Penser l’économie autrement pour lutter contre le changement climatique

24 novembre 2010
Des politiques commerciales réformées peuvent servir un agenda ambitieux de lutte contre le changement climatique : à partir de ce postulat, Yannick Jadot a rédigé un rapport d’initiative (non législatif) qui vient d’être adopté par le Parlement européen en séance plénière.
En adoptant, jeudi 24 novembre, le rapport de Yannick Jadot (« Politiques commerciales internationales dans le cadre des impératifs dictés par les changements climatiques »), les eurodéputés soutiennent une autre vision de l’économie dans laquelle les économies d’énergie et les énergies renouvelables constitueraient un réel facteur de compétitivité. Pour Yannick Jadot, il s’agit « d’engager la transformation écologique de l’économie européenne » : « La responsabilité climatique de l’UE ne s’arrête pas aux émissions de gaz à effet de serre qu’elle produit sur son territoire, estime-t-il. Par ses importations, elle est responsable d’émissions ailleurs dans le monde qui remettent en cause tous les objectifs climatiques qu’elle s’est fixée. »

Le texte initie de profondes réformes des règles qui régissent le commerce en Europe, comme la suppression des subventions aux énergies fossiles, la création d’une taxation sur les transactions financières qui permettrait de trouver des sources de financement innovant ou encore l’intégration d’un chapitre « climat » dans tous les accords commerciaux. Ce rapport critique fortement l’inefficacité de l’allocation gratuite de quotas dans le cadre du marché carbone en Europe. Il relance aussi le débat sur la taxe carbone aux frontières en proposant, secteur par secteur, une évaluation beaucoup plus stricte et responsable des risques de « fuites de carbone » (c’est-à-dire de perte de compétitivité pour les entreprises).


par EurodeputesEE

Ce document aurait pu être plus ambitieux mais il est le fruit de négociations avec la droite européenne : au Parlement, de nombreux conservatismes font bloc pour maintenir le libre échange comme seul horizon européen. Son adoption est déjà un grand pas pour améliorer la cohérence entre le commerce et le climat et pour lutter contre la crise sociale. Il contribue au chantier de la transformation écologique de notre économie. La députée Europe Écologie Catherine Grèze a eu sur ce dossier un rôle à jouer en tant que membre de la commission Développement : « L’adoption de ce rapport à une très grande majorité constitue une grande avancée, estime-t-elle. Il contribue à convaincre ceux qui pensent que la libéralisation réglera les problèmes environnementaux ou la crise alimentaire. Plutôt que d’ouvrir les yeux sur un fait : la lutte contre le changement climatique ne pourra se faire qu’à travers un autre mode de développement. »


par EurodeputesEE

Pour faire le lien entre économie et climat, le Parlement européen demande…
 

– à la Commission de relancer les discussions à l’OMC sur les « procédés et méthodes de production », autrement dit sur la possibilité de discriminer les produits en fonction de leur empreinte écologique. Il appelle à une réforme des règles anti-dumping de l’OMC pour y inclure la question du juste prix environnemental et éviter que des pays tentent de faire de l’inaction climatique un avantage concurrentiel.
 

– qu’un bilan carbone de toutes les politiques commerciales soit réalisé et que, en cas de bilan négatif sur le climat, des mesures compensatoires soient obligatoirement prises (coopération technologique ou financière par exemple)

– à la Commission de proposer rapidement un calendrier d’élimination des subventions européennes aux énergies fossiles, en particulier concernant les exonérations de taxe sur le transport aérien. Plutôt que d’attendre que les autres pays du G20 avancent sur ce dossier, l’UE doit donc prendre le leadership international sur ce dossier

et acte…

– le fait que la lutte contre les changements climatiques est un facteur de compétitivité de l’Europe et que peu de secteurs industriels sont réellement sensibles aux risques de « fuites de carbone ». Il appelle la Commission à identifier ces secteurs beaucoup plus finement qu’aujourd’hui et à utiliser des outils tels que l’ajustement aux frontières couplé, et c’est un point important, avec la mise aux enchères des quotas CO2.

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