Non, Dubravka Suica : pas de complaisance avec Israël en notre nom !

26 juin 2026

À force de tendre la main à un gouvernement qui piétine le droit international et méprise ouvertement les positions européennes, l’Union européenne finit par décrédibiliser sa propre parole. La visite de la commissaire Dubravka Šuica en Israël en est une nouvelle démonstration.

Dubravka Šuica, la Commissaire européenne croate, occupe un poste nouvellement créé au sein de la Commission Von der Leyen 2 : gérer les relations entre l’Union Européenne et les pays méditerranéens. Elle est à ce titre en charge en particulier du dossier Israëlo-Palestinien pour le compte de l’Union.

C’est dans ce cadre notamment qu’Ursula von der Leyen avait jugé utile de l’envoyer, en mars dernier, participer en notre nom à la réunion du soi-disant « Board of Peace » [«Conseil de Paix »], mis en place par Donald Trump pour gérer Gaza après le pseudo cessez-le-feu qui est censé y être en place. Cette décision avait été prise sans discussion au Conseil des Affaires étrangères, ni aucune concertation avec les États membres. Elle avait, à juste titre, provoqué un tollé alors que la plupart des pays européens avaient refusé de participer à cette mascarade qui n’a qu’un seul but  : remplacer l’ONU par un organe dans lequel Donald Trump aurait tous les pouvoirs.

Une visite incompréhensible

Dubravka Šuica vient cependant de récidiver en se rendant en Israël ces derniers jours pour y rencontrer le gouvernement Netanyahou, multipliant à cette occasion les déclarations lénifiantes habituelles sur son « plaisir d’être en Israël, un de nos partenaires clés »

Le 22 juin dernier, elle a rencontré en particulier le ministre des Affaires étrangères Gideon Saar alors même que celui-ci avait déclaré publiquement le 18 juin, quatre jours auparavant, qu’Israël ne voulait plus entretenir aucune relation avec Kaja Kallas, cheffe de la diplomatie européenne et vice-présidente de la Commission Européenne suite à ses remarques au sujet de l’état d’apartheid qui se développe en Palestine occupée. 

Dans le même temps, le Conseil des affaires étrangères discute actuellement les sanctions à prendre contre Itmar Ben Gvir, le collègue de Gideon Saar qui est ministre de l’intérieur d’Israël pour les humiliations et tortures qu’il a fait subir aux citoyens européens participant à la flottille humanitaire Sumud. Le même Itmar Ben Gvir vient en plus d’appeler au génocide du peuple libanais sans susciter de réactions de la part de ses collègues du gouvernement israélien.

Tweet de Itmar Ben Gvir, ministre israélien de l'intérieur, appelant au génocide des Libanais.

Par ailleurs, le gouvernement Netanyahou continue d’assassiner quotidiennement des Palestiniens à Gaza, empêche toujours l’arrivée d’aide humanitaire en quantité suffisante, étrangle toujours l’autorité palestinienne, soutient toujours activement les exactions des colons en Cisjordanie et avance toujours à marche forcée ses projets de colonisation généralisée et d’annexion de facto, bombarde et détruit toujours le Liban qu’il continue d’occuper illégalement – comme d’ailleurs une partie du territoire syrien – et cherche manifestement à faire capoter les négociations de paix entre l’Iran et les États-Unis.

Dans un tel contexte, la visite de Dubravka Šuica apparait surréaliste : quel esprit dérangé a pu imaginer une seule seconde au sein de la Commission européenne que le moment pouvait être opportun pour envoyer une Commissaire  à Tel Aviv donner un blanc-seing au gouvernement de Benjamin Netanyahou pour son action au nom de tous les Européens et Européennes ?! Cette visite n’était pas seulement totalement inopportune , elle est simplement incompréhensible…

Depuis 30 ans, les gouvernements israéliens se moquent de l’UE

Cela fait en réalité quasiment trente ans maintenant, depuis l’assassinat d’Itzhak Rabin et son remplacement par Benyamin Netanyahou, que les gouvernements israéliens successifs se moquent de l’Union Européenne tout en profitant allègrement de sa pusillanimité. Ils encaissent les bénéfices considérables qu’Israël tire de l’accord d’association négocié en 1995 avec Ytzhak Rabin et mis en place en 2000, le plus favorable de tous ceux que l’Union a conclu avec des pays tiers. Tout en ne tenant strictement jamais aucun compte des positions que les dirigeants européens peuvent exprimer, en détruisant systématiquement les projets financés par l’Union Européenne dans les territoires occupés, en refusant toutes les avancées vers une solution à deux États et en sabotant constamment l’action de l’Autorité Palestinienne, dont l’UE est le principal soutien. 

Et cette radicalisation continue de la politique du gouvernement israélien s’est encore beaucoup aggravée depuis le 7 octobre 2023, avec la multiplication des crimes de guerre, des crimes contre l’humanité et des violations du droit international qu’on a enregistré depuis.

Maintenant ça suffit. Il est plus que temps que l’Union Européenne agisse enfin de manière conséquente sur ce sujet et réponde comme il se doit aux agressions du gouvernement israélien et aux doigts d’honneur qu’il lui adresse en permanence. Il est plus que temps de suspendre (enfin) l’accord d’association, de bloquer les exportations d’armes et les importations des colonies illégales et de sanctionner les dirigeants qui commettent ou incitent à commettre des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité. Finis les palabres inutiles, place à l’action.

Mounir Satouri

 

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