«Nous sommes d’un laxisme coupable avec les pétromonarchies wahhabites»

28 novembre 2015
Dans un entretien à Libération, l’ancienne magistrate et eurodéputée Europe Ecologie Eva JOLY revient sur les mesures prises depuis les attentats, et notamment le prolongement pour trois mois de l’état d’urgence.
 
Le vendredi 13 novembre, des hommes tirent sur des terrasses de café, dans une salle de spectacle. D’autres se font exploser près du Stade de France. Quelle a été votre réaction sur l’instant ?

La probabilité d’attentats était haute, mais on n’est jamais disposé à accepter que le pire se produise. Comme des millions de personnes, j’ai été prise de court. Stupéfaite. J’ai d’abord pensé à mes enfants, à mes petits-enfants également, en me demandant : quel monde leur laissons-nous ? La peur l’a disputé chez moi à la tristesse. La colère aussi était présente en moi, sèche, immense, devant l’injustice de ces vies fauchées. Ensuite, d’un point de vue plus politique, j’ai pensé que nous étions peut-être en train de vivre un tragique moment de bascule.

L’état d’urgence a été décrété, prolongé de trois mois, les perquisitions se multiplient. Que pensez-vous de la réaction du gouvernement ?

Il était absolument nécessaire de répondre à une situation d’urgence par des mesures d’urgence. Mais je ne suis pas certaine que l’état d’urgence en tant que tel s’imposait. Ailleurs en Europe, dans des situations semblables, ce n’est pas le choix qui a été opéré. Mais ce qui est fait est fait. Ce qui importe, c’est que l’état d’urgence ne se prolonge pas davantage que nécessaire. Dans un pays sous le choc, aucun autre discours que celui de la rhétorique de la guerre au terrorisme n’était audible. Mais l’état d’urgence ne peut devenir un état d’exception permanent. La France sera durablement traumatisée par ces nouveaux attentats, mais nous allons sortir peu à peu de la sidération, et recommencer à penser la situation dans laquelle nous nous trouvons en sortant des catégories binaires. Opposer sécurité et liberté n’a pas de sens : nous sommes attachés aux deux. L’âme du peuple français est profondément démocratique et la défense de la liberté est inscrite dans notre ADN républicain. Je rappelle d’ailleurs que l’émotion suscitée par l’assassinat des membres de Charlie Hebdo est née d’une attaque contre nos libertés. Soyons fidèles à nous-mêmes.

Retrouvez la suite de l’entretien d’Eva Joly avec Libération ici.

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