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Les entreprises sont-elles un problème ou une partie de la solution?

4 décembre 2015
Dans la perspective de la COP21, Le Monde confronte les analyses des dirigeants de grandes entreprises et de personnalités, experts du climat, économistes et élus. Ce vendredi 4 décembre, entretien entre Pierre-André de Chalendar, PDG de Saint-Gobain, et Yannick JADOT, député européen EELV.
183 Etats ont remis à l’occasion de la COP21 leurs engagements de réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre. Ces objectifs sont-ils compatibles avec la croissance?
Pierre-André de Chalendar : Non seulement cet objectif global de réduction des émissions est compatible avec la croissance mais pour beaucoup de secteurs c’est une des principales opportunités de croissance dans les années qui viennent. Il faut réconcilier économie et écologie. Les responsables politiques ont compris clairement cette année, que les entreprises ne sont pas le problème mais qu’elles sont, en grande partie, la solution.
Il faut associer l’ensemble des parties prenantes à la recherche des solutions dans la lutte contre le dérèglement climatique. Toute la stratégie de Saint-Gobain est axée sur l’enjeu fantastique que va représenter dans les années à venir la rénovation énergétique des bâtiments. Ce sont des créations d’emplois non délocalisables, des réductions de la facture énergétique, des baisses des émissions de gaz à effet de serre.
Yannick Jadot : Oui, mais ne soyons pas naïfs, si des entreprises comme Saint-Gobain, Siemens, Schneider Electric, Philips et des milliers de PME sont parfois très avancées dans l’efficacité énergétique ou les renouvelables, d’autres entreprises combattent l’action contre le dérèglement climatique. C’est le cas des entreprises des énergies fossiles, charbon, pétrole, gaz et du nucléaire.
Au Parlement européen, tous les jours, elles empêchent d’agir pour économiser les énergies, pour développer les énergies renouvelables parce qu’elles sont assises sur une telle rente et de telles réserves qu’évidemment elles ne veulent pas en sortir. Et les Etats arbitrent encore trop souvent pour la vieille économie, pour le système énergétique centralisé autour des oligopoles, autour de la rente, plutôt qu’en faveur de systèmes décentralisés qui font vivre des PME, des coopératives, et qui placent le citoyen, son territoire, au cœur de la transition énergétique.
Le monde de l’entreprise a t-il pris la mesure de l’impératif de contenir le réchauffement sous le seuil de 2 °C ?
P.-A. de C. : Oui, les entreprises ont déjà beaucoup bougé parce qu’elles ont envie d’être citoyennes et parce qu’il s’agit d’opportunités économiques. Ce qu’elles demandent aujourd’hui, c’est un signal prix sur le carbone. La difficulté, c’est que la fixation d’un prix du carbone unique partout dans le monde va prendre du temps. Or les entreprises ont besoin de visibilité. Quand nous investissons, c’est pour dix ans, pour vingt ans, parfois pour quarante ans, et nous devons savoir quel sera le prix du carbone à long terme afin d’orienter les investissements vers la décarbonation. Les entreprises ne peuvent pas le faire seules même si un certain nombre comme Saint-Gobain sont en train de fixer un prix du carbone interne. Les gouvernements doivent mettre en place des mécanismes clairs.
Y. J. : La plupart des dirigeants politiques ont pris acte du dérèglement climatique, mais pas encore de l’urgence à agir maintenant. D’ailleurs les promesses cumulées des Etats à la Cop21 nous amènent à 3 degrés de réchauffement, soit le chaos climatique ! Il reste un gouffre entre les très beaux discours et les politiques menées. Un exemple : en novembre 2014, François Hollande se rend au Canada, le jour même de la publication du 5e rapport du GIEC, dans lequel les experts du climat réaffirment qu’il faut agir vite et qu’il faut laisser 80 % des énergies fossiles dans le sol pour contenir le réchauffement. Que fait le chef de l’Etat ce jour-là ? Il va en Alberta soutenir l’exploitation par Total des sables bitumineux qui sont les pétroles les plus sales, les plus polluants ! Et juste avant la Cop21, Manuel Valls a réaffirmé son obsession à construire l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes !

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