Non, madame von der Leyen : l’UE ne peut pas et ne doit pas suivre la voie tracée par Donald Trump
Lundi dernier, Ursula von der Leyen, la Présidente de la Commission Européenne, a tenu un discours devant les ambassadeurs de l’Union Européenne réunis à Bruxelles. A cette occasion, elle a laissé entendre que l’UE devrait faire son deuil d’un droit international et d’un multilatéralisme, qu’elle juge désormais obsolètes.
Jusqu’ici, la politique étrangère de l’Union se réclamait également d’un attachement affirmé aux valeurs humanistes et démocratiques. J’ai souvent eu l’occasion de le rappeler : dans les faits, ces principes n’ont que trop rarement guidé l’action extérieure de l’Union. Mais pour nous, écologistes, ces valeurs demeurent un étalon essentiel, une boussole qui devait orienter et conditionner l’engagement de l’UE auprès de ses partenaires. C’est précisément sur cette base que certains accords doivent être évalués. L’accord d’association entre l’UE et Israël en est un exemple emblématique : il est explicitement lié au respect des droits humains par Israël. Si aujourd’hui cet accord est remis en question — par les écologistes, par une large partie de la société civile et par plusieurs États membres, comme l’Espagne ou l’Irlande — c’est justement parce que ces principes existent et qu’ils sont inscrits noir sur blanc, à l’article 2 de cet accord, qui fait du respect des droits humains un élément fondamental de ce traité entre l’Union européenne et Israël.
Aujourd’hui, Ursula von der Leyen renonce aux valeurs de l’UE et au multilatéralisme
“Nous devons déterminer si le système que nous avons construit […] est plutôt une aide ou une entrave à notre crédibilité en tant qu’acteur géopolitique”. Dans son discours devant les ambassadeurs se voulant “définir notre politique étrangère”, la Présidente de la Commission affirme que l’UE devrait renoncer à la défense des droits pour se concentrer uniquement sur ses intérêts dans ses relations avec d’autres pays, sur le modèle de ce que Donald Trump entend pratiquer concernant les États-Unis.
Que le droit international et le multilatéralisme soient très affaiblis sous les coups de boutoir d’acteurs comme Donald Trump, Vladimir Poutine ou encore Benyamin Netanyahou, ne fait aucun doute. Qu’il soit irréaliste d’escompter un simple retour à un statu quo ante, qui n’avait d’ailleurs rien d’idéal, semble en effet acté.
L’UE ne peut adopter la loi du plus fort, à la Trump
Mais l’Union Européenne ne peut pas se mettre à jouer sur le modèle de règles impérialistes comme Donald Trump, Vladimir Poutine ou Benyamin Netanyahou. Non seulement parce qu’elle n’en a pas les moyens et serait à coup sûr perdante à ce jeu, mais surtout parce qu’elle y perdrait son âme et sa raison d’être elle-même. Elle n’y survivrait pas.
L’UE a été construite sur la notion de droit et d’État de droit, de réconciliation et de multilatéralisme. L’objectif était de mettre un terme aux dérives qui avaient conduit les pays européens à répandre la guerre et la désolation dans le monde entier pendant cinq siècles, à s’entretuer en permanence pour finir par aboutir aux drames atroces du XXème siècle. Le projet européen ne peut exister que s’il défend le droit face à la force, la justice face à l’arbitraire.
Pour survivre, l’Union Européenne a impérativement besoin d’un droit international et d’un multilatéralisme qui fonctionnent. Si les anciens modèles risquent de devenir obsolètes, la politique de l’UE ne peut pas se contenter d’en prendre simplement acte, comme le propose Ursula von der Leyen. Elle doit se porter à la tête de celles et ceux qui veulent les soutenir et les réformer – et ils sont nombreux – pour les renforcer sur des bases nouvelles adaptées au monde d’aujourd’hui.
Cela implique en particulier que l’Europe se tourne enfin résolument vers le Sud Global pour construire de nouvelles alliances avec les nombreux pays qui ne veulent avoir à s’aligner ni sur les États-Unis de Trump, ni sur la Russie de Poutine ou la Chine de Xi Jinping.
Mais pour y parvenir, il est indispensable en particulier de cesser de tolérer les crimes contre l’humanité et les atteintes au droit international commis en permanence par le gouvernement de Benyamin Netanyahou au Moyen-Orient. Il est également urgent de renoncer au deux poids, deux mesures, de condamner les attaques au droit d’où qu’elles viennent, y compris des États-Unis. L’Union doit s’abstenir elle-même de bafouer les droits, avec sa politique de « forteresse Europe » en matière de migrations.
Ce sont de telles politiques, en effet, qui contribuent à creuser un gouffre entre l’Europe et ses voisins sur l’autre rive de la Méditerranée, au Moyen-Orient et en Afrique subsaharienne. Elles nous laissent aujourd’hui isolés et affaiblis face à l’étau que nos ennemis, Donald Trump et Vladimir Poutine, referment ensemble progressivement sur nous.
Pourtant, de nombreux autres partenaires nous attendent, nous, Européens. C’est le cas du Canada, de la Grande-Bretagne, de l’Ukraine, aussi, qui sont autant de potentiels alliés dans la définition d’un monde qui ne laisserait pas la place au plus fort, dans la définition d’un monde du respect, de la justice et d’un multilatéralisme renouvelé.
Mounir Satouri
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