Les temps sont difficiles

1 décembre 2011
L’Europe, la Méditerranée, jamais les temps n’ont été aussi difficiles. En cette fin 2011, des lignes de fracture apparaissent, et la Corse se trouve aux abords immédiats des zones les plus délicates. Fait aggravant : la fièvre de violence qui frappe l’île ne faiblit pas. Elle nous fait vivre dans une totale incertitude alors que des rendez-vous historiques doivent être envisagés.
Depuis la conférence de presse du FLNC tenue au lendemain de l’assassinat de Philippe Paoli dans le Murianincu, il était écrit que la vague de règlements de comptes qui touche la Corse depuis ces dernières années finirait par happer le mouvement clandestin. Le communiqué de revendication de l’exécution de Christian Leoni est venu confirmer ce nouveau cran dans l’escalade de la violence.

Dans le mouvement nationaliste, cette situation crée une grande confusion, et elle ne peut que tout compromettre. L’évolution de Corsica Lìbera depuis les Ghjurnate Internaziunale de cet été vers un projet de participation aux responsabilités s’en trouve bloqué : quels alliés trouver sur fond d’affrontements sanglants ? Et, par voie de conséquence, les possibilités d’engager un nouveau dialogue avec l’État pour de réelles avancées institutionnelles en 2012 s’en trouvent compromises elles aussi.
L’avenir nous dira s’il s’agit d’événements ponctuels, ou si, à nouveau, un véritable engrenage vient de s’enclencher là. Mais ce climat de violence est en train de pourrir la situation politique en Corse. Seule certitude : Femu a Corsica devra serrer les rangs ces prochains mois, comme l’a souhaité l’Assemblée Générale du PNC tenue ce week-end, pour continuer à proposer aux Corses une alternative crédible. Toute instabilité politique serait forcément délétère, et nous ferait perdre un temps précieux.

D’autant plus que ce contexte propre à la Corse rencontre une actualité générale plutôt morose. L’économie européenne continue de vaciller sous les coups de boutoir d’une crise qui n’en finit pas de s’aggraver. L’Europe des vingt-sept affiche ses divisions entre les pays les plus en crise, grosso modo sa rive méditerranéenne, de la péninsule ibérique à la Grèce, et les pays du Nord aux performances économiques enviables. La France est dans l’entre-deux, et sa position est difficile.
Comment cela va-t-il évoluer ?

L’hypothèse d’une Europe du Nord larguant hors de la zone euro l’Europe méditerranéenne n’est pas réellement à l’ordre du jour. Ce scénario, couplé aux évolutions erratiques en cours dans les pays de la rive sud de la Méditerranée, prendrait le risque de situations profondément inquiétantes pour l’avenir du monde. Et la France, dont la situation économique est à mi-chemin entre un sud aux abois et un nord épargné, serait écartelée entre les deux entités. Elle pèsera donc de tout son poids pour l’empêcher.

Cependant, le fait est là : les moyens concrets pour renflouer les pays en crise sont en Europe du Nord, et, pour les engager, il faudra affronter la vague populiste qui la parcourt de la Finlande aux Pays-Bas, en passant par la Suède ou l’Autriche. Sans compter une opinion publique allemande, au poids décisif dans cet équilibre, que les médias ont abreuvé de clichés primaires depuis le début de la crise grecque.
On comprend bien le chemin emprunté par les dirigeants européens pour venir à bout de cette situation. Premier temps, on tape sur les doigts des pays laxistes dont l’endettement et la situation économique ont entraîné l’Europe dans la crise. Faisons les comptes : cinq gouvernements sont ainsi tombés, au Portugal, en Irlande, en Grèce, en Italie et désormais en Espagne, et, pour ces quelques 150 millions d’Européens, c’est une rude période de restrictions économiques et sociales qui commence. Puis, avant d’accepter de s’engager, les pays économiquement forts doivent donner des gages à leurs opinions publiques tentées par le repli sur soi. Ces gages, seule l’Europe peut les garantir, mais il faut pour cela accélérer la marche vers un véritable fédéralisme européen, et notamment une mise sous contrôle des politiques budgétaires des différents États. L’Allemagne, principal bailleur de fonds a formulé cette exigence, et les résistances « gaulliennes », ou « républicaines », de l’État français, lui-même gagné par le doute sur son avenir alors que sa notation « triple A » est remise en cause, sont en train de céder.

Cette remise en ordre institutionnelle étant faite, la Commission européenne a donné la marche à suivre pour l’émission des euro-obligations qui permettront de mutualiser la dette de tous États de la zone euro, faisant mécaniquement chuter les taux d’intérêt pour tous ceux qui en ont réellement besoin, c’est à dire les plus endettés.
Reste maintenant le dernier point à régler, pour lequel aucun consensus n’existe encore, ni à Bruxelles, ni dans les capitales européennes. La méthode d’une purge budgétaire sévère ne peut suffire pour rétablir la situation politique et économique dans les pays du sud de l’Europe. C’est un projet européen global qu’il faut définir pour la Méditerranée, associant, autant que possible, la rive sud à un projet de développement partagé. Engager une telle démarche est l’urgence désormais. Sinon la crise resurgira, tôt ou tard, et ses conséquences seraient imprévisibles.

François ALFONSI

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