Préserver le climat ne nuit pas à la compétitivité des entreprises européennes

25 mai 2010
La Commission européenne accepte enfin de porter de 20 à 30 % l’objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2020. Pour Yannick Jadot, député Europe écologie, cette décision vient à point nommé dans le débat climatique et redonne de la crédibilité à l’UE.
Certains Etats-membres, France et Allemagne en tête, auraient préféré le statu quo. L’échec de la Conférence sur le climat de Copenhague et la crise économique leur servaient de prétextes pour n’envisager collectivement aucun effort. La Commission européenne vient pourtant de couper court aux discours alarmistes tenus par certains dirigeants et soutenus par les industriels. Non, la lutte contre le réchauffement climatique ne nuit en rien à la compétitivité des entreprises.

Une étude indépendante, publiée le 20 mai 2010 par Climate strategies, vient d’ailleurs de le prouver. Elle a tenté d’évaluer l’étendue réelle des « fuites de carbone » en Europe. Le résultat est sans appel : à l’exception de quelques secteurs clairement identifiés, il n’y a aucune raison de craindre la délocalisation des entreprises européennes les plus polluantes vers des pays tiers où la réglementation sur la protection du climat est moins stricte.

Selon l’ONG, cette menace a été exagérée par les lobbies industriels, pour éviter de mettre en place des mesures réglementaires réellement efficaces pour lutter contre le changement climatique : « Les arguments de dumping climatique de la part de nos partenaires commerciaux utilisés par le Président Sarkozy et d’autres responsables européens pour stopper toute réglementation française ou européenne en matière climatique sont biaisés », estime Yannick Jadot, député européen Europe écologie.

Au contraire ! Selon les élus Verts au Parlement européen, la transformation écologique de notre société permet la création de millions d’emplois. Passer à 30 % l’objectif de réduction des émissions est également un premier pas pour redonner légitimité et leadership à l’UE dans les négociations… Car il faudra désormais convaincre Angela Merkel et Nicolas Sarkozy qui devront prendre au sérieux la limitation du réchauffement à moins de deux degrés lors du Conseil européen, le mois prochain.

[(Pourquoi faut-il revoir à la hausse l’objectif de réduction de nos émissions ?

– la crise économique a contribué à réduire substantiellement les émissions européennes. Dans ce contexte, un objectif de 20 % de réduction d’ici 2020 constituerait presque un scénario « business as usual » et le coût aujourd’hui pour atteindre un objectif de 30 % est à peine supérieur à celui d’un objectif de 20 % il y a deux ans.

– contrairement aux discours « catastrophistes » de certains industriels, les secteurs « à risque » de perte de compétitivité (fuites de carbone) sont peu nombreux et déjà protégés. Cela tient notamment à la sur-allocation massive et gratuite de quotas carbone aux entreprises européennes couvertes par la directive ETS.

– la Commission reprend les arguments défendus par les écologistes depuis des années, à savoir que la principale opportunité de sortie de crise est d’investir fortement dans une économie sobre en énergie et en carbone, ce que les Etats-Unis et la Chine ont déjà commencé à faire.

– un objectif de 20 % en 2020 ne permet tout simplement pas d’atteindre l’objectif européen de réduction de 80 à 95 % nos émissions d’ici 2050 pour rester sous la barre des 2°C de réchauffement climatique. Maintenir un objectif de 20 %, quand les scientifiques recommandent 40 %, nécessitera trop d’efforts à fournir pour la période de 2020-2050.
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