Première audition historique de Shein face au Parlement européen
Jamais une plateforme de fast fashion n’avait dû rendre des comptes devant les représentants des citoyennes et des citoyens européen·nes. C’est désormais chose faite. Ce mardi, Shein a été auditionnée pour la première fois au Parlement européen, marquant un tournant dans le combat contre un secteur accusé de « contourner systématiquement » les règles sociales, environnementales et fiscales de l’Union.
« Ce n’est pas une success story, c’est un échec politique »
« Quand un modèle économique repose sur la mise en ligne de milliers de produits chaque jour, l’illégalité n’est pas un accident : c’est un risque structurel », a martelé David Cormand, l’eurodéputé écologiste à l’origine de cette audition historique aux côtés de plusieurs parlementaires européen·nes. « Shein n’est pas une success story : c’est l’échec d’un cadre politique trop permissif. »
L’audition intervient après des mois de mobilisation : une tribune signée par plus de 100 personnalités adressée à Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, une question écrite à la Commission européenne, et une pression politique croissante pour briser l’impunité dont bénéficient les géants de la fast fashion.
Le verdict des écologistes : Shein viole structurellement le droit européen
Le constat est sans appel. Le Digital Services Act (DSA), pierre angulaire de la régulation numérique européenne, impose aux grandes plateformes de prévenir les risques avant la mise sur le marché de produits.
Pas après. Pas en réparant les dégâts. En amont. Or, Shein est incapable de démontrer l’existence de mesures préventives crédibles. Pire : son modèle même — production ultra-rapide, volumes colossaux, pression sur les coûts — favorise mécaniquement les violations : produits non conformes, tromperie des consommatrices et des consommateurs, dumping social et environnemental.
Une « arnaque organisée » qui fait des victimes
« La fast fashion n’est pas un accident : c’est une arnaque organisée », dénonce David Cormand. D’un côté, des consommatrices et des consommateurs exposés à des produits de qualité douteuse, parfois dangereux. De l’autre, des travailleuses et des travailleurs exploités dans des chaînes de production opaques, sous pression permanente. Et pendant ce temps, les commerces européens, les friperies, les acteurs de la réparation — ceux qui respectent la loi — subissent une concurrence déloyale massive.
Une faille fiscale exploitée à grande échelle
L’exemption de droits de douane sur les colis de moins de 150 euros ? Une aubaine devenue système. Shein inonde le marché européen tout en échappant aux obligations fiscales et douanières les plus élémentaires. « Cette situation est politiquement intenable », affirme David Cormand. « Les ventes en ligne et hors ligne doivent être soumises aux mêmes règles, sans exception dans toute l’Europe. »
Des sanctions dérisoires, un sentiment d’impunité
Les sanctions actuelles ne font pas le poids. Trop faibles, trop lentes, inefficaces. Quand le modèle repose sur la mise en ligne quotidienne de milliers de nouveaux produits, la responsabilité de la plateforme est évidente. Mais l’absence de sanctions rapides et dissuasives alimente un dangereux sentiment d’impunité.
Six mesures immédiates pour en finir avec l’impunité
Face à l’urgence, les eurodéputé·es écologistes exigent des actes concrets :
- Possibilité de suspension immédiate des plateformes en cas de violations répétées du droit européen ;
- Responsabilité juridique directe des plateformes pour tous les produits illégaux vendus en Europe ;
- Renforcement massif des moyens de contrôle au niveau européen ;
- Suppression définitive de l’exemption douanière sur les petits colis ;
- Soutien prioritaire aux filières de seconde main, de réparation et de recyclage — les seules compatibles avec les objectifs climatiques ;
- TVA réduite sur les vêtements de seconde main et réparés.
2027 : le DSA devra être renforcé
L’Union européenne doit aussi assumer ses propres contradictions. Certaines limites du cadre actuel — notamment l’interdiction des obligations générales de surveillance imposée par l’article 8 de la loi sur les services numériques (Digital Services Act – DSA) — freinent l’action publique face aux plateformes de masse. Le réexamen du DSA prévu en 2027 par la Commission devra permettre :
- Une application plus rapide des sanctions ;
- Des sanctions réellement proportionnées aux profits réalisés ;
- Une responsabilité juridique pleinement assumée des plateformes pour les produits mis sur le marché européen.
« L’Europe doit reprendre la main »
« Cette audition est le fruit de notre travail de fond au Parlement européen », rappelle David Cormand. « Pendant trop longtemps, des plateformes comme Shein ont prospéré en contournant les règles sociales, fiscales et environnementales. Aujourd’hui, l’Europe commence à reprendre la main. » Et d’ajouter : « Au niveau national, la France a renoncé à s’attaquer sérieusement au modèle de la fast fashion. Face à l’urgence climatique et sociale, l’Europe doit désormais prendre le relais et protéger à la fois les consommatrices et les consommateurs, les travailleuses et les travailleurs et l’environnement. »
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