ans. Comparez : François Fillon promet le « budget le plus rigoureux depuis 1945 » en annonçant 6 milliards d’économie pour une France six fois plus peuplée que la Grèce.

Vous me direz, si on efface le capital dû à hauteur de 50%, le résultat est a priori le même car les intérêts diminueront de moitié. Sauf que la Grèce n’est pas seule impliquée, et que réduire les taux d’intérêt pour toute la zone euro empêcherait de spéculer ensuite sur l’Italie ou l’Espagne … ou sur la France. C’est la seule façon de donner un coup d’arrêt à la crise et à la spéculation, mais cette solution a, aux yeux de Nicolas Sarkozy et de ses semblables, un immense défaut : elle implique d’aller très vite vers une Europe Fédérale, dans laquelle les chefs d’États seront cantonnés à un second rôle. Ce que leur orgueil leur interdit.

La force économique collective de l’Europe est suffisante pour surmonter la crise, mais la dispersion des décisions politiques sur 17 gouvernements hétérogènes et focalisés sur leurs intérêts immédiats, y compris électoraux, est un système qui la rend impuissante. L’orgueil des États est aujourd’hui le talon d’Achille véritable de l’Europe.

François ALFONSI

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2 commentaires

  • RV dit:
     - 

    http://europeecologie.eu/L-impuissance-du-systeme-face-a-la#forum627
    111113

    L’impuissance du système face à la crise par RV

    Cette impuissance a éclaté avec la comédie du referendum en Grèce

    Cette « toute puissance » a éclaté avec le déni de démocratie imposé par l’Europe « néolibérale » à la Grèce.

    Du côté du manche, essentiellement la France et l’Allemagne, il n’y a un manque manifeste de clairvoyance.

    L’objectif réel des stratégies mises en œuvre n’est pas la réduction de la dette mais l’accroissement de la dette, qui est un placement financier important. Il y a un mensonge terrible quand les politiques prétendent vouloir réduire la dette alors qu’ils s’emploient à en assurer la croissance. L’austérité assure la croissance de la dette par l’aggravation de la récession économique et la diminution des recettes de l’Etat.

    une démarche intergouvernementale à deux, conçue en fait pour barrer la route à une véritable démarche européenne.

    La « démarche intergouvernementale » est dans la droite ligne du traité de Lisbonne : conccurence libre et non faussée, interdiction de politique convergentes fiscales et sociales, casse des services public etc.

    La priorité, c’est de baisser les intérêts

    La priorité c’est de sortir les emprunts d’Etat du marché financier international en désobéissant ou en modifiant le traité de Lisbonne. Les Etats doivent pouvoir emprunter auprès des banques centrales, BCE comprise, au taux actuel de 1 à 1,5%. C’est aussi un audit de la dette qui aboutira à déclarer illégitime une forte proportion de la dette légalle.

    La force économique collective de l’Europe est suffisante pour surmonter la crise

    La force économique collective de l’Europe se nourri de la crise ! Les banques empruntent à la BCE à 1 ou 1,5 % et elles prêtent aux Etats à 3, 5, 9, 12, 20%.

    la dispersion des décisions politiques sur 17 gouvernements hétérogènes et focalisés sur leurs intérêts immédiats, y compris électoraux, est un système qui la rend impuissante

    L’impuissance des Etats est une fable ! Le cadre dans lequel nous évoluons a été construit par ces mêmes Etats qui sont au service de la finance et non plus des populations dont ils ont la charge. Un gouvernement de gauche demain aura tout pouvoir pour modifier ce cadre.

    nota au webmaster, à quoi bon des commentaires si ils ne sont pas publiés ?
    2e envoi

    • Anonyme dit:
       - 

      Bonjour Romain,

      Nous souhaitons tant que possible répondre aux questions et débattre avec les lecteurs qui participent aux forums du site. Votre message a été envoyé à l’équipe de François Alfonsi car vous l’avez posté sur son profil en réaction à une tribune. Nous espérons qu’il pourra réagir à ce commentaire. Le site europeecologie.eu contient des articles écrits par quatorze élus ou concernant le travail de quatorze élus. Cela explique peut être la lenteur du processus. Cordialement,

      L’équipe du site

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