Moyen-Orient : l’Europe ne peut plus rester spectatrice

20 mai 2026

Cela fait donc maintenant plus de deux mois que Donald Trump et Benyamin Netanyahou ont lancé, en dehors de toute légalité internationale, leur guerre conjointe contre l’Iran et le Liban. Le bilan de cette aventure meurtrière est d’ores-et-déjà catastrophique pour la région comme pour le reste du monde.

Mais la France et l’Union Européenne n’en tirent toujours pas la conclusion indispensable : mettre la pression sur le gouvernement de Benyamin Netanyahou pour l’obliger à cesser ses innombrables violations du droit international et ses agressions tous azimuts.

Des cessez-le-feu fragiles

Après deux mois de guerre, un cessez-le-feu est théoriquement en place. C’est assez largement une fiction, puisqu’il n’est que très partiellement  respecté, tout comme celui qui est censé être en vigueur à Gaza depuis le 10 octobre dernier. Israël continue de bombarder jour après jour le Liban et l’enclave palestinienne alors que les  Américains et les Iraniens continuent d’échanger missiles et drones autour du détroit d’Ormuz.

Malgré cette fragile baisse d’intensité des combats, le bilan de ces deux mois est déjà à proprement parler tragique. Le sud du Liban a été dévasté par l’armée israélienne, et continue de l’être, avec des dizaines de villages systématiquement détruits. Plusieurs officiels israéliens ont d’ailleurs  annoncé publiquement vouloir faire de cette région un « nouveau Gaza ». .

Un Liban dévasté

Le sud du fleuve Litani est largement occupé, avant sans doute d’être colonisé comme l’avait été avant lui le Golan syrien. Beyrouth-Sud et de nombreux autres villes et villages sont détruits par des bombardements israéliens massifs. L’impunité dont bénéficie Israël pour ces crimes de guerre et ces violations massives du droit international est invraisemblable. 

Le Liban, qui était déjà dans une situation économique et sociale dramatique avant le 28 février, subit aujourd’hui une véritable catastrophe humanitaire avec plus d’un million de déplacés. C’est un habitant sur 5 dans ce petit pays totalement déstabilisé par l’agression israélienne.

Des négociations sont censées avoir été ouvertes entre le gouvernement israélien et le gouvernement libanais sous l’égide de Washington, mais, comme à Gaza, le gouvernement israélien joue surtout la montre pour mieux poursuivre ses destructions et ses attaques et consolider son occupation.

Une catastrophe humanitaire imminente en Iran

En Iran, les bombardements massifs ont entraîné la destruction non seulement d’installations militaires mais aussi de nombreuses infrastructures civiles (écoles, hôpitaux) et d’unités  de production. Tandis que le blocus complet des côtes iraniennes par la flotte américaine aggrave chaque jour les conditions de vie des civils iraniens.

Alors que Donald Trump prétendait vouloir aider le peuple à se débarrasser du régime notamment par l’assassinat ciblé de ses dirigeants, il l’a – sans surprise – renforcé et durci, déclenchant un mouvement de rassemblement autour du drapeau. La répression contre les opposants qui s’émancipaient pourtant de plus en plus, s’est encore intensifiée.

En parallèle, le dirigeant américain menace de commettre un véritable génocide. Après avoir déclaré début avril qu’une civilisation entière allait mourir, il vient d’annoncer qu’il « ne restera plus rien de l’Iran » si les Mollahs n’acceptent pas les conditions posées  par les États-Unis. 

L’Union européenne nous avait déjà habitués à son silence honteux face aux rhétoriques ouvertement génocidaires portées par les dirigeants israéliens. Elle récidive aujourd’hui face aux menaces de Donald Trump.

Enfin, en Palestine même, l’extrême droite israélienne a profité du « brouillard de la guerre » pour dérouler son projet : resserrer encore l’étau sur Gaza, ignorer la seconde phase du cessez-le-feu qui devait impliquer le retrait des forces israéliennes de l’enclave, mais aussi, côté Cisjordanie, soutenir les exactions des colons et accélérer le plan de colonisation géant dit E1. Quelques mois avant les élections législatives, le terreau est fertile pour l’extrême droite, en particulier avec l’instauration de la peine de mort réservée aux seuls Palestiniens.

Une pénurie de gaz, de pétrole, d’aluminium, d’engrais…

En dehors de l’Iran, les tonnes de munitions déversées sur ce pays par Israël et les États-Unis vont manquer pour soutenir le combat de l’Ukraine contre l’envahisseur russe. Dans le même temps, des capacités de production significatives de gaz et de pétrole ont été détruites dans les pays du Golfe. Ces pertes colossales mettront des années à être compensées. Le détroit d’Ormuz, où, avant le 28 février la circulation était libre, est bloqué depuis deux mois sans perspective assurée de réouverture prochaine, menaçant le monde d’une pénurie de gaz et de pétrole mais aussi d’aluminium ou de fertilisants. Dans les prochains mois, une chute  de la production alimentaire mondiale risque de se produire, vectrice de potentielles famines. En attendant, l’inflation a déjà bondi partout et l’activité économique, déjà flageolante, marque le pas.

L’Europe voisine immédiate du Moyen-Orient est elle aussi très affectée par cette guerre. Si elle a eu la sagesse de ne pas s’embarquer dans l’initiative insensée de Donald Trump et Benyamin Netanyahou, elle n’a pas su néanmoins jusqu’ici peser pour contribuer à ramener la paix et la stabilité dans la région. Elle n’a été en mesure ni de protéger le Liban et les Libanais de l’agression israélienne ni d’aider la population civile et les démocrates iraniens à faire face tant au régime qu’aux bombes israélo-américaines. Et elle est aujourd’hui absente de toutes les tentatives de règlement de ce conflit vis-à-vis de l’Iran comme du Liban.

Mettre la pression sur Israël

Face aux dégâts considérables causés par l’alliance Trump-Netanyahou au Moyen-Orient, et par ricochet en Europe, la France et l’Union Européenne ne peuvent plus se contenter de rester spectateurs : ils doivent agir. Quatre cents anciens responsables européens de haut niveau dont Josep Borrell, ancien Haut Représentant de l’Union pour les affaires extérieures et la politique de sécurité, appellent l’UE à mettre (enfin) la pression indispensable sur le gouvernement d’extrême droite de Benyamin Netanyahou pour l’obliger à respecter (enfin) le droit international .

Les 27 États membres, incapables de s’accorder pour décréter des sanctions contre Israël comme ils l’ont fait une vingtaine de fois pour la Russie, ont seulement été en mesure de trouver un terrain d’entente pour sanctionner sept colons israéliens responsables de violences. 

Ces sanctions laissent supposer que les colons “non-violents” et pourraient jouir d’une totale impunité. C’est encore un coup porté au droit international, à l’heure où la Cour internationale de justice a jugé que toute la colonisation israélienne dans les territoires occupés était illégale et que tous les colons devaient quitter ces territoires. Ces annonces très insuffisantes ne visent qu’à masquer aux yeux de l’opinion publique européenne et mondiale l’incapacité persistante de l’UE à agir effectivement pour faire cesser les multiples crimes de guerre et crimes contre l’humanité ainsi que les innombrables violations du droit international commises par le gouvernement de Benyamin Netanyahou.

L’Union doit suspendre l’accord d’association entre Israël et l’Union européenne comme elle en a l’obligation juridique, suspendre les exportations d’armes vers Israël et sanctionner les dirigeants israéliens,  les institutions et les entreprises israéliennes et d’autres nationalités qui violent le droit international et commettent ou prônent des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité.

Ce n’est qu’à cette condition que la France et l’UE pourront contribuer à ramener la paix et la stabilité dans une région dévastée par l’hubris des dirigeants israéliens d’extrême-droite, appuyés sur celle, non moins dangereuse, de Donald Trump. Ce n’est qu’à cette condition que la France et l’Union pourront de nouveau être considérés comme des interlocuteurs valables par les acteurs de cette région cruciale pour les intérêts européens. Ce n’est qu’à cette condition que l’Union pourra contribuer à préserver des vies humaines et  défendre les populations opprimées  dans la région. Ce n’est qu’à cette condition que l’Union pourra enfin prétendre agir au Moyen-Orient de façon cohérente avec les valeurs humanistes et démocratiques qu’elle défend.

Mounir Satouri

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