Intervention américaine au Venezuela : clap de fin pour le droit.

5 janvier 2026

Retrouvez ci-dessous le communiqué de Mounir Satouri, suite à l’intervention armée des États-Unis au Vénézuela et à l’enlèvement de Nicolas Maduro.

L’enlèvement de Maduro par l’armée américaine dépasse largement la seule question de la dictature au Venezuela. Les États-Unis annoncent qu’ils dirigeront le Venezuela jusqu’à nouvel ordre et revendiquent ouvertement la mainmise sur ses ressources pétrolières : clap de fin pour la souveraineté territoriale, la volonté des peuples, la démocratie et le droit. Dans la foulée, Donald Trump brandit la même méthode contre le Mexique, Cuba et la Colombie pour justifier de nouvelles menaces militaires et évoque sans détour une invasion du Groenland pour en prendre le contrôle.

L’Europe doit ouvrir les yeux, et vite. Washington n’est plus un allié. Les États-Unis poursuivent désormais le même objectif que la Russie, la Chine ou Israël : le retour des empires. L’usage assumé de la force pour s’emparer de territoires, de ressources et de routes stratégiques. Face à cela, les dirigeants européens ne sont tout simplement pas à la hauteur du moment historique que nous traversons.

Condamner le régime de Maduro, bien sûr. Nous l’avons fait à de nombreuses reprises au Parlement européen. Mais se contenter ensuite d’appeler abstraitement au respect de la souveraineté du peuple vénézuélien, sans même nommer l’État agresseur qui revendique en conférence de presse son intention de gouverner le pays et d’en exploiter le pétrole, est une faute politique grave. Et une honte. C’est un blanc-seing qui nous rend complices, vidant le droit international de sa substance.

Si l’Europe reste silencieuse face à cette « opération spéciale » américaine au Venezuela, comment pourra-t-elle encore se prétendre crédible dans son opposition à l’invasion russe de l’Ukraine, d’ailleurs désignée sous le même nom ironique ? Ou face aux menaces du régime de Pékin sur Taïwan ? Ou demain, face à une volonté d’annexion du Groenland par les États-Unis eux-mêmes ?

Aujourd’hui, Donald Trump colonise l’Amérique latine. Demain, il tentera de mettre la main sur l’Europe. Idéologiquement, ou militairement comme au Groenland. Tout est écrit noir sur blanc dans sa stratégie nationale de défense publiée en décembre 2025. Son objectif est clair : imposer un ordre idéologique réactionnaire, étendre son influence politique et s’assurer le contrôle des ressources et des axes stratégiques, en Amérique latine comme sur le vieux continent. L’administration américaine revendique ouvertement vouloir changer les régimes des pays européens, en soutenant les partis d’extrême droite et en s’attaquant frontalement à notre État de droit. Le locataire de la Maison Blanche a ainsi récemment menacé les magistrats européens de sanctions, dans l’hypothèse où des membres du Rassemblement National — ou de l’AfD en Allemagne — venaient à être condamnés par la justice. La guerre idéologique a commencé depuis longtemps. L’Europe doit enfin en tirer les conséquences et acter le divorce : sortir du silence complice et ne plus courber l’échine face aux menaces de Donald Trump.

S’opposer à la politique des empires, c’est aussi s’opposer à la doctrine américaine actuelle : celle d’un empire réactionnaire qui s’étend bien au-delà de ses frontières. Et ne nous y trompons pas : l’Europe ne sera pas épargnée.

 

Mounir Satouri

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