Zone euro : un sommet pour quoi ?

25 octobre 2011
Les dirigeants européens se réuniront à nouveau demain soir à Bruxelles faute d’avoir pu s’entendre dès dimanche. Au menu: un énième sauvetage de l’euro. L’accord trouvé le 21 juillet dernier par ces mêmes chefs d’Etat et de gouvernement n’aura pas résisté à l’aggravation de la situation économique en Grèce et la contagion de la crise à l’Italie notamment. Les accords a minima ne sont ni à la hauteur de l’enjeu —sauver l’euro— ni même du rythme de la crise. Comment sortir de l’impasse ?
La première étape passe par une consolidation des banques européennes. Les banques européennes doivent pouvoir survivre à une restructuration des dettes souveraines. Cette recapitalisation des banques doit se faire sur fonds privés. L’utilisation d’argent public ne doit venir qu’en ultime recours et s’accompagner d’une prise de contrôle effective de la banque. Des banques recapitalisées sont en mesure d’absorber des pertes substantielles sur la dette grecque. Dès lors, l’augmentation de la participation du secteur privé avec une décote sur les titres grecs portés de 21% à 50 voire 60% est une avancée positive. Ceux qui ont prêté inconsidérément à la Grèce doivent prendre leur part du fardeau en acceptant de renoncer au remboursement d’une part substantielle de leurs créances. Sur ce point, l’Allemagne a eu raison de la volonté acharnée de la France de défendre l’intérêt de ses banques en limitant au maximum la participation du secteur privé. Cependant, cette décote risque de ne pas être pas suffisante pour ramener la dette grecque à un niveau soutenable, car elle ne permettra qu’une réduction de 22%, compte tenu du poids des dettes privées dans la dette grecque totale. Or, tout plan qui ne ramènerait pas la dette grecque à un niveau soutenable est tôt ou tard voué à l’échec.

La seconde étape consiste à endiguer la contagion. Si la Grèce représente un poids marginal dans l’économie de la zone euro, la faillite d’un pays «too big to fail» comme l’Italie signifierait la fin de la zone euro. La spirale à la hausse des taux d’intérêt italien doit être enrayée. Les dirigeants européens ont étudié trois options: l’augmentation de la taille du fonds européen de stabilité financière (EFSF), la transformation du fonds en banque capable de se refinancer auprès de la BCE et enfin l’émission par le fonds de garanties lui permettant d’augmenter ses capacités d’action. Une option a malheureusement été oubliée. L’émission d’euro-obligations, c’est-à-dire la mutualisation d’une partie de la dette européenne. L’Allemagne et la France ont refusé de considérer cette option. Pourtant, elle permettrait de sortir de l’impasse actuelle. Elle suppose cependant un saut fédéral pour l’Europe que ni Nicolas Sarkozy ni Angela Merkel ne sont prêt à faire aujourd’hui.

La troisième étape implique de redonner une perspective à l’économie européenne. L’austérité généralisée n’est tenable ni économiquement ni socialement. Economiquement, l’austérité entretient la récession qui augmente les déficits et la dette et nécessite un toujours plus d’austérité. Un cercle vicieux que connaît la Grèce aujourd’hui et qui pourrait s’étendre à l’ensemble de l’Europe. Un programme d’investissement vert au niveau européen pourrait contrebalancer les effets de l’austérité. Un tel programme suppose une augmentation forte du budget européen qui pourrait être financée d’une part par une taxe sur les transactions financière et d’autre part par la fin de la concurrence fiscale en Europe. L’unanimité en matière fiscale empêche aujourd’hui l’Europe d’aller de l’avant sur ces deux sujets. Le passage des questions fiscales à la majorité qualifiée devrait être une condition posée par la France et l’Allemagne en contrepartie d’une solidarité étendue au niveau de la zone euro.

Enfin, sortir de la crise de l’Euro ne peut se faire dans le cadre institutionnel actuel. Les décisions intergouvernementales et l’unanimité qu’elles impliquent ne permettent pas à l’Europe de répondre efficacement à la crise. L’avenir de l’Euro ne doit plus être suspendu à la décision d’un pays. Cela impose une révision des traités européens pour passer à la majorité qualifiée et doter le Parlement européen d’un véritable pouvoir en matière de gouvernance économique.

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