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Le commissaire européen au pays de l’AOC

21 juin 2010

Édition du samedi 19 juin 2010

Alors que l’agriculture européenne se prépare à la réforme de la Politique agricole commune (1) , le commissaire de l’Union européenne , Dacian Ciolos, était hier dans le Sud-Aveyron. Une visite à l’initiative de José Bové. Son périple a mené l’ancien ministre de l’agriculture de Roumanie des caves de Roquefort, à une ferme du Lévézou (sur invitation de la FDSEA), la soirée se terminant avec les élus à la préfecture.

Une réunion de travail s’est tenue l’après-midi, au siège de la confédération générale de Roquefort, à Millau, avec José Bové, Jean Laurens (Chambre d’agriculture), Robert Glandières (FrSeb), Laurent Reversat (SPLB), Thierry Zurcher (Société), Martin Malvy, etc. Il a surtout été question des AOC et autres signes français de qualité. Des représentants nationaux
des AOC laitières ont demandé le maintien, dans le cadre de la future Pac, des labels Appellation d’origine protégée (AOP) et Indication géographique protégée (IGP). L’entretien avec Dacian Ciolos leur a donné satisfaction. Celui-ci a délivré ce message : « On a discuté de la politique de qualité. Pour moi, l’agriculture européenne doit tourner autour de deux mots-clés : la diversité et la qualité. (…) Nous allons réformer le système de qualité pour que ce soit plus clair et plus visible pour le consommateur. L’échange avec les producteurs a été intéressant du fait de leur très longue expérience de la diversité à travers la qualité. » Peu avant, les membres de la Confédération paysanne avaient prêché pour leur vision de la future Pac. Redistribuer les aides, moins vers le productivisme, et plus vers « une agriculture de qualité, qui fait vivre les territoires, créé de l’emploi et protège l’environnement ».

Ce message a-t-il une chance de passer au sein d’une commission bruxelloise libérale ? « Il nous a dit qu’il comprenait, mais qu’on ne peut pas changer rapidement car les 27 ne voudront pas, relate Christian Rouqueirol. On prend acte qu’il n’y a pas de volonté politique. Ça n’empêche qu’il est sympathique. Il vient d’un pays où il y a 4 millions d’agriculteurs et qui va au-devant de graves problèmes sociaux avec la fermeture de petites fermes, il est sensibilisé à ces questions. Mais il ne peut faire que des propositions à la marge. Ca se joue au niveau des opinions publiques. » Dacian Ciolos, pour eux, c’est toujours mieux que son prédécesseur productiviste, Margaret Fischer-Boll, mais en une demi-heure d’entretien, ils ont eu le temps de trouver un désaccord de taille : la contractualisation directe du producteur aux industriels, que le Roumain souhaite encourager. Néanmoins, le commissaire dit avoir « bien compris le besoin de soutenir les petits agriculteurs. Il faut trouver de nouveaux outils de maîtrise du marché. Nous ne sommes plus dans un marché européen fermé. On ne peut pas faire l’impasse d’une collaboration avec le reste du monde. Mais compte tenu des spécificités de l’agriculture par rapport aux autres secteurs marchands, il faut développer une ouverture de manière maîtrisée, sans être complètement administré par l’Etat. »

José Bové est plutôt satisfait. « Il y a un conflit avec des Etats membres qui essayent de casser la maîtrise du marché par les quotas de volumes. Le modèle Roquefort présente une cohérence entre la maîtrise et la valorisation. C’est pour ça que la présence du commissaire ici est importante. Roquefort n’est pas un endroit neutre, et Millau non plus, dix ans après le démontage du McDo. Quand on a invité le commissaire, on lui a dit : on a payé le prix fort face aux USA, mais on a gagné contre le boeuf aux hormones. Maintenant, il faut soutenir l’AOC et renforcer les signes de qualité. » La bataille ne fait que commencer.

Philippe HAIMART
(1) Dacian Ciolos fera ses propositions en novembre. Viendra ensuite la bataille d’épiciers entre Etats. La réforme sera appliquée en 2013.

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